Festival de court métrage de Villeurbanne : Les programmes Images Virtuelles en compétition

Pour cette troisième journée du Festival du Film Court, Le cinéma Zola offrait une après-midi troublante par le choix des 29 petites merveilles visuelles issues des deux programmes de la série numérique. Les deux séances nous font naviguer entre temps court et long, ravivant la soif de la prochaine séquence qui suivra. La durée importe peu, nos sens sont ébranlés, nos émotions contractées par les différentes sensations que nous font vivre ces petits films.

Programme 1 – Un éventail de thèmes moraux qui touchent le XXIème siècle

Ce premier programme explore les questions, les inquiétudes soulevées au sein de nos sociétés contemporaines, nous invitant à réfléchir aux enjeux de la vie quotidienne. Ainsi sont abordés la sexualité, la déforestation, l’aliénation au pouvoir, les maladies mentales, la publicité, la solitude, l’individualisme, l’existentialisme, la transsexualité… Des thématiques qui, malgré l’absence de liens entre elles, se recentrent sur une interrogation plus générale, la progression de l’homme à travers la vie. Malgré une entrée en matière burlesque avec Fol’amor, une grande partie des projections témoignent d’un négativisme prononcé sur le monde. Quelques films retentissent par moment pour égayer un temps soit peu notre expérience cinématographique, mais une sensation de noirceur ressort principalement de cette sélection.

Entity de Andrew Desmond et Jean-Philippe Ferré

Mon favori pour ce programme se trouve être un des derniers films présentés. Entity met en scène une jeune femme astronaute dont la station spatiale a explosé. Elle se retrouve en apesanteur dans l’univers, sans aucune fréquence radio pour l’aider. J’admets avoir pensé directement au film Gravity et au manque d’originalité du court métrage. Néanmoins, George Clooney ne vient pas magistralement en aide à la demoiselle. Il s’agit d’une solitude totale où l’expérience optique est à son paroxysme. Crispation et angoisse sont au rendez-vous, réunissant une préoccupation commune à tous, celle de la peur de l’inconnu et l’impuissance face à celui-ci. L’aspect que j’ai certainement le plus apprécié dans ce film est justement le fait d’avoir porté un jugement négatif durant les premières minutes, pour ensuite me surprendre dans la suite de la projection.
Suit 8 balles, où l’esprit de vengeance et le sentiment de vide est pesant ; surgit de nulle part, un film court mais efficace. La grande pointure propose un peu de gaité parmi ces histoires obscures et tout comme Entity enchérit sur l’effet de surprise. Un Lutin fait la rencontre opportune d’un ogre et lui fabrique une paire de bottes magiques. L’originalité apparaît dans la tournure finale où le conte se trouve être une publicité pour chaussure.
En revanche, la thématique de la détresse magistralement exercée dans Entity se répète plusieurs fois dans cette sélection mais sous des traits différents. Through the hawthorn témoigne de la consultation d’un jeune homme schizophrène avec son psychiatre et sa mère. Le point de vu de trois réalisatrices projette à l’écran le mal être du personnage principal. Entre euphorie et angoisse, le garçon souffre d’une douleur intérieure qui le laisse en marge de la société. Un sentiment qui se reconnaît aussi dans The garden avec un registre distinct, celui du fantastique. Ici deux mondes s’opposent, d’un coté le néant avec une créature vivant dans l’ombre, tandis que de l’autre se trouve un oasis idyllique. L’être mystérieux sera condamné à survivre dans cet environnement hostile qu’il n’a pas choisi.

Through the hawthorn de Pia Borg, Anna Benner, Gemma Burditt

Programme 2 : L’homme et son environnement

Toujours dans un questionnement sur l’être humain, cette sélection se focalise sur l’interaction de l’homme avec son environnement naturel et urbain. Le programme pourrait même se diviser en deux avec un début qui explicite l’harmonie entre les hommes et le monde animal, pour ensuite méditer sur des questions d’un ordre plus sociétal.
Après le négativisme qui a submergé le premier programme, mon favori pour cette compétition des Images Virtuelles se porte sur Captain fish, un film dont le graphisme n’est certainement pas le plus original, mais dont l’histoire m’a agréablement amusé. Il s’agit d’une petite fille révoltée par l’idée de manger du poisson pané. Des airs militants se dégagent de l’esprit de cet enfant, où après avoir rêvée du processus de création des poissons signés « captain fish », elle met alors en place une opération sauvetage. La musique douce renforce l’émotion de délicatesse qui émane dans le début de cette programmation.

Captain fish
Captain Fish de John Banana

Dans Le gardien du phare aime trop les oiseaux, le désir de protéger les animaux est aussi présent. Le gardien du phare est las d’assister chaque soir au massacre quotidien des mouettes venant s’ouvrir le crâne sur les vitres du projecteur. Inspiré du poème de Jacques Prévert, le protagoniste cette fois-ci adulte est pénétré par une frustration grandissante dont il ne peut se défaire. Pourra-t-il garder son calme face à ce spectacle d’hémoglobine ? Une histoire mélancolique mais sollicitée par des teintes chaudes qui ménage son côté sombre.
Ce programme revêt un aspect particulier puisqu’il crée une sorte de narration. Une remise en question du monde qui explore des rapports variables à la nature, l’obsession de l’espace clos dans Chambre bleue, la vision idyllique du monde, l’infiniment petit et grand. Enfin cette sélection se termine sur un film produit par la méticuleuse école des Gobelins. Myosis raconte une histoire d’amour intense, néanmoins comme le titre l’indique il s’agit littéralement d’une contraction de l’iris lors de la prise de conscience d’un sentiment. Cette projection serait une sorte de « testament », après la réévaluation de questions existentielles pour l’homme, le programme incite le public à reconnaître ses peurs et à les affronter. Il s’agit d’une programmation totale où chaque court métrage est le fil conducteur d’une réflexion finale sur l’être humain et sa relation à lui-même et au monde qui l’entoure.

Myosis d'Emmanuel Asquier-Brassart, Ricky Cometa, Guillaume Dousse, Adrien Gromelle, Thibault Petitpas
Myosis d’Emmanuel Asquier-Brassart, Ricky Cometa, Guillaume Dousse, Adrien Gromelle, Thibault Petitpas

Vous pourrez retrouver l’ensemble de ces deux programmes lors d’une séance intégrale riche en émotions le vendredi 21 à 20h30 au Cinéma Zola.

N’oubliez pas de vous rendre aux évènements de ce Lundi 17 Novembre avec « Musique et image » à 10h. S’en suit, une table ronde intitulée « L’adaptation de la BD à l’écran » à 16h, et la rencontre d’un auteur à 19h. Enfin pour boucler la journée, un programme nommé « Les yeux fermés » dès 21h où le public aura choisi au préalable les films diffusés par un vote internet. Pour plus d’informations sur la programmation, cliquez ici.

Tristana Perroncel

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