Festival du Film court de Villeurbanne : La relève est assurée

Pour la troisième année, le Festival du Film Court de Villeurbanne s’est intéressé de près à la toute jeune création cinématographique, en proposant mardi dernier dix-courts métrages de lycéens, de 7’45 à 26 minutes, réalisés dans le cadre pédagogique d’ateliers, d’options ou, comme au Lycée Louis Armand à Chambéry, du projet « Filme-moi des mots ». Soit deux heures de programme, sous l’œil de trois jurés, enseignants et cinéaste, chargés de délibérer d’ici samedi soir sur le choix du lauréat qui se verra diffuser une seconde fois et offrir à son établissement du matériel technique.
Des premières œuvres qui constituent un regard puissant sur la société et le cinéma, à travers des thèmes sociétaux, des références culturelles ou stylistiques symptomatiques de mouvances cinématographiques référentes…

Le documentaire : regard direct et témoignage

Le genre documentaire, deux fois représenté dans le programme, devient particulièrement pertinent lorsqu’il s’attache à lever le voile sur un sujet un peu inédit, ou en tout cas à lui apposer un traitement ou un regard nouveau. C’est le cas d’Ugomina, qui en s’intéressant à la vie et les projets d’une compagnie lyonnaise, contribue ainsi à immortaliser un pan de la culture locale. Le réalisateur Rodolphe Teamo accomplit modestement un travail de mémoire, quand l’autre documentaire, Devoir de Mémoire, qui vise paradoxalement à dicter l’inexactitude terminologique de son titre, réalise sans doute un travail un peu scolaire, certes excellemment documenté, mais un peu frileux dans son regard et son engagement sur son sujet.

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L’expression d’une génération

Les jeunes réalisateurs se saisissent du cinéma comme d’une expression vivante du monde qui les entoure, posant un regard intéressé sur des thèmes sociétaux, des interrogations ou plus largement des réflexions existentielles.
Reborn s’annonce un peu à ce carrefour, à travers le thème du suicide dont le scénario évite le pathos par un joli traitement poétique, mais qui aurait aussi mérité une réflexion plus poussée, et plus de soin sur la technique – et le mixage particulièrement.
À l’inverse, le film Sans (re)père parvient à se libérer d’une scène d’ouverture un peu pataude pour s’élancer dans une quête existentielle – assez ironique d’ailleurs, si on persiste à la lire au premier degré – aux allures de course-poursuite dont la réalisatrice Chloé Meyer maîtrise plutôt bien les codes.

La dimension métaphorique en moins, Tombés de haut s’intéresse également au travai sur l’angoisse et y parvient admirablement par une belle maîtrise de la bande-son et des plans serrés, en dépit d’incohérences scénaristiques et d’une fin un peu bâclée.
Et si l’on salue leur très beau travail de reconstitution historique, ce n’est pas tant l’aspect documentaire qui intéresse Thomas Arnaud dans Demain dès l’aube adapté du roman Pendant les combats de Sébastien Ménestrier, mais, fidèlement au roman, l’amitié fraternelle qui unit les deux protagonistes.
Enfin, Le Poème clôt magnifiquement le programme, sur les tourments amoureux d’une lycéenne. Évocation de l’homosexualité à travers le prisme de l’amour, le film est littéralement porté par son actrice principale Johanna Tixier.

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Sous influences contemporaines

L’un des plus grands intérêts de cette programmation réside dans cette mosaïque de jeunes réalisateurs, d’abord spectateurs et cinéphiles, qui invitent à deviner leurs influences.
L’Enquête s’assume pleinement comme un film générationnel, à travers la dérision assénée à une culture télé dont le protagoniste égratigne les archétypes… et subit les conséquences fatales. Au-delà d’un scénario dynamité et drôle, quelques plans laissent à penser que les deux réalisateurs n’ont pas « squatté » que Les Experts, Les Inconnus ou Bref mais aussi les films de Tarantino : il suffit de comparer les contre-plongées, point de vue du cadavre, avec les plans de Pulp Fiction ou Kill Bill.
Dans la même veine comique mais plus mordante, Louis Morel s’impose avec Snuff out, que l’on traduirait par étouffer, en l’occurrence ici, étouffer l’œuvre d’un génial cinéaste, Norman Lewis, dont l’incompétence de l’équipe artistique s’acharne sur son prometteur film de série Z.
Dans une excellente mise en abyme du cinéma et de la figure du démiurge, Louis Morel s’attaque avec un cynisme jouissif, et non sans une certaine auto-dérision, à l’ego de l’artiste et à sa monstruosité. Détournant les rapports de l’artiste à son modèle, d’abord dans une scène de réprimande d’une froideur cruelle mais savoureuse, le jeune réalisateur convoque le fantastique, pour que son personnage qui convoitait l’horreur en devienne l’agent.
Autre film générationnel, une petite pépite visuelle par la puissance métaphorique de ses images et par une intelligence de références : Écarlate. Adaptation très libre du roman Une Saison de Sylvie Brecqui, Écarlate constitue un poème rimbaldien dominé par la sensualité et la mort. L’explosion du rouge, écarlate comme le titre du film, et des symboles féminins – escarpins, rouge à lèvres… – contraste avec l’utilisation du noir et blanc, où l’amour charnel s’associe à une image de mort. Sans se cacher des hommages qu’il rend à ses muses, Yovan Henri convoque d’entrée, sans les énoncer précisément, ses propres références, elles aussi symptomatiques de la génération 2010 – Xavier Dolan, Agnès Obel, Stieg Larsson – dans un générique esquissé comme une vanité. La suite en assume le choix, jusqu’à imiter la caméra de Dolan dans Les Amours imaginaires. Un exercice de style puissant !

Au terme de ce programme teinté d’ambitions, quelques coups de cœur émergent bien sûr, que l’on souhaiterait voir applaudis à nouveau samedi soir. Mais pas de prophéties de Cassandre ! Et après tout, chacun repart avec, tapi en soi, son petit lauréat : les plus belles récompenses restent dans ces images et ces récits qui nous accompagneront encore… et pour longtemps peut-être.

A ne pas rater donc, la soirée de palmarès au Cinéma Le Zola, samedi 22 novembre à 20h30 ainsi que la projection des films primés au Cinéma Le Zola, dimanche 23 novembre à 14h30.
Cet après-midi à partir de 14h30 redécouvrez ou découvrez les programmes 3, 4 et 5 de la compétition européenne au cinéma le Zola.

Yves Desvigne

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