Feldkirch, capitale autrichienne du théâtre jeune public

Grâce à notre participation au laboratoire de jeunes critiques du King Festival de Velikiy Novgorod en Russie, nous avons eu la chance d’être invités à la 31ème édition du festival Luaga und Losna de Feldkirch en Autriche pour participer à un autre atelier de jeunes critiques. Du 3 au 7 septembre 2019, nous avons eu l’occasion de découvrir la création autrichienne et internationale pour le jeune public et de multiplier les découvertes et les partages !

Pour découvrir les critiques de certaines pièces, cliquez sur les spectacles avec un lien.

Regarder et écouter !

Créé en 1988 et plus vieux festival théâtral jeune public d’Autriche, Luaga und Losna est un festival singulier dans le paysage européen. Tout d’abord, parce que c’est un festival qui se déroule en deux parties dans deux lieux différents, la première a lieu fin juin à Nenzing et la seconde en septembre à Feldkirch.
L’objectif est de faire découvrir la création artistique autrichienne et internationale dédiée au jeune public à un public rural et loin de Vienne. Chaque ville a sa propre ligne éditoriale, l’édition de juin est plus axée sur l’écriture tandis que celle de septembre propose des performances plus visuelles et sonores, plus conformes au nom de ce festival. Issus du dialecte du Vorarlberg et intraduisibles en allemand, les deux mots « Luaga » et « Losna » font clairement références au monde du théâtre et peuvent se traduire approximativement par « regarder » et « écouter ». Le message est clair, il faut bien entendre pour mieux regarder et bien regarder pour mieux entendre, c’est pourquoi les spectacles programmés en cette rentrée sont tous très visuels et/ou sonores.

© Bubble Laboratory

Nous avons eu la chance de découvrir le Bubble Laboratory de Dr. Bubble (Kurt Murray) et Milkshake (Iulia Benze), qui nous ont ouvert les portes de leur laboratoire de rue et fait partager leurs expériences autour des bulles dans un spectacle interactif et plein de merveilles intitulé sobrement A Bubble show on the street (« un spectacle de bulles dans la rue »). En plus de ce spectacle de rue, nous avons aussi pu découvrir une autre performance de la compagnie mais en intérieur cette fois pour conclure le festival. S’il faisait un peu chaud pour un conte de Noël, il faut bien reconnaître que la magie était au rendez-vous pour A christmas bubble show (« Un spectacle de bulles de Noël »), réécriture de La petite fille aux allumettes d’Andersen avec des marionnettes et des bulles. En plus de ces spectacles australo-roumains, un spectacle belge, vieux de dix ans, se produisait en ouverture du festival, Los Yayos (« Les vieux »), présenté par la compagnie de la Casquette. Après des bulles, voici l’heure des clowns muets qui évoquent le temps qui passe et la vieillesse d’un couple avec poésie, danse et humour ! Le voyage ne s’arrête pas là puisque la programmation nous emmène vers une production allemande pour les tous petits avec Pffhhh de la compagnie Tanzfuchs. Bien qu’intéressant du point de vue de l’utilisation des chambres à air et des bouées en caoutchouc pour créer un nouvel univers, le spectacle demeure assez faible ne proposant finalement qu’une suite de tableaux sans réelles transitions et sans vraiment d’émotions, ce qui est dommage, vu le potentiel.

Mim Zug © D.R.

Avant de s’intéresser à la création autrichienne, arrêtons-nous un instant sur l’une des meilleures prestations de cette édition, Buum, Krach, Peng ! des compagnies slovène Zavod Federacija Ljubljana et allemande Werk 89 qui se sont associées pour nous offrir tout un lot de nouveaux instruments et un spectacle sur la communication sans parole mais via la musique… À présent, abordons la création purement autrichienne avec Mim Zig (« Le train mime ») de la Schallundrauch Agency, un spectacle de mimes sur les différents moyens de locomotion, bien exécutés et plein de dynamisme qui a ravi les enfants. En revanche, l’autre spectacle autrichien, l’œuvre du marionnettiste Sven Stäcker, Schapinsky, returnient sich (« Schapinsky, le retour ») n’est pas vraiment adapté aux enfants, d’ailleurs, aucun n’était dans la salle et pour cause, sa performance est interdite aux moins de 16 ans. Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette restriction d’âge n’est pas superflue, le spectacle est particulièrement pessimiste alors qu’il est très drôle, il fait de multiples références à la société actuelle, et manie l’humour noir et le cynisme avec subtilité.

Symposium © Jérémy Engler

Échanger et expérimenter !

En plus de voir ces spectacles, L’Envolée Culturelle a eu la chance de participer à l’atelier de jeunes critiques conduit par le premier critique allemand à avoir écrit sur du spectacle jeune public, le Dr. Manfred Jahnke et le critique spécialiste autrichien de la production théâtrale pour le jeune public autrichien, Heinz Wagner. Les échanges avec eux ont été particulièrement vifs et passionnants, leurs conseils avisés sur les critiques que nous écrivions étaient vraiment bienveillants et intéressants. Leur attitude pédagogue est bien plus appréciable que celle d’Alexey Goncharenko à Velikiy Novgorod. À la différence du spécialiste des marionnettes russe, ils sont tous deux dans le partage et l’échange. Cet atelier peut se compléter avec la participation à un symposium sur le théâtre, le corps et les médias, qui cette année avait pour thème « Parler avec le corps et la double dimension ».

Symposium © Jérémy Engler

Ce symposium était l’occasion d’expérimenter le langage corporel et de réfléchir à comment le mettre en image avec la vidéo. À partir de techniques du théâtre No japonais, nous avons pu travailler sur la communication sans parole et comment l’exprimer en images. Animé par le metteur en scène et réalisateur suisse Heinz Gubler et la danseuse Fabienne Rohrer, cet atelier réunissait des personnes d’horizons différents, des auteurs, des étudiants, des comédiens, des metteurs en scène, des marionnettistes, des chorégraphes, et même certains artistes programmés pendant le festival. Ce melting-pot de passionnés a donné lieu à de merveilleux échanges verbaux et corporels qui donnent du sens au théâtre.

Vous l’aurez compris, la programmation était à la hauteur de nos attentes, nous avons pu découvrir de beaux spectacles jeunesse, faire de belles rencontres et apprendre beaucoup ! Ce festival est véritablement un moment d’enrichissement théâtral que je recommande à tous les amoureux du théâtre pour enfants. Qui plus est, la ville de Feldkirch est magnifique et vaut le coup d’œil ! Pour sûr, nous y serons l’an prochain, et vous ?

Jérémy Engler 

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