Fever, à la vie à la mort et pas que le samedi soir !

Du 7 au 17 octobre 2014, le théâtre des Célestins accueille la coproduction Fever, réalisée en collaboration avec le théâtre de Poche de Genève et interprétée par la Compagnie Love Love Hou !
Cette création a donné lieu à la résidence d’écriture de l’auteur , Attilio Sandro Palese, aux Célestins, et à un ensemble d’ateliers avec des amateurs de différents horizons , en France puis en Suisse.
Par exemple à coté de la salle Célestine, est affichée toute une galerie de photos prises par des habitants transfrontaliers, des photos d’eux-mêmes, accompagnées d’un petit texte expliquant ce que représente, pour eux le samedi soir ou simplement des textes de leur choix, exprimant leurs pensées.
Même si le texte et la mise en scène sont bien d’Attilio Sandro Palese, la parole est donnée aux amateurs et aux bénévoles autant dans l’écriture scénique et dans la mise en scène que dans les ateliers qui ont accompagné la coproduction.

Une réécriture personnelle du film culte

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Tout le monde connait le succès incroyable qu’a eu le film de John Badham sorti en 1978. La fièvre du samedi soir est un des films culte de la période disco. John Travolta , à l’apogée de sa gloire, nous offre des moments mythiques de danse sur la piste disco accompagnés de musiques inoubliables.
Tony Manero, un jeune New -Yorkais italo américain de 19 ans tente d’oublier sa triste vie et surtout d’échapper à son triste avenir à travers et par la danse. Il ne manque pas ses sorties en boites de nuit tous les samedis soir, avec ses acolytes, formant un mini « gang » italien au cœur de New York.
Le but de ce jeune déjà désespéré par la vie : gagner le concours de danse qui pourrait lui ouvrir les portes d’une nouvelle vie.

Sandro Palese s’est en effet « librement adapté de la Fièvre du samedi soir ».
A travers cette pièce, il livre une leçon sur la jeunesse des années 1970 extériorisant leur violence et leur mal de vivre à travers la danse, mais surtout, il livre une leçon sur la jeunesse d’aujourd’hui.
Cette violence extériorisée des jeunes se retrouve de nos jours dans la rue, que ce soit à travers des battle de hip hop ou dans les soirées électro hipster « branché ».
La pièce, par sa force brute, fait résonner la violence des années 70-80 ainsi que la violence d’aujourd’hui. La danse dans Fever agit comme un libérateur émotionnel, aussi sensuel que violent, à laquelle chacun peut s’identifier.

La performance des acteurs au service d’une pièce brute

blaise granget © augustin rebetezLa pièce est brute mais le sens de ce mot n’est pas à comprendre comme « brutale » mais plutôt comme « vraie », comme une « mise à nu » des rapports entre hommes et femmes chez les jeunes. Les femmes sont brutalisées autant verbalement que physiquement. Elle évoluent donc dans ce monde violent, l’une tentant de refuser cette violence en s’indignant, l’autre voulant se mêler à ce monde où le pouvoir reste aux hommes et pensant qu’elle peut se mesurer à eux. Malheureusement, cette violence se retournera contre elle …
Ce n’est donc pas qu’à travers la danse que la jeunesse est décrite mais aussi à travers les guerres de « gang » qui ont lieu à New York à cette période, résonnant aussi de nos jours.

La performance des acteurs est remarquable, une des actrices parvient à modeler son visage passant d’un visage extatique à un visage imperturbable et sans expression.
Lors d’une scène, un petit groupe parvient à articuler les mêmes paroles en même temps, à l’image d’une musique scandée en plusieurs temps sans aucune faute.
Fever-2014_005_ressourceOriginaleLe metteur en scène a choisi une mise en scène plutôt sobre avec un décor simpliste, ce qui révèle d’autant plus les corps et expressions des personnages.
Les performances de Nathan Heude qui joue Tony et d’Aurore Faivre qui joue Annette sont à noter, l’un odieux dans son rôle, bluffant dans son jeu, l’autre bouleversante par sa fragilité et son bouillonnement intérieur.
Les duos de danse donnent une respiration à la pièce, pièce qui est du début à la fin soutenue par une tension palpable.

Malgré le caractère cru et plutôt pessimiste de la pièce, le spectateur est sans cesse tenu en haleine grâce au jeu des acteurs qui sont soit figés, soit pris dans une série de mouvements brusques.
Venez découvrir aux Célestins cette pièce bouleversante, qui met à nu les rapports humains et interroge grâce à la danse le besoin d’expression des nouvelles générations.

Alicia

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