Fin de Partie

Fin de Partie, pièce incontournable de Samuel Beckett, est présentée au théâtre Espace 44 du 10 au 15 décembre. Mise en scène par Sandrine Bauer, la pièce raconte une nouvelle journée comme les autres, de quatre personnages abîmés physiquement par la vie, dans un monde post-apocalyptique, marqué par la fin. (Image mise en avant : ©Tiketac)

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Un renouveau né de la fin

Au commencement, dans un univers aseptisé couleur de cendres, déambule un personnage cahin-caha, observant par les fenêtres d’une maison refuge tantôt un paysage désertique tantôt la mer : voici Clov. Ses premières paroles : « Fini, c’est fini, ça va finir, ça va peut-être finir. » ; en présentant le début de la pièce par la fin, il réactive le jeu de Beckett sur les conventions théâtrales classiques. En effet, dans cette pièce rien ne semble se produire et c’est de cette non-production que naît le mouvement. 

Ici tout semble naître de la fin. La scène d’ouverture elle-même laisse entrevoir une multitude de fins de cycles. Ainsi se mêle à l’ambiance de fin du monde, la fin de vie représentée par deux draps blancs : l’un recouvrant les meubles, l’autre recouvrant tel un suaire, un corps assis. À cela s’ajoute la présence sur scène de deux poubelles blanches ourlées de lumière bleue, métaphore ultime de la fin de toute chose, de la matière arrivée à son terme et revenant à l’état de déchet. Néanmoins si on pousse le vice d’une analyse cyclique des déchets, on pourrait aussi y voir un renouveau, un recyclage de ces diverses fins qui, toutes ensemble créent ainsi un renouveau.

Une pièce méchamment vivante

Apparaît alors sous un des draps, Hamm, aveugle paraplégique avec lequel Clov entretient une singulière relation d’interdépendance. S’offre aux spectateurs une confrontation entre deux personnages qui se déchirent. L’un tyrannisant l’autre et l’autre menaçant de quitter l’un sans jamais pouvoir y parvenir. Dans ce conflit méchant aux apparences stériles apparaît tout de même la vie. Le conflit entre deux êtres, qui par leur énergie, créent une étincelle attisée comme une flamme par un mouvement incessant de Clov à travers la pièce. 

Le duo Nagg et Nell, parents cul-de-jatte de Hamm vivant dans deux poubelles viennent supporter le duo principal en apportant un niveau de jeu vertical (en sortant la tête de leur poubelle) comparé aux deux autres protagonistes qui envahissent l’espace scénique plutôt horizontalement. Qui plus est, ce duo de vieux croulants vivant dans les poubelles représente les désagréments causés par une communication défaillante, dont Beckett fait part à travers son œuvre : vieillissement, mauvaise compréhension de l’autre, acharnement moral… Tout comme il fait vivre sa pièce à travers ses silences dont il est passé maître. Ainsi la pièce est vivante car même si la communication est défaillante elle existe tout de même.

fin de partie img 1Fin de partie © Jean-Sébastien Pourre

La création burlesque en application

A travers une mise en scène dynamique, Sandrine Bauer réussit tout à fait à retranscrire l’essence de l’écriture Beckett. Au tragique se mêle humour grinçant voire morbide portés par le jeu des très bons Arnaud Chabert et Jacques Pabst. On n’a pas pu s’empêcher d’apprécier les acteurs négligemment fardés de blanc à la Molière afin certainement de satiriser visuellement les codes du théâtre classique que Beckett se plait tant à singer. De plus la pièce est bruyante et mouvementée, caractéristiques qui sont particulièrement mises en valeur par la scène fournie par l’Espace 44. Les voix crient, les pieds claquent plus fort, et les mouvements amplifiés par l’espace restreint dans lequel les acteurs évoluent. Une attention toute particulière aux doux coups de sifflet de Hamm qui saura régulièrement vous rappeler votre promiscuité avec les acteurs.

Fin de partie, grâce à l’intelligence scénographique et artistique de la metteuse, ne pourra être qu’une pièce que vous apprécierez découvrir ou redécouvrir. 

Fin de Partie, écrit par Samuel Beckett, une production de l’Espace 44 dont toute la programmation est à découvrir ici

Article rédigé par Tess Guillot.

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