Festival Lumière 2016, à la découverte du cinéma !

Du 8 au 16 octobre 2016, la métropole lyonnaise accueillait la septième édition du Festival Lumière, organisé par L’Institut Lumière de Lyon dans ses murs mais aussi dans de nombreuses salles obscures lyonnaises. Cette année, le Prix Lumière a été décernée à l’actrice Catherine Deneuve.

La Corée à l’honneur

Park Chan-Wook © BestImages/Dominique Jacovides
Park Chan-Wook
© BestImages/Dominique Jacovides

Décidément l’Asie est très appréciée par le festival. Après le japonais Hayao Miyazaki il y a deux ans, c’est au tour de Gong Li et Park Chan-Wook d’être mis à l’honneur pour le festival. Si malheureusement Gong Li a dû annuler sa venue, Park Chan-Wook s’est livré à une superbe master class sur le cinéma coréen.

Si le festival était l’occasion de redécouvrir des films tels que Old Boy et de participer à la nuit Park Chan-wook du vendredi 14 octobre – bien moins drôle que celle sur la bande de potes du samedi 15 octobre mais ô combien plus intense et riches en émotions et sursauts – avec des films tels qu’Old Boy donc, Sympathy for Mr. Vengeance, Lady Vengeance ou Joint Security Area, il était surtout le l’événement qui proposait de découvrir en avant-première Mademoiselle, le nouveau film du réalisateur coréen. Ce film se passe dans une Asie traditionnelle et met en scène le roman de Sarah Waters Du bout des doigts dont il change la fin. La beauté contemplative de la réalisation et la composition des scènes sont très poétiques et subtiles mais cachent une violence et une cruauté bien plus puissante. Le malaise s’installe et la réalisation qui passe des plans de trous de serrure ou entre deux portes renforce ce côté voyeur malsain… le rapport maître/domestique est ici très particulier mais on ne peut vous en dire plus sous peine de gâcher l’intérêt de ce film.

Le Prix Lumière : Catherine Deneuve, officiellement dans l’Histoire du Cinéma

Première femme à recevoir cette distinction, Catherine Deneuve est récompensée pour l’ensemble de sa carrière. Si certains diront que d’autres femmes ont plus marqué l’Histoire du cinéma qu’elle, qui n’a jamais percé aux États-Unis, il ne faut pas oublier qu’elle a tourné avec les plus grands réalisateurs européens, de Jacques Demy à André Téchiné en passant par Marcello Mastroiani, Lars Von Trier, Luis Buñuel et bien d’autres. Elle aura marqué le cinéma par sa capacité à s’adapter à son metteur en scène comme elle nous le disait lors de sa master class au Théâtre des Célestins de Lyon le vendredi 14 octobre :

« L’idée c’est quand même de se laisser faire par un metteur en scène, ça ne veut pas dire qu’on n’a pas d’idées ou qu’on ne peut pas poser des questions… mais a priori moi ce que je veux c’est pouvoir m’abandonner un peu et me dire que je fais totalement confiance, mais ça ne n’empêche pas de rester critique. J’ai du mal à imaginer des comédiens qui travaillent seuls ou avec quelqu’un d’autre que le réalisateur, en amont du film. »

Catherine Deneuve s’est laissée façonner par les plus grands cinéastes pour devenir la grande actrice qu’on connaît aujourd’hui et qu’on a retrouvé avec plaisir dans de nombreux films pendant tout le festival et notamment dans Indochine en clôture du festival. Le fait de remettre ce prix à une actrice à la longévité incroyable permet d’aborder de nombreuses thématiques différentes autour de cette personnalité comme le prouve la programmation très riche.

« Le cinéma, pour nous, comme pour vous, est immortel » – Nicolas Seydoux

Jean-Loup Dabadie, Guy Bedos, Nicolas Seydoux © Jérémy Engler
Jean-Loup Dabadie, Guy Bedos, Nicolas Seydoux
© Jérémy Engler

De nombreux invités

À chaque film ou presque, le réalisateur ou l’un des acteurs est présent pour rapidement nous présenter certains films. Cette année, Jean-Loup Dabadie était à l’honneur et est par exemple venu nous présenter avec joie de vivre et bonne humeur de nombreux films dont le plus célèbre, Un éléphant ça trompe énormément en compagnie de Guy Bedos. Ce film met en scène Jean Rochefort qui lâche complètement prise pour un amour adultérin. Ce film répond d’ailleurs bien à la séance nocturne de « Bande de potes » puisqu’on suit les déboires de quatre amis en pleine crise existentielle…

En écho aux nuits de l’horreur de l’Institut Lumière et pour annoncer Halloween, les séances marquées de la mention « Universal Monsters » regroupaient les plus grands films de monstres du cinéma tels que Frankenstein de James Whale et sa suite La fiancée de Frankenstein, L’homme invisible

Antoine Sire © Jérémy Engler
Antoine Sire
© Jérémy Engler

En résonance au Prix Lumière qui consacrait une femme cette année, le festival a décidé de mettre l’accent sur Hollywood en tant que cité des femmes en partant du livre éponyme d’Antoine Sire pour établir une programmation nous présentant des films de la cinéaste Dorothy Arzner ou d’anciens films qui donnent à la femme une place très intéressante tels que L’introuvable de W.S Van Dycke de 1934. Présentée par Antoine Sire en personne, ce film ne fait pas de la femme un personnage principal puisque ce n’est pas elle qui mène l’enquête mais bien le mari de Nora Charles (Mirna Loy), Nick Charles (William Powell). Ce couple à la vie et dans le film est l’un des plus célèbres de l’époque et leur complicité irradie le film. Si l’intrigue policière est intéressante, mais bien loin des polars complexes d’aujourd’hui, ce film, inspiré du roman éponyme de Dashiell Hammett, met en avant la relation du couple Charles très libre, porté sur la boisson et heureux de vivre. La femme n’est pas qu’une mère de famille ou une épouse, elle devient partie intégrante de la vie de l’enquêteur à la retraite.

Quentin Tarantino © Jérémy Engler
Quentin Tarantino
© Jérémy Engler

Impossible de mentionner cette septième édition du festival sans parler de l’événement de dernière minute du festival, la venue de Quentin Tarantino, lauréat du Prix Lumière il y a trois ans maintenant. En ce moment, le cinéaste américain travaille sur les films des années 1970, période qu’il affectionne tout particulièrement. Il collectionne les films en 35mm de l’époque et s’autorise à les passer dans son cinéma le New Beverly de Los Angeles. Ainsi, le festival avait programmé plusieurs séances « QT’s 1970 » dont la programmation ne reflétait pas forcément les films préférés de Tarantino mais les plus marquants de cette année, comme il nous l’a expliqué lors de sa master class du mercredi 12 octobre. Bien plus intéressante que les master class de Gaspar Noé et Walter Hill, trop centrée sur leur propre cinéma, cette dernière permettait à des non-fans de Tarantino ou du cinéma des années 70 de (re)découvrir l’Histoire du cinéma hollywoodien qui connait un vrai tournant cette année là. Présent en tant que « cinéphile et pas cinéaste », le réalisateur américain nous a offert une véritable leçon de cinéma en nous expliquant que finalement les films les plus marquants sur les sixties ont été réalisé en 1970 et que le vieil Hollywood est mort cette année là, annonçant une véritable révolution cinématographique. Il nous explique que les quatorze films présentés pendant le festival montrent qu’à cette époque les réalisateurs américains parviennent enfin à obtenir la liberté dont jouissait les cinéastes européens pour réaliser leur film, comme le prouve le fait que le studio 20th Century Fox produise des films érotiques grand public.

Ce festival se referme mais le voyage dans l’Histoire du cinéma n’est pas terminé et nous attendons avec hâte la prochaine édition pour redécouvrir des chefs-d’œuvre du septième art et en apprendre un peu plus sur le cinéma, comme le propose d’ailleurs Bertrand Tavernier, le directeur de l’Institut Lumière, avec son film Voyage à travers le cinéma français projeté en avant-première pendant le festival et que nous vous invitons à découvrir car il est plein d’émotions et ravivera de beaux souvenirs aux moins jeunes d’entre nous…

 

Jérémy Engler

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