Festival du film court de Villeurbanne ; Compétition européenne 2 et 3 : l’apprentissage de la vie

Le festival du film court de Villeurbanne continue de tracer sa route. Après la compétition d’images virtuelles dimanche, nous nous sommes rendus à la deuxième diffusion des programmes 2 et 3 de la compétition européenne hier mercredi 23 novembre. Si le premier programme était quelque peu en dessous qualitativement parlant, des perles s’y étaient cachées malgré tout, tout comme dans le programme numéro 3 qui en regorgeait ! Retour sur une sélection centrée autour de l’apprentissage de la vie…

Jeux d’enfants, réalité d’adultes

Le thème de l’enfance est un sujet plus que répandu. Déjà pour la compétition d’images virtuelles, il était au cœur de nombreux courts-métrages. Aujourd’hui encore il est présent, bien que sa forme soit quelque peu différente. En effet, si l’enfance est bel et bien présente, celle-ci est ici d’un côté présentée dans un décalage plus ou moins marqué, et d’un autre complètement pervertie. Comme elle l’est par exemple dans Warde, ou l’on suit un jeune d’une dizaine d’années face à une guerre qui n’est pas la sienne. Une vie compliqué, mais qui n’est rien d’autre que son quotidien pour lui. Un film sans paroles ou presque, qui donne des frissons dans le dos.

Mais la violence se cache partout, qu’il y ait une guerre ou non. Comme dans Spoon, où via un format numérique, le narrateur raconte son passé d’enfant maltraité. Beaucoup de cruauté et de ressentis dans ce court-métrage, qui nous laisse malgré tout un peu sceptiques sur la forme employée et sur ce que le réalisateur souhaite dire.

Cependant, qu’elle soit positive ou non, une part de notre enfance reste toujours en nous, que celle-ci dirige nos vies ou qu’elle ne soit qu’un reflet se révélant parfois dans certaines occasions. Comme nous avons pu le voir avec le très drôle et efficace Je te tiens, tu me tiens. Ici, deux couples de parents se retrouvent et se rencontrent. Mais les apparences sont parfois trompeuses… Chercheuse de trésor et joueuse professionnelle, quels drôles de métiers non? Face aux deux autres, comment réagir ? Se laisser prendre au jeu ? C’est, quoi qu’il en soit, un moment très agréable pour le spectateur !

JE TE TIENS TU ME TIENS (TEASER) from SUPERETTE Production on Vimeo.

Mais l’innocence de l’enfance peut-être aussi bien moins présente au quotidien, et s’échapper le temps d’un « clic » sur une photo… Comme avec La baignoire, où trois frères tentent coûte que coûte de recréer une photo prise dans leur jeunesse. Drôle et touchant.

Guerre : intime et universel

Si l’enfance est le lieu du faux sur beaucoup d’aspects, la réalité d’adulte arrive parfois bien rapidement chez certains. De l’innocence d’une discussion à celle des images, tout cela disparaît parfois très vite pour révéler une bien triste vérité. Dans Ennemis intérieurs, coup de cœur de ces deux sélections, le personnage principal se retrouve confronté à un mal très ancien : l’injustice. Un français, d’origine algérienne, est au poste de police afin de demander pour la première fois, à cinquante ans, la nationalité française. Les questions s’enchaînent alors. Si elles sont plutôt banales au début, la rencontre tourne vite à l’interrogatoire. L’homme est-il prêt à payer le prix pour ces papiers ? Un film magnifique, que ce soit par son imagerie, son scénario ou ses acteurs bouleversants.

Quand le terrorisme s’installe, la devise de la France est alors parfois bien loin… Si la guerre qui se joue là est surtout intime, il est évident qu’une autre, universelle, se trame derrière. Tout comme dans le court d’animation How long, not long. Images d’actualité, plus ou moins récentes, photographie ou extrait qui ont marqué nos vies, l’ensemble est repris en animation faite à la peinture pour donner au tout une allure de tableau vivant. Sur fond d’une musique magnifique, le spectateur se laisser emporter par ce flots d’images, tantôt belles, tantôt violentes. Face à deux excellents courts-métrages, on se retrouve confrontés à notre humanité, et on ne sait plus trop si l’on doit rire ou pleurer.

De How long not long © Michelle & Uri Kranot
De How long not long
© Michelle & Uri Kranot

L’humanité en question

Et à cette question, certains des courts-métrages suivants ont tenté, plus ou moins, de trouver une réponse. Tout d’abord à l’extrême avec Le dernier voyage de l’énigmatique Paul W.R. Ici, il est question de la fin du monde. Une énorme lune rouge menace la terre. Face à cela, il semblerait n’y avoir qu’une solution: Paul W.R. Mais ce dernier a disparu… Pourquoi, pour où? L’humanité a besoin de lui. Mais a-t-il vraiment envie de la sauver, qu’en pensent les gens ? Paul W.R écoute, quel choix fera-t-il? Un court-métrage au style très léché mais qui fonctionne à merveille, avec une image magnifique et un rythme très efficace.

Mais pas besoin d’aller jusque dans l’espace pour savoir si l’on peut sauver quelqu’un ou quelque chose. Dans Lost Exile, Emir est un père de famille qui travaille comme passeur. Quand c’est une femme qui se retrouve être sa cliente, les ordres qu’il reçoit changent, et il doit alors la livrer à un réseau de prostitution. Là se pose une question morale : doit-il sauver sa famille et son travail ou sauver une innocente ? Une jolie tentative pour ce film porté par de bons acteurs, même si l’ensemble a tendance à être un peu bancal dans sa dynamique.

 Même questionnement dans Zvir, où là aussi un père de famille doit choisir entre son métier et sa morale. Un scénario qui fonctionne mais dont l’ensemble ne marche hélas pas totalement, faute de réelle profondeur, à l’inverse de son comparse sus-cité.

Ce que l’on ne sait pas, ou pas encore

Qu’on soit enfant ou adulte, l’apprentissage est une chose que l’on fait tout au long de sa vie. On découvre, on apprend. Une petite fille qui écoute son père raconter des histoires raconte peut-être plus qu’un simple récit de sirènes… Peut-être que ce conte en dit plus long sur le père lui-même que ce qui parait au premier abord. À vous de voir la vérité derrière la fiction dans le sympatrique – bien que manquant d’émotions – De longues vacances.

La vérité derrière les visages et les faux semblants sont aussi présents dans Marie Salope. Marie apprend ici au détour d’une rencontre amoureuse et d’un road trip que tout le monde la prend pour une folle… Un film hélas qui n’emballe pas, par son aspect surfait, par ses acteurs qui ne nous emportent pas et un scénario peu compréhensible. Dommage !

Enfin, dans Victor XX, le questionnement se fait plus intime. Le personnage principal se questionne en effet sur son genre. Femme ou homme, comment savoir? Et si il n’était ni l’un ni l’autre? À travers les yeux de sa caméra ou de ceux de ses proches, Victor/Mari va tenter de se faire une place dans ce monde. Touchant et réussi même si un brin trop rapide.

Le festival du Zola nous a donc encore une fois surpris par la diversité des œuvres proposées et quelques petites pépites que nous avons pris plaisir à découvrir. Mais ce n’est pas la fin, découvrez bientôt notre retour sur la compétition 5 et 7 qui se dérouleront jeudi et vendredi. Alors courrez au Cinéma le Zola ! Et si vous n’arrivez pas à choisir, pourquoi ne pas aller découvrir le palmarès final des court-métrages primés le dimanche 27 à 14H30 ?

 

Marie-Lou Monnot

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