FAKE de Dave St Pierre, entre le vrai du faux, un pur chef d’œuvre

Enfin, un chef d’œuvre sur nos scènes lyonnaises. Enfin, quelque chose qui dérange. Ce quelque chose, c’est FAKE, c’est Dave St Pierre. C’est du génie, simplement, et ça fait un bien fou. Programmé à la Maison de la Danse pour deux dates seulement, le public à clairement été mitigé. Mais entre les mécontents hurlant et partant à tout va, une partie du public tient bon, et ne le regrette pas.

Entre vrai et faux

FAKE est un spectacle ambiguë, étrange. Dés les premiers instants, on le ressent. Une femme est figée sur scène, seule, en robe et talon haut. Mais est ce vraiment une femme? Peut-être pas. Un homme alors ? Oui. A moins que… Peut-être aucun des deux, en fait. Tout au long du spectacle, le doute est là. Les spectateurs se penchent en avant, plissent les yeux pour tenter de distinguer le vrai du faux. Est-ce une vrai biche ou un simple automate ? Ses corps sont-ils de chairs et d’os ou simplement faits de plastique ? FAKE, c’est un va et vient entre ce qui est vivant et ce qui ne l’est pas, entre le rêve et la réalité. Qui manipule qui ? Qui est quoi ? Les questions fusent. Puis au final, on se laisse porter dans cet univers si particulier. Le rêve nous pénètre, et nous emporte, très loin au fond de nous. Tous nos sens sont confondus. N’ayez plus confiance en vos sens, ils ont disparus. Plus de regard, plus d’ouïe à laquelle se fier. Tout est brouillé, le spectateur est sans cesse agressé par ces bruits assourdissants et ces stroboscopes qui n’en finissent jamais de nous éblouir. Dave St Pierre crée un monde onirique parfois, cauchemardesque souvent. Il nous happe, nous aspire dans ce tourbillon d’images fantasmés. L’être du début avance doucement, en direction du fond de scène. Tout en marchant, il se déshabille. Avec le peu de lumière, on distingue son reflet sur le sol brillant. On a la même sensation que les plans glaçants d’Under the Skin. Puis, au cœur de cette tempête, apparaît un homme ressemblant à un cosmonaute. Il marche, lentement, sur une chanson rythmée de Céline Dion. Comme une sonnerie de réveil qui tente de nous ramener à la réalité, qu’on entend de loin alors que nous sommes encore endormis. Refus catégorique, le rêve continue, et on s’enfonce encore plus loin dans les strates de nos inconscients.

Une critique constante de l’art, de l’humanité

Dave St Pierre est indéfinissable. Un mélange entre comédien, danseur et performeur. Ces outils sont multiples, qu’ils s’agissent de chairs, de lumière ou de son. Sa façon de travailler les corps, les images qu’ils produisent nous bluffe à chaque tableau. Mais au sein même de la danse contemporaine, il dérange. Dans ce nouveau spectacle, il semble même s’être imposé ce dérangement à lui même en allant au delà de ses habitudes, comme un besoin de « redéfinir son intérieur ». Dans FAKE, il fait face à lui même. Et par la même occasion, il nous met nous public, face à nos propres démons. Une fois trouvés, il nous les exposent, sans aucune retenu, brut. Car « Il faut pouvoir flirter avec les cotés plus sombres de la connerie humaine. Il faut être prêt à se donner des baffes, fouiller dans un corps, entrer en collision, survivre, vivre, sourire, pleurer, douter et s’ouvrir. » Dave St Pierre perturbe nos corps, nos esprits. Sans fard, toujours dans l’extrême.

fakeUne œuvre qui dérange

Face à une atmosphère si oppressante, certains membres du public font bloc, et préfère revenir à la réalité. L’œuvre, il faut l’avouer, n’est pas forcément facile d’accès. FAKE ne réunira pas tout le monde. Certains crient et crieront encore longtemps au scandale. Dans la salle même, les gens sifflent. Agression pour agression, le public n’aime pas être déçu. Ne pas voir de la danse, ce qu’il pensait pourtant voir en achetant une place, est source de perturbations. Comment agir face à l’inconnu ? Dave St Pierre connaît ces réactions, il sait que son spectacle va choquer. Il le sait, et travaille même avec. Car le choc, c’est bien aussi. Des réponses si extrêmes montrent bien l’ampleur de ce qui est en train de se passer sur scène. Le spectacle ne laisse pas indifférent, il provoque, perturbe, casse les codes. Il est évident qu’il déplaira, parce qu’il est hors normes, et que souvent, cela fait peur, et à juste titre souvent. FAKE montre qu’aujourd’hui encore, rien n’est acquis. Que tout n’a pas encore été montré sur scène, et que plein de choses restent encore à voir et à huer. Ces petites révolutions donnent un nouveau souffle aux spectacles, tentent de réveiller une scène endormie. Car il faut bien l’avouer, nos scènes lyonnaises depuis deux ans manquent cruellement d’audace. Certes, il y a des spectacles intéressants, beaux parfois. Mais la grande majorité d’entre eux est bien souvent tiède. FAKE lui est bouillant, et brûle tout sur son passage.

A tous ceux qui ont envie d’aller voir quelque chose de vraiment nouveau, courez voir ce spectacle qui se joue encore ce soir à la Maison de la Danse. Certes, il y a un risque que cela vous déplaise, il y a un risque que vous ayez envie de sortir en courant. Peut-être partirez-vous même dés les premiers instants. Mais n’est ce pas le propre du spectacle vivant ? Le risque n’est il pas inhérent à cet art ? Et qui sait, FAKE risquerait bien de vous surprendre, peut-être même de vous plaire.

Marie-Lou Monnot

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