Extorsion de James Ellroy : Suffit-il d’un nom et d’un style pour faire un bon roman noir ?

A l’occasion de la semaine polar organisée à L’envolée Culturelle, nous avons décidé d’écrire une critique par jour sur les derniers romans des invités phares du festival des Quais du Polar, qui se déroulera du 4 au 6 avril 2014 à Lyon. Nous commençons donc aujourd’hui avec James Ellroy (auteur américain du Dahlia Noir) qui vient de sortir un nouveau livre dans lequel il devient lui-même un personnage, Extorsion.

Le purgatoire : une idée originale pour des flashbacks historiques

Fred Otash est un flic véreux qui deviendra détective privé pour finir maître chanteur et proxénète. Dans cette nouvelle, l’auteur nous raconte le parcours de son personnage.
On apprend dès le début comment un policier de Los Angeles va basculer dans une vie de ripoux, de débauche et surtout : pourquoi ? Un cauchemar qui hantera ses nuits tout au long de sa vie. On lui a demandé d’abattre Ralph Mitchell Horvath qui avait tiré sur un collègue policier, bien sûr ce dernier était soi-disant à l’article de la mort. Il s’avère par la suite qu’il n’en était rien puisqu’il reprend ses fonctions quelques jours plus tard. Episode que Fred occultera de sa mémoire du lever jusqu’au coucher durant toute son existence. Voilà comment la descente aux enfers démarre ainsi que le récit de cet être malfaisant.
James Ellroy, s’invite au sein de son propre livre pour nous concocter un coup de génie en proposant à Fred Otash un échange des plus juteux : confesser ses pêchers, vrais ou faux d’ailleurs, pour « accéder aux nuages supérieurs ! » : le purgatoire, avec l’auteur pour coucher ses mots et maux sur papier. Un rare instant de surréalisme….
Sa place est-elle gagnée ? Rien n’est moins sûr !!!
L’auteur n’hésite pas un seul instant à se mettre en scène en se qualifiant lui-même de « casse-couilles », la bouche de Fred l’affublant d’autres sobriquets tout aussi délicats.

confidentiel couverture

On découvre l’Amérique Hollywoodienne des années 50 avec ses scandales qui s’étalent à la une de plusieurs journaux dont « Confidentiel », l’équivalent de « Voici » ou « Closer ». On apprend grâce à son interlocuteur des potins sur Marilyn Monroe, Gary Cooper, Rock Hudson, Liz Taylor, James Dean, Liberace… on ne peut pas tous les citer, la liste étant incroyablement longue ! Ce pays si grand qui fourmille d’histoires « dégueulasses » en tout genre et pourtant si à cheval sur les valeurs morales ! A l’époque Fred était le principal informateur de ce tabloid évoqué plus haut mais aussi le principal maître chanteur de tous les le gratin de l’époque. Il était toujours à la recherche d’un être répugnant pour accomplir ses sales besognes pour trouver des preuves pour un divorce, pour évincer un acteur pour donner le rôle à un autre ou encore récupérer des photos ou cassettes audio et visuelles compromettantes, etc.

Un hyperréalisme parfois choquant propre au style d’Ellroy, mais est-ce suffisant ? 

Fred dépeint son histoire dans toutes ses largeurs avec vulgarité et les scènes décrites pourraient choquer… Âmes sensibles s’abstenir !!!
On aurait presque envie de l’envoyer directement dans les flammes de l’enfer sans passer par la case rédemption !
En bref, rien de passionnant pour l’histoire sauf pour ceux qui adorent ce genre de descriptions hyperréalistes et violentes, d’autant plus que parfois cela s’étiole un peu. En revanche James Ellroy nous fait voyager grâce à son style, cette écriture un peu particulière de transcription sténographique ou de transcription mécanique ou se mélange un langage populaire et châtié.
Il nous ballade dans l’époque des années 50 au son d’une musique très noire où on se laisse emporter, mais sans grande conviction.

extorsion couverture

Françoise Engler

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