Un fabuleux voyage dans le temps avec Charles de Foucauld et sa radicalité

Venez découvrir François Sureau, écrivain et avocat français, et son livre Je ne pense plus voyager (chez Gallimard) : il sera présent au festival des Assises Internationales du Roman se déroulant du 29 mai au 4 juin 2017 ! Il assistera à un entretien, animé par Kathleen Evin sur le thème « Les mots de la justice » avec Henri Leclerc, le 4 Juin de 17h à 18h30 – Les Subsistances 8 bis, quai Saint Vincent 69001 Lyon.

François Sureau est avocat, écrivain et romancier français. Il est membre du comité de rédaction de la revue Commentaire et collabore également au Figaro littéraire. Son premier livre Terre inconnu est publié en 1983 puis s’ensuive un peu moins d’une vingtaine de publication.

Qui est Charles de Foucauld ?

couvertureUn grand nombre de lecteurs ne connait sans doute pas ce personnage étrange, et croyant. Mais quelle est donc cette croyance et surtout pourquoi un tel acharnement à vouloir finir sa vie en ermite dans un dénuement total, au beau milieu du désert algérien ? François Sureau « tente de relire l’itinéraire de Charles de Foucauld » en prenant « comme point de départ des éléments nouveaux découverts sur El Madani Ag Soda, complice de l’assassinat de Charles de Foucauld » et sur un interrogatoire effectué trente ans plus tard. Nous ne débattrons pas dans cet article sur la thèse de l’homicide volontaire ou non perpétué sur cet homme hors du commun des mortels : le sujet n’est pas là. Nous parlons de la première pierre façonnée ensuite par François Sureau pour arriver à la construction de son récit. Nous avons conscience du travail de titan fourni par notre auteur et nous allons essayer de résumer l’être de chair et de sang qu’était Charles de Foucauld une partie de sa vie pour finir en être démuni, malade et solitaire.

Charles Eugène de Foucauld de Pontbriand est né le 15 septembre 1858 à Strasbourg. Âgé de six ans à la mort de ses parents, il est confié à la garde de son grand-père maternel, un ancien militaire. Il intègre l’école spéciale militaire de Saint Cyr et rejoint la cavalerie à Saumur. Il mène une vie de débauche scandaleuse et dissolue ; l’argent ne lui fait pas défaut suite à l’héritage de son grand-père décédé. De son enfance, il garde une profonde blessure liée à la dépression et folie de ses parents. Cette période de sa vie viendra se rappeler à son bon souvenir à de maintes reprises. Elle servira de base pour expliquer les choix de Charles de Foucauld à de nombreux auteurs ayant écrits sur le parcours atypique de ce saint homme. Il démissionne au bout de quelques années et part explorer le Maroc en se faisant passer pour un juif. Il se dit athée et pourtant, après de multiples rencontres, il retrouve la foi chrétienne et devient religieux chez les trappistes qu’il quitte sept ans plus tard pour devenir ermite. Il vit en Palestine et écrit ses méditations, cœur de sa spiritualité, en incluant la prière d’abandon. Il s’installe dans le désert algérien avec l’espoir de fonder une nouvelle congrégation mais c’est un échec cuisant. Vivant au milieu des Touaregs, il va étudier leur culture pendant douze ans et publie sous un pseudonyme le premier dictionnaire « Touareg-Français ». Ce travail devient, et demeurera, une bible pour la connaissance de la culture touareg. Il meurt le 1er décembre 1916, considéré comme un martyr. Jean-Paul II le déclare « Vénérable » le 24 avril 2001 et Benoît XVI, « Bienheureux » le 13 novembre 2005. Ainsi s’achève le parcours à multiples voyages d’un homme voulant toujours aller plus loin dans sa quête de l’autre mais aussi de lui-même.

De son enfance, il garde une profonde blessure liée à la dépression et folie de ses parents. Cette période de sa vie viendra se rappeler à son bon souvenir à de maintes reprises et occasions. Elle servira de base pour expliquer les choix de Charles de Foucauld à de nombreux auteurs ayant écrits sur le parcours atypique de ce saint homme. En 1921 René Bazin écrit Petite vie de Charles de Foucauld devenant une référence en termes de biographie. Beaucoup de livres et bandes dessinées sont publiés sur cet homme de dieu. C’est justement la radicalité de ce dernier dont François Sureau souhaite, au travers de son livre, nous entretenir.

Radicalité d’une vie

François Sureau remonte le temps en partant des archives militaires du dossier du Commandant Florimond. Il contient une somme importante de documents en tous genres. Surtout l’interrogatoire du complice, El Madani Ag Soda, lors de l’assassinat de Charles de Foucault alias le « Marabout blanc » pour les Touaregs que l’auteur reproduit à l’identique dans son livre. Un passage de son récit fort intéressant car en grande partie méconnu. Les pages se tournent sur toutes les époques de cet illustre Vénérable et les différentes périodes de sa vie où « mort ou vivant, cet homme ne cessait de passer d’un monde à l’autre ». François Sureau fait appel à ses connaissances littéraires pour donner plus de substances à son récit en prenant certaines références d’auteurs comme Pascal, Zola, Bernanos, Rimbaud, Claudel pour n’en citer que quelques-uns tant la liste est longue… et étayer ainsi un rapprochement avec ses points de vue. Il décortique chaque période et laisse glisser sa plume dans un français impeccable sur ces ressentis face aux convictions absolues, à la quête perpétuelle de gommer les imperfections de l’humanité, au retour aux sources de l’essentiel, de son « héros » ou « anti-héros ». Tout comme l’auteur, nous allons d’un bord à l’autre de ce voyage entre occident et orient où se démontre en permanence la radicalité de Charles de Foucauld. Ce dernier cherche toujours un peu plus, un peu plus loin, jusqu’à l’extrême, traquant sans cesse une sorte de perfection dans sa vie d’homme saint. La preuve en est quand il cherche à inculquer sa foi non pas par les sermons mais par lui-même comme un exemple à suivre. Tout comme la radicalité de sa vie de noceur qui s’oppose à la radicalité de sa vie de pauvreté de ses derniers jours : « le pire de ses épreuves, durant le reste de sa vie a été le souvenir ».

Un récit intéressant

« Cet étranger sur la terre, où voulait-il aller ? Cet ermite aux milliers de lettres, qui voulait-il convaincre et de quoi ? » François Sureau nous donne des éléments de réponses en nous parlant des saints de passage sur terre pour nous faire entrevoir ce qui nous sépare de ce que nous sommes : à réfléchir et méditer ! L’auteur pose des questions dignes d’un sujet de philosophie du baccalauréat comme sur « le péché originel » ou d’un sujet de mémoire comme « la vérité absolue ».

Le style de l’écriture est sincère, profond et d’une très belle exigence. Le cheminement du récit est parfois bouleversant et se forge à coups de nombreuses références culturelles diverses s’étalant de l’occident à l’orient. L’incroyable de ce livre reste cette manière de philosopher sur la vie de Charles de Foucauld tout en parlant de la vie anonyme. N’oublions pas non plus que la radicalité peut basculer dans la radicalisation, mais c’est encore un autre sujet. Notre « Marabout blanc » doit être heureux de voir que dans une époque comme la nôtre, il est toujours une source de mystère et d’un éternel questionnement ! Une autre plume osera-t-elle se frotter à son mystère ? Nous répondons oui ! Un autre aspect n’est pas abordé dans le livre : celui de l’appel du désert. Ce dernier est un endroit empli de spiritualité, offrant une flamboyance foudroyante de sa beauté et une multitude de croyances dans un espace fait d’illusions et de réalités. Charles de Foucauld va-t-il préférer l’appel du désert à l’appel de Dieu ? Va-t-il opter pour la réunification des deux, le matériel et le spirituel ? A priori, le sujet est loin d’être clos !

Françoise Engler

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *