Le Faust de Goethe, adaptée au Petit Louvre

Faust est le titre d’une très célèbre, si ce n’est la plus célèbre, œuvre allemande. Le mythe de Faust a été pérennisé par la plume de Goethe, grand homme de lettres allemand du début du XIXe siècle. Cette œuvre mythique se présente en deux volumes, écrits respectivement en 1808 et 1832. En 1828 paraît une traduction française de l’ouvrage par Gérard de Nerval. C’est cette œuvre que nous présentait le collectif Voix des Plumes au théâtre du Petit Louvre cet été pendant le Off du festival d’Avignon 2016.

Le mythe de Faust et sa réadaptation

© Collectif Voix des Plumes
© Collectif Voix des Plumes

Dans cette adaptation, l’œuvre de Goethe a été grandement coupée et remaniée. Les personnages secondaires autour de l’histoire de Marguerite et Faust ont étés supprimés. De cette manière, la dramaturgie s’intéresse en particulier à la psychologie de Faust, ses désirs de découverte, de renouveau, et puis plus tard ses regrets et sa culpabilité. La composition de l’œuvre est volontairement resserrée sur les personnages de Faust, Marguerite et Méphistophélès. Ainsi la pièce ne comporte plus que 6 personnages (Faust âgé, Faust jeune, Méphistophélès, Marguerite, Wagner et Marthe) pour une bonne heure de spectacle.

Faust est un grand savant allemand. Reconnu pour ses talents, le professeur n’est pourtant plus satisfait. Malgré tous les savoirs qu’il a acquis, il a l’impression de manquer l’essentiel. Alors qu’il s’apprête à en finir avec la vie, un esprit du mal et de l’enfer lui apparaît : Méphistophélès. Le démon propose un pacte à Faust, où Méphistophélès s’engage à être son fidèle servant et à lui offrir tout ce dont il rêve. En échange, Faust doit donner son âme. Le savant accepte. Ainsi Faust goûte à tous les plaisirs terrestres, mais cela coûte un certain prix, celui du sang notamment. On comprend très vite que lorsque Faust rencontre Marguerite, rien n’ira comme prévu. Cette dernière incarnant la pureté et la droiture morale, elle se méfie grandement de Méphistophélès, qui accompagne Faust partout, et c’est elle qui fera les frais des desseins diaboliques du démon. Dans cette adaptation, l’histoire est simplifiée mais ne perd rien de sa force dramaturgique. Le texte de Nerval est admirable. Cette adaptation est une bonne entrée en matière dans l’œuvre de Goethe.

Une pièce lue avec intelligence

© Collectif Voix des Plumes
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Pour la réalisation de cette œuvre, Ronan Rivière souhaite nous plonger au cœur des tourments et de la noirceur de cette œuvre romantique et gothique, tourbillonnante et passionnante. Pourtant, il nous prévient tout de suite : si nous venions au théâtre pour voir de l’extraordinaire, et bien nous allions être déçu, car le Faust qu’il met en scène n’aura ni effets grandioses, ni spectaculaire. Ce prologue, écrit de la plume de Ronan Rivière, est d’une grande audace, bien écrit, et tout à fait malin. Cependant, dans un effet qu’on ne s’explique pas, il augmenterait presque, paradoxalement, nos attentes de spectateur. Déjà on imagine ce que pourrait être le spectacle de Faust, cet homme damné, dans une esthétique baroque et fantastique. Ce ne sera pas le cas, mais nous étions prévenus.

Cela ne signifie aucunement que l’histoire n’est pas prenante ou que les personnages ne sont pas criants d’humanité et terriblement attachants dans leur tragédie. Le décor unique, simple et efficace ne s’encombre pas de fioritures ou autres moulures. Voilà un objet que les comédiens peuvent monter et démonter sur scène pour symboliser les différents espaces. Il s’agit d’un escalier tarabiscoté, à l’air croulant et qui pourrait bien représenter la descente aux enfers de Faust et Marguerite. Cet escalier qui a permis, pendant un bref instant de faire monter Faust au plus haut, auprès des plus grands délices terrestres, est aussi son plus sûr moyen de chute par la suite. La scénographie montre ainsi une grande intelligence du texte ainsi qu’une volonté d’efficacité et de clarté dramaturgique. La lumière est également un point important de la mise en scène puisqu’elle permet de marquer les différents temps de la pièce, de symboliser les enfers comme le rêve. Elle nous plonge dans un univers sombre, presque caverneux, comme un sombre présage de la fin dans une esthétique d’expressionnisme allemand et de romantisme noir.

Cette pièce présente une vision du Faust intéressante et permet de donner une bonne idée de la pièce de Goethe dans son intégralité. Le seul réel point faible de la pièce est peut-être le jeu des acteurs pour le couple de Faust et Marguerite, qui sort les spectateurs de l’illusion théâtrale.

 

Margot Delarue

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