Faces of Frida : kaléidoscope humain de Kahlo

Un classique pourtant original, transgressif à souhait, qui respire la luxuriance et l’espoir : Frida Kahlo. Il était impossible de laisser échapper ce conséquent dossier et ces expositions virtuelles que Google Arts & Culture a dédiés à l’artiste. À travers de très nombreuses rubriques, des thématiques, des documents exclusifs, des croquis, des dessins, des peintures, des lieux, Frida Kahlo vous apparaîtra morcelée à la manière d’une énigme à résoudre. Vous serez tout autant incollables sur le sujet… (image mise en avant : Autoportrait au collier d’epines et colibri © Frida Kahlo)

Frida Kahlo, « peintre de la douleur » (Frances Borzello) 

Sun and life 1947 © Frida Kahlo. jpg

Sun and life 1947 © Frida Kahlo. jpg

Google Art & Culture vous offre une immersion dans l’intimité de Frida Kahlo, très souvent réduite à son statut d’artiste-épouse de Diego Rivera : de son enfance jusqu’à la fin de sa vie, de ses premières compositions, à l’affirmation de sa personnalité dans les années 1930-1940, jusqu’à la dégradation de sa santé qui l’a conduite à être en prise avec les médicaments et l’alcool. Son amour de la peinture naît de son séjour à l’hôpital après un accident de bus qui a percuté un tramway à Mexico. La poliomyélite la prive d’enfants futurs et cette percussion violente lui vaudra une série de fractures et un endommagement considérable de sa colonne vertébrale. L’obligation de rester alitée alors que Viva la Vida est son hymne à la joie, son élan vital, devient ce moment crucial et significatif : l’initiation à la peinture. Sa mère lui apporte ainsi un coffret portatif de peintures, un chevalet pliable ainsi qu’un miroir afin de l’occuper. Prise au jeu, Frida Kahlo verra dans la peinture un moyen de réaliser ce qu’elle ne peut pas faire : se mouvoir sans douleurs, danser jusqu’à plus soif, garder un optimisme malgré le handicap. Toutefois, la peinture n’est pas un acte compensatoire mais complémentaire : peindre est la manière d’être de Frida Kahlo, de prendre une place dans l’espace, de se vêtir de façon exotique à la manière des femmes Tehuana, d’imposer une présence dans l’espace social (les réceptions de son mari), mais surtout, dans le cadre et le paysage pictural. Sun and Life montre le cycle vital et cet équilibre : la maîtrise de la souffrance et le déchaînement du pinceau et des brosses, une sorte de fœtus en voie de création tel un work in progress sous-jacent, un être végétal à tête humaine et au troisième œil. Teinté d’un certain ésotérisme et d’un travail de métaphores visuelles, son œuvre injecte des éléments biographiques, des créatures fantaisistes, des détails doloristes (collier dentelé, clous, corps éventré dans une boucherie innommable dans Quelques petites piqûres) de sorte que l’artiste façonne, dans ces couleurs fauves et ces motifs insolites et surprenants, un imaginaire religieux et naturel. Des autoportraits, dont Autoportrait avec un collier d’épines et un colibri, deviennent des recréations de l’icône traditionnelle de la Vierge Marie ou encore, La colonne brisée, un Saint Sébastien écorché par les flèches. S’affirmer en autodidacte et en femme a changé Frida Kahlo en un modèle : dans l’art, en termes de posture et d’expression, dans sa sexualisation et la fiction qu’elle a su modeler, dans le féminisme ou encore dans la mode…Le prisme subjectif de l’artiste devient le vecteur de ses sensations d’un art touchant : par-delà le mono sourcil incontournable, sa marque artistique, Frida Kahlo dispose d’une complexité, de facettes, d’une profondeur qu’il nous semble nécessaire de mettre en lumière. Sans doute, créer devient une alternative possible aux affres désolantes.

La colonne brisée 

La colonne brisée © Frida Kahlo

La colonne brisée © Frida Kahlo

Frida Kahlo sans ses couleurs, sans ses motifs, sans ses animaux ou encore ses autoportraits ne serait pas Frida Kahlo. Comme le colibri d’un de ses plus fameux autoportraits, l’artiste tente d’éteindre le feu intérieur, celui qui la brûle, depuis son tragique accident de bus. Il s’agirait alors de voir un acte cathartique dans les tableaux de Frida Kahlo, dont celui de La colonne brisée, une colonne grecque qui traverse le gouffre béant du corps de l’artiste recouvert de clous. Elle ferait le deuil d’une santé impeccable, tenterait de convertir la douleur physique et émotionnelle en une création, un enfantement dans la douleur et par la douleur d’une exubérante merveille. Toutefois, comme l’indique à juste titre Frances Borzello, se limiter au mythe de Frida Kahlo ou encore à sa dimension biographique serait nocif au risque de passer derrière certains de ces symboles puissants. Choisir de mêler une dénonciation sous-jacente du capitalisme fordiste, de la culture mexicaine et indigène, des créatures fantasmagoriques, des corps disloqués teintés d’humour noir et des autoportraits d’une luminosité exceptionnelle, ne relève pas d’un hasard et constitue une fiction auctoriale qu’il fait bon, sans doute, de croire dans le cas de Frida Kahlo. Restaurer la colonne brisée, ce pilier qui soutient l’armature du corps et celle de l’art, de son art, est cet acte qui semble presque relever du rituel. 

Un rituel auquel nous vous invitons à participer au son de : Viva la Vida ! Viva Frida ! 

Article écrit par Pauline Khalifa Lika

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