Français et migrants, même combat !

Du 5 au 28 juillet 2019, à 9h50, à la Présence Pasteur, le Théâtre du Rictus présente une petite pépite de seulement 35 minutes, Guerre, et si ça nous arrivait ? dans le cadre du festival Off d’Avignon. Mis en scène par Laurent Maindon, cette nouvelle de Janne Tellier nous interroge sur la question des migrants avec douceur en nous mettant à la place des migrants syriens…

Un retournement de situation

Ce spectacle, destiné à un jeune public, remplit parfaitement sa fonction en faisant rêver les enfants sans oublier de les faire réfléchir. Ces derniers, sans avoir forcément pleinement conscience, entendent beaucoup de choses sur les migrants de la bouche de leurs parents ou de la télévision. Cette pièce propose donc de traiter de la question des migrants en transposant les situations, la France est en guerre contre les pays scandinaves et les civils doivent fuir vers le Moyen-Orient. On suit l’histoire d’une famille à travers les yeux d’un jeune garçon, la fuite n’est évidemment pas simple, ils doivent faire appel à des passeurs, braver les éléments, les lois, la police pour arriver en camp. La demande d’asile prend deux ans, deux ans pendant lesquels ils seront comme prisonnier des barbelés qui entourent le camp, tenus à l’écart dans l’incapacité de participer à des ateliers d’apprentissage de l’arabe, etc.

© Théatre Rictus

Ils retrouvent des Scandinaves dans la même situation et comprennent l’absurdité de la guerre. Une fois le statut validé, ils vivent sur place, sans connaitre la langue et sans vraiment de ressources… Ce spectacle nous amène à réfléchir aux conditions d’« accueil » des migrants qui vivent dans la misère dans l’espoir d’un papier… Ce sésame n’est pas non plus la garantie d’un avenir radieux puisqu’il faut ensuite vivre dans un pays dont on ne connaît ni la culture, ni la langue et ceux sans ressources ou presque…
Le récit est très marquant et questionne évidemment les effets de la guerre pendant le conflit mais aussi après… dans cette fiction, la France perd mais retrouve la paix, bien que sous contrôle ennemi. Mais le retour est-il possible ? L’un des enfants de la famille s’étant engagé dans la milice, les Scandinaves voient d’un mauvais œil leur retour tandis que les Français les considèrent comme des traitres de s’être enfuis… L’horreur de la guerre est traitée dans sa globalité et n’épargne rien aux plus jeunes qui s’identifient à ce jeune garçon obligé de quitter son école et sa vie… Mais l’inversion ne s’arrête pas là puisque les comédiens disparaissent au profit d’ombres…

Une mise en scène élégante et poétique

Les comédiennes, Claudine Bonhommeau et Marion Solange-Malenfant introduisent le propos et la transposition avant de disparaître derrière un immense rideau et incarner tous les personnages de cette histoire. Un jeu d’ombres et de lumière s’engage alors pour jouer avec nous sur les perspectives et montrer la petitesse de l’enfant et sa famille devant les autorités qui semblent être un géant insurmontable…

© Théatre Rictus

Il y a une forte symbolique liée aux couleurs qui se met en place, le vert représentant l’espoir, l’autorisation tandis que le rouge représente le sang, la violence et le rejet ! Les images produites par ces ombres et ses projections de lumières voire d’objets confère une certaine poésie à ces scènes horribles. Alors que ce qu’ils vivent est horrible, on ne tombe jamais dans le gore ou l’horreur, tout est suggéré par des symboles facilement identifiables par des enfants. En tant qu’adulte, on apprécie de voir un sujet si grave traitée avec autant de poésie et de grâce. Le travail chorégraphique et plastique est impressionnant ! Chapeau aux artistes !

Ce spectacle prouve qu’on peut parler de sujets graves sans pour autant prendre les enfants pour des idiots, comme ce fut parfois le cas dans le In d’Avignon. Quand on voit qu’un spectacle comme Au-delà la forêt, le monde, qui traite des migrants également mais avec nettement moins de subtilité, a été programmé l’an dernier dans le In, on se demande pourquoi des spectacles comme celui-ci n’y figurent pas…

Jérémy Engler

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