Flirt, une curieuse rencontre qui laisse perplexe

Dans le cadre du festival Livraison d’été ou « un festival de tous les héros », La Compagnie des divins animaux est revenue sur les planches du hangar des Subsistances pour interpréter leur pièce Flirt. Elle a été conçue et mise en scène par Florian Pautasso avec Stéphanie Aflalo, Flavien Bellec, Solal Forte, Aurélie Lannoy et Sophie Van Everdingen (qui a également composé la musique). Ce festival débutait ce jeudi 12 mai 2016 avec cette pièce et se termine le 10 juillet 2016. Il mêlera des pièces de théâtre, des spectacles de cirques et danses et des concerts pour tous les âges, pour les néophytes comme les passionnés. La pièce Flirt est en représentation jusqu’au samedi 14 mai à 20h.

©B. Gaudillère
©B. Gaudillère

Une histoire curieuse, mais quelle histoire finalement ?

On pourrait couper cette pièce en trois parties, tels trois actes. La pièce commence par des fuites de discussions émanant des coulisses. On distingue quatre voix, deux femmes et deux hommes. On suppose que ce sont des comédiens, ceux de la pièce. Ils semblent se motiver les uns les autres, mutuellement, pour gagner du courage. Un premier personnage apparaît, terrorisé, immobile, puis se cache de nos regards, tournant le dos au public. Trois autres personnages apparaissent, ils paraissent tout aussi apeurés par nos regards. Après s’être réfugiés dans les coulisses, on les redécouvre, plus naturels, échangeant des discussions privées et pour le moins passionnées. Leur bulle est percée ; notre présence les rend à nouveau paniqués et s’installe une atmosphère oppressante. S’en suit une première tentative de communication ; non pas entre eux, mais avec nous, le public.

La deuxième partie de la pièce est plus intime. Rappelant les codes du speed-dating, nous rencontrons un a un tous les protagonistes, dans un temps limité, où chacun d’entre eux essaie d’une manière ou d’une autre de plaire aux spectateurs. Le dévouement, le burlesque, la fausse empathie et enfin la colère. Quatre situations que l’on peut comparer en amour et dans l’art. Dans ces différents rapports comédien-public, une tension se crée, des questions se posent… sans  réponse.

Dans la dernière partie de la pièce, on retrouve les comédiens alignés, rose blanche à la main, tel qu’ils pourraient l’être à un enterrement. Les discours défilent ; mêlant amour, religion, public, intimité et les comédiens filent, puis le rideau tombe.

©B. Gaudillère
©B. Gaudillère

Une scénographie finement travaillée, mais peut-être parfois difficile d’accès

Cette pièce explore les limites entre le comédien et le public ainsi que la part du mystère qui l’entoure. Ce parti pris donne un côté très intéressant à la scénographie, uniquement composé d’un rideau jaune et de quelques chaises. Les costumes restent dans la gamme de notre époque, à part peut-être pour un personnage à un moment T. Ils sont vêtus d’habits « de tous les jours » ce qui renforce l’essai de proximité entre  le public et les comédiens. Il y a un vrai jeu sur les tons dans cette pièce, faisant passer le spectateur de la gêne aux rires, de la curiosité enfantine à l’interrogation plus profonde.

Les transitions sont plutôt fluides, la musique créant, renforçant, ou stoppant nette les différentes ambiances très contrastées de la pièce.

©B. Gaudillère
©B. Gaudillère

Une pièce où la musique devient un personnage !

La musique est, dans cette pièce, jouée et interprétée en temps réel par une musicienne, Sophie Van Everdingen. Cette soprano utilise un looper, qui lui permet de superposer plusieurs mélodies successivement, mais également un clavier grâce auquel elle peut ajouter de la musique assistée par ordinateur, mais aussi modifier tous les composants de celle-ci. Enfin, elle utilise un piano électrique ainsi qu’un des plus grands atouts de cette pièce, sa voix. Elle n’est pas seulement interprète dans cette pièce puisqu’elle est également un personnage à part entière. C’est grâce à elle qu’un premier contact entre le public et les autres personnages se crée, mais c’est également elle qui observe le public, à l’affût de réactions plus ou moins surprenantes. C’est de par ce personnage qu’émane le rythme de pièce, ses interventions pouvant couper court aux lignes des comédiens ou à l’inverse permettre à certains d’entre eux de se libérer de cette pression, de cette exigence du public, de cette exigence du regard.

Flirt est donc une pièce dont l’intrigue n’est réellement pas évidente à déceler, comme l’intérêt et la cohérence de certains choix. Malgré tout, Flirt fait partie des pièces qui ne feront jamais l’unanimité, car les choix faits par La Compagnie des divins animaux et surtout par Florian Pautasso, ne sont pas vraiment mauvais ou bons, mais ils nous laissent sans émotion.

Camille Pialoux

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