Et si Vercingétorix avait eu une fille ?

Voilà l’idée originale qui a inspiré Jean-Yves Ferri et Didier Conrad pour leur quatrième aventure d’Astérix et Obélix intitulée sobrement La fille de Vercingétorix et publié aux éditions Albert René. Ce n’est pas la première fois qu’un album d’Astérix tourne autour du personnage de Vercingétorix mais pour ce trente-huitième tome, les auteurs suppléants de Goscinny et Uderzo s’inscrivent dans la mouvance actuelle en donnant une plus grande importance à des personnages féminins. (Astérix  © Editions Albert René)

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Astérix  © Editions Albert René

Héritière de l’esprit guerrier ou héritière de l’esprit féministe d’aujourd’hui ?

Adrénaline est la fille de Vercingétorix que recherche César depuis des années. Avant de filer à l’anglaise comme on dit, elle fait escale dans le village des irréductibles gaulois chargé de veiller sur elle en attendant les préparatifs du voyage… « mais attention, elle fugue ». Astérix et Obélix se retrouvent donc chaperons de la petite Adrénaline, censée devenir le fer de lance de la révolution gauloise contre l’armée romaine. Seul problème, la jeune fille ne l’entend pas de cette oreille, d’où ses fugues incessantes.

Cette volonté de s’affranchir de l’autorité masculine et de vivre sa vie comme elle l’entend fait écho à tous les mouvements de libération de la parole féminine qui peuplent notre quotidien. La guerre et la révolution ne l’intéresse pas mais elle a du mal à se faire entendre. Si sa parole se libère, elle n’en demeure pas moins entravée et elle aura besoin de l’aide de ses nouveaux amis pour s’affirmer ! Ses nouveaux amis ne sont ni Astérix ni Obélix relégués au second plan dans cette aventure, mais bien les enfants des autres villageois. Moins actuel mais encore présent, Jean-Yves Ferri prend le prétexte de l’envie d’indépendance d’Adrénaline pour aborder le thème des enfants qui ne veulent pas suivre le chemin prévu par leurs parents. Les enfants du forgeron Cétautotomatix et du poissonnier Ordalphabétix, Selfix et Blinix, voient leur avant-gardisme et leur envie d’un métier différent de celui de leurs pères freinés par les décisions paternelles. Comme toujours, cet album d’Astérix, sous couvert d’humour, porte un regard critique sur notre société et tente de nous interroger sur la volonté émancipatrice de nos enfants qui s’identifieront aisément à ces adolescents en mal de reconnaissance.

Astérix couverture © Editions Albert René

Astérix  © Editions Albert René

Une recette qui marche ?

Comme à chaque fois, ce petit village gaulois a finalement beaucoup de nos préoccupations et les caricatures et hommages ne manquent pas. Les chanteurs morts récemment ont le droit à leur hommage avec un caméo de Charles Aznavour et une référence à Johnny Halliday. Les jeux de mots autour des noms qui ont fait la notoriété de cette bande-dessinée franco-belge sont évidemment de retour, ne serait-ce qu’avec le nom d’Adrénaline pleine d’énergie, Letibix, un hippie avec un bateau à fleur et pacifiste, Ludwikamadéus, un petit prodige de la musique, etc. etc. Les petites références humoristiques à notre société peuplent les dialogues comme il est de coutume chez nos gaulois préférés avec le traitre qui veut un treizième mois, le centurion proche de la retraite qui ne veut pas d’ennui, etc. Et évidemment, les pirates reviennent avec un rôle plus important cette fois-ci puisqu’ils offrent refuge, malgré eux, à la jeune fille et sont porteurs d’humour.

On sent qu’après trois albums, les auteurs se sentent plus libres dans leur traitement des personnages. Si les traits de Conrad restent très proches de ceux de Goscinny pour les personnages déjà existants, il s’autorise quelques fantaisies, notamment en faisant des nez plus petits aux nouveaux personnages, alors que le gros nez était une marque de fabrique et en adoptant des traits globalement plus fins. Jusqu’à présent, leurs albums faisaient véritablement d’Astérix et Obélix les personnages centraux de l’histoire, or à l’image du Secret de la Potion magique, le dernier dessin animé d’Alexandre Astier mettant en scène les irréductibles armoricains, ces deux héros s’effacent au profit d’autres… Panoramix, presque absent de cet épisode était central dans le film, tandis qu’ici Adrénaline prend plus de place que nos deux valeureux guerriers, jugés comme archaïques par la nouvelle génération du village. Est-ce vrai ? Sont-ils vraiment dépassés ? Doivent-ils laisser leur place aux nouvelles générations ?

Au vu du succès mondial de cette bande dessinée, nos deux compères ont encore de belles années devant eux mais peut-être seront-ils moins mis en avant et que Jean-Yves Ferri et Didier Conrad s’affranchiront encore plus du modèle original ? Quoi qu’il en soit, pour l’instant, les deux nouvelles plumes de la série réussissent à imposer leurs pattes progressivement tout en se réappropriant l’univers de cette époque où presque toute la Gaule était sous domination romaine. Tout en hommage et sans jamais renier l’œuvre originale, ils confirment album après album que leur ton est de plus en plus juste pour le plus grand plaisir des fans de nos ancêtres les gaulois.

Et pour les fans qui ne le sauraient pas, France Inter prépare une version radiophonique de l’album La Zizanie pour les fêtes de Noël, alors restez à l’affût !

Jérémy

 

 

 

Article rédigé par Jérémy Engler.

 

 

Découvrez notre critique du deuxième album de Jean-Yves Ferri et Didier Conrard, Le papyrus de César en cliquant ici.

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