Errò, la rétrospective ouragan

Le Musée d’Art Contemporain de Lyon a la chance d’exposer cette figure de l’art du 3 octobre 2014 au 22 février 2015. Errò, artiste islandais, travaille les images depuis les années 1950 et c’est aujourd’hui à Lyon qu’on peut aller découvrir ses œuvres hors du commun, un tourbillon entre peintures, collages, films, dessins, photographies. Grâce aux nombreuses collections rassemblées ici (plus de 550 pièces) on peut voir toute l’évolution de l’artiste au fil des salles.

Arrivée dans la première salle avec un collage des tableaux de Errò © Jérémy Engler
Immersion dans l’univers d’Errò avec un « collage » de ses tableaux © Jérémy Engler

Happé par la personnalité d’Errò

La première étape à laquelle on est sensible lorsqu’on rentre dans le musée, c’est l’aspect ludique, accessible que prend l’œuvre d’Errò. Avant même de connaître ses productions on est amené à en créer une sur un tableau tactile et constituer une accumulation d’image. Cela n’étonne pas lorsqu’on sait la générosité, le partage que veut instaurer l’artiste. On voit très vite que l’exhaustivité a une place importante dans le travail d’Errò. De plus, la première salle est une entrée dans « l’avalanche d’images » que citait Georges Képénékian (adjoint au maire, chargé de la culture), on est surpris de tout ce qui s’offre à nos yeux : les tableaux sont superposés tel un collage, on distingue des visages connus, de Courbet à Frida Khalo. On essaie de trouver une cohérence et on se rend compte que la beauté est ailleurs : c’est cette explosion d’images qui fait appel à nos repères culturels, historiques, idéologiques, qui stimule nos sens et notre intellect. Enveloppé alors par cette atmosphère on avance de salles en sallse, on comprend qu’Errò se nourrit de personnalités artistiques, représentant Pollock, reprenant Picasso.

Errò, The School of New-Par-Yorkis, 1959 Série Le Monde de l’art © Jérémy Engler
Errò, The School
of New-Par-Yorkis, 1959
Série Le Monde de l’art © Jérémy Engler

Mais il les fait siens. Il les insère dans son univers de couleurs. Ce grand « manipulateur, avaleur d’images » comme le définit la commissaire Danielle Kravan, s’approprie les différents mediums : peintures, collages, sculptures, films, photographies pour créer un art dense, en mouvement perpétuel. L’exposition rend d’ailleurs compte de cette production variée en mélangeant les types. Ainsi, elle semble plus intimiste, on s’immisce dans les âges du créateur, noires comme à ses débuts ou alors très pop art depuis les années 1960. On découvre Errò à l’aide de ses ouvrages évidemment mais aussi ses carnets de dessins, les magazines, des photographies de son atelier, de ses amis. On a des renseignements sur la façon dont il a produit certaines œuvres, le temps qu’il y a consacré. On est curieux de savoir comment l’artiste peut évoluer et produire autant. En effet, la rétrospective prend les trois étages du musée pour pouvoir montrer toute la densité du travail d’Errò. Cette exposition rend bien compte d’un artiste qui, comme un flux pétillant se renouvelle pour donner à voir le plus possible. Errò c’est cette création permanente qui entoure le spectateur d’images toujours différentes, on est sollicité de tous les côtés, par tous les personnages qui peuplent ses œuvres.

Errò, HItler, 1977 Série l'ouest vu de l'est © Jérémy Engler
Errò, Hitler, 1977
Série L‘ouest vu de l’est © Jérémy Engler

Le mystère des sens

Un aspect de l’exposition nous intrigue à travers ce qu’on suggère des œuvres sur la personnalité d’Errò, il semblerait que le MAC veuille nous faire voir ces immenses collections pour en mieux pointer le mystère. Les salles plongent le spectateur dans tous les voyages, les expériences d’Errò et pourtant, quelque chose fait que l’on est titillé par l’étrangeté de certaines œuvres. Le questionnement soulevé par le directeur du musée Thierry Raspail semble alors tout à fait légitime : « En quoi cette figuration simple est en fait plus compliquée ? ». Le tourbillon de couleurs qu’on regarde est tellement dense que l’on doit s’y arrêter un instant, regarder la composition, étudier la facture si étonnante des tableaux : tout semble si lisse, et pourtant la perspective est tellement fascinante que l’on se refuse de croire que ce puisse être sur la même surface. La curiosité fait traverser les salles et on est plongé dans la synthèse d’un monde en bouleversement d’un artiste qui étudie des phénomènes. Comment faire le lien entre une salle aux œuvres mécano, entre Tinguely et Nam June Paik et une salle de Scapes, les peintures sur la société de consommation, plus Pop Art ?

Errò, Foodscape, 1964, série retour d'USA © Jérémy Engler
Errò, Foodscape, 1964, série Retour d’USA © Jérémy Engler

Les sens sont ahuris par ces images si différentes mais l’exposition a orchestré la chose de telle sorte que l’on puisse ainsi voir ces pièces tant dans leur valeur propre qu’au sein de l’immense œuvre d’Errò. Toujours on retrouve ces citations, ces représentations politiques, ironiques et poétiques. Errò peut très bien sembler aussi sincère dans peintures apocalyptiques que dans ses représentations très érotiques. C’est une affaire de sens, on ressent Errò à travers les sujets, une complicité s’instaure lorsqu’il fait ses références. Ses Chinese Paintings font sourire, ses occurrences à la bande dessinée semblent aussi transparentes, lisses qu’un Liechtenstein. Pourtant, Errò cache tellement de choses, de détails dans ses œuvres, on ne peut pas tout saisir, il faudra revenir. Cet art est finalement malicieux, plein de petites attentions qu’on prend et reprendra plaisir à découvrir.

Cette exposition est un concentré crépitant de l’oeuvre monumentale d’Errò. Une saturation visuelle d’images de la société de consommation ancienne ou actuelle. Chacun est amené à le découvrir à sa façon, de voyager avec lui des années 1950 à aujourd’hui et ressentir la valeur du travail résolument moderne de ce « Héros sans H », comme le désigne Thierry Raspail.

Solène Lacroix

5 pensées sur “Errò, la rétrospective ouragan

  • 6 octobre 2014 à 20 h 56 min
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    Même si je suis contente d’avoir découvert cet artiste ( je vais aller faire une recherche pour en savoir plus!), je ne suis pas sûre d’aller voir cette expo… Je trouve cette accumulation d’images un peu angoissante…

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    • 6 octobre 2014 à 21 h 00 min
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      Franchement, l’exposition est géniale ! Et il n’y a vraiment qu’une salle qui est surchargée, la première, les autres sont beaucoup plus aérées.

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  • Ping : Errò, la rétrospective ouragan | ...

  • 16 janvier 2015 à 9 h 22 min
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    En cherchant à me renseigner sur l’expo que je vais voir ce week-end, je ne pensais pas tomber sur toi Jérem =) En tout cas les commentaires ont aiguisés mon intérêt, le site est simple + efficace, bravo à vous tous!

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