Une femme et une reine, Marie Tudor au théâtre de l’Oulle

Venez découvrir Marie Tudor, tous les jours au théâtre de l’Oulle à 13h10. Cette pièce de Victor Hugo, montée par la Compagnie 13 et mise en scène par Pascal Faber, a rencontré un franc succès depuis sa création.

Une intrigue politique

Marie Tudor, reine d’Angleterre, a pris un amant italien, ce qui ne manque pas de révolter les nobles de sa cour. Éperdue d’amour pour cet homme fourbe, elle lui octroie les terres de lord Talbot, un gentilhomme qui est mort pour défendre l’honneur de Catherine d’Aragon, la mère de Marie. Mais elle ne sait pas que lord Talbot avait une héritière, Jane, une jeune fille douce et réservée qui a été élevée par Gilbert, un ouvrier ciseleur. Celui-ci est tombé amoureux de sa pupille, et est décidé à l’épouser. Dans le même temps, le fourbe italien, Fabiano Fabiani, qui a appris l’existence d’une héritière qui pourrait lui contester sa propriété, entreprend de séduire l’innocente Jane. Folle de rage la reine apprend bientôt qu’on la trompe…

Jane Talbot et Marie Tudor semblent être des pendants l’une de l’autre, ne serait-ce qu’au niveau des vêtements : au rouge passionnel qui orne Marie, rappel du sang versé, s’oppose le bleu, virginal et pur, de Jane. L’accent est d’ailleurs mis, tout au cours de la pièce, sur la symbolique des couleurs. Jane paraît être la construction en reflet de la reine, toutes les deux étant des images de femmes privées de puissance ou gavées de puissance. Les rôles s’inverseront d’ailleurs peut-être au cours de la pièce… Jane, avec ses cheveux blonds coupés court et sa voix frêle, mais aussi par sa détermination à sauver celui qu’elle aime, rappelle peut-être Jeanne d’Arc ?

Une mise en scène originale

Servie par un très bon jeu d’acteur, la pièce se déroule dans un décor simple et sobre. Grâce aux jeux de lumières, on donne aux accessoires des utilités différentes au fil de la pièce. Ainsi, des blocs de pierres qui suggéraient une rue dans la première scène, deviennent, grâce à la lumière qui se pose dessus, des cellules de prison. Symboliquement, ce message est très fort puisque les deux prisonniers, Gilbert et Fabiano, sont tenus enfermés par la lumière, qui souvent associée métaphoriquement au pouvoir monarchique.

La sobriété du décor peut interroger. En effet, si le premier acte a lieu dans une rue londonienne, et le dernier en grande partie de la Tour de Londres, le deuxième acte se passe dans le palais de Marie, c’est-à-dire dans un contexte d’appartement royal. La souffrance de Jane et Marie ne sera que plus crédible dans cet absence de somptuosité.

S’il est intéressant de jouer cette pièce aujourd’hui, c’est parce qu’elle parle, avant tout, des turpitudes associées à la vie à la tête du pouvoir, un thème ô combien contemporain. Les costumes, qui rappellent un passé monarchique, n’entament en rien la contemporanéité du propos. Les intrigues politiques, les volontés de puissance, mais aussi la détresse des deux femmes, les choix qu’elles doivent faire, n’appartiennent absolument pas au monde d’hier.

Un drame passionnel ?

Si l’ambiance est pesante dans la salle, c’est aussi parce que Marie Tudor est un drame passionnel. La thématique de la violence est très présente dans toute cette histoire, puisqu’elle est à la base de l’intrigue. Si Marie Tudor est bientôt placée au premier plan, et qu’elle lutte pendant toute la pièce entre son amour bafoué et son orgueil piétiné, on peut s’interroger sur la façon dont elle est vraiment maîtresse de ce jeu politique. En effet, Simon Renard, le légat impérial qui représente le prince d’Espagne est le véritable marionnettiste de cette pièce. C’est lui qui agite les ficelles et qui décide de tout, si subtilement d’ailleurs que même le spectateur peine à comprendre cette façon presque merveilleuse qu’il semble avoir de changer le cours de l’histoire.

Cette pièce, finalement assez sombre, représente les dessous de la politique monarchiste, dans laquelle trop de pouvoir est accordé à un(e) seul(e) personne, et dénonce implicitement une telle organisation de la société. Malgré des longueurs, cette pièce est intéressante et intelligemment présentée par la Compagnie 13. À voir !

 

Adélaïde Dewavrin

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