Festival Mode d’emploi : « Pourquoi la philosophie raconte-t-elle des histoires ? » Guillaume Le Blanc, Avital Ronell et Mauro Carbone

La philosophie raconterait-elle des balivernes ? Les trois invités du festival « Mode d’emploi » ne vont pas jusqu’à cette conclusion, mais la présence d’histoires est pourtant centrale dans le discours de cette science. Des histoires pour convaincre ou comme artifice pédagogique, autant de questions que Thierry Hoquet, le médiateur de la rencontre, enclenche dès les prémices de la séance. Le ton une fois annoncé, les trois philosophes engagent leurs opinions sur le sujet.

La fiction pour rêver à une philosophie minuscule

Guillaume Leblanc se penche sur la question de l’identité de la philosophie. Une science au discours considéré comme intouchable. Il se demande alors s’il est possible de proposer une écoute des vies ordinaires que l’on n’entend pas forcément dans les textes philosophiques. La philosophie doit ré-envisager la relation entre ce qui est vivable et le conceptuel et ainsi « appréhender une vie pour ce qu’elle est mais aussi pour ce qu’elle peut être ».

« L’élaboration imaginative de ce qu’est une vie humaine » (Le Blanc)

L’histoire comme une séparation

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Science de la raison, Mauro Carbone marque la problématique liée au mythe, à la notion d’illusionnisme. Une histoire que représenterait la faiblesse de la philosophie, l’objectif de celle-ci n’étant pas de raconter mais bien d’éduquer des concepts. Les histoires permettraient néanmoins de traverser la distance entre ce qui est considéré comme de la philosophie et ce qui ne l’est pas, par la fondation d’une identité pour cette science.

« Le concept est un moyen moderne d’élaborer la séparation métaphysique fondée par le platonisme » (Carbone).

La notion de concept

« Une analogie du monde sensible transférée au monde de la pensée » (Mauro Carbone). Dans l’étymologie allemande, le mot se rapproche du fait de « saisir », d’attaquer. Alors que dans la version latine, il s’agirait surtout de « prendre avec », une deuxième tournure plus hospitalière. Dans les deux cas, on retrouve ainsi la notion d’intrusion dans le récit philosophique, rendue possible par l’insertion d’histoires.

Une modestie philosophique par des procédés rhétoriques 

Modifier le discours philosophique permettrait-il d’obtenir une modestie en philosophie ? C’est la question que pose le modérateur aux invités. Guillaume Le Blanc affirme l’arrogance constante en philosophie et réaffirme l’importance donnée aux vies minuscules pour retrouver une certaine modestie. Il remet en question le fait que la philosophie a une marge d’erreur. Le Blanc utilise une métaphore qui traduit cette idée. En effet, le sable contenu dans une main s’écoulera forcément.

©  Bertrand Gaudillère
© Bertrand Gaudillère

La philosophie se laisse hanter

Les protagonistes utilisent à plusieurs reprises les mots « fantômes », « hallucinations », « fantasme ». Ainsi, la philosophie serait-elle hantée par ses propres histoires ?

Une science incomplète

« Deleuze nous a rappelé qu’il y a des choses que la philosophie ne touche pas, opère des exclusions puisqu’elle ne se sent pas concernée. La littérature montre de l’hospitalité à toute bêtise. Deleuze se pose la question de pourquoi la littérature est tellement grandiose face à l’idiotie. La philosophie se trouve beaucoup plus phobique par rapport au concept menaçant ». (Avital Ronell)

La philosophie aurait besoin d’histoires pour être complétée. Mauro Carbone l’affirme puisqu’il utilise, la littérature dans son livre sur le 11 septembre, n’ayant pas trouvé assez de contenu dans la philosophie.
Ce débat réinvente notre manière de percevoir les mythes associés aux récits philosophiques. On en retient l’idée d’une mutation dans la philosophie qui s’oriente de plus en plus vers une modestie. Alors que les mythes étaient dédaignés par beaucoup de philosophes, on assiste à une revalorisation des histoires, notamment avec l’appropriation de la littérature et la poésie. La philosophie raconte des histoires mais certainement pas des idioties.

N’hésitez pas à partager votre opinion dans les commentaires et pour continuer cette semaine sur « l’idée », on vous propose de retrouver Avital Ronell lors de l’enregistrement de l’émission « Idées » de Pierre Edouard Deldique pour RFI à l’Hôtel de Région tout à l’heure à 11h ou ce soir à 19h30 à l’Hôtel de Région pour un débat sur « Qu’est ce que l’autorité ? »

Tristana Perroncel

2 pensées sur “Festival Mode d’emploi : « Pourquoi la philosophie raconte-t-elle des histoires ? » Guillaume Le Blanc, Avital Ronell et Mauro Carbone

  • 22 novembre 2014 à 22 h 07 min
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    j’aurai beaucoup aimé assister à ce débat ! La philosophie m’a toujours paru être une notion abstraite et un peu élitiste…

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    • 22 novembre 2014 à 23 h 54 min
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      Alors n’hésitez pas à vous rendre à d’autres conférences du Festival Mode d’Emploi, le but étant de rendre la philosophie accessible au plus grand nombre !

      Répondre

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