Fraternité, dualité – Deux frères au théâtre des 2 Galeries

Allez découvrir Deux Frères au théâtre des 2 Galeries, tous les jours pendant le festival Off d’Avignon, à 19h. Ce drame de l’italien Fausto Paravidino est mis en scène par compagnie de l’illustre théâtre. À découvrir !

Une ambiance pesante

Boris et Lev partagent une colocation avec Erica. Les deux frères, on le comprend, sont très proches – quoi que Lev semble avoir un ascendant sur son frère ainé, qui paraît moins réactif. Lev et Erica sont amants, jusqu’à ce que la jeune fille décide d’en finir avec leur relation – elle ne donne pas de raisons à Lev, et tous deux prétendent n’en avoir rien à faire. En ceci, le jeu d’acteur est vraiment excellent, puisqu’on ressent la douleur que les personnages se refusent – par fierté, par habitude ? – à exprimer. Ils arrivent à compenser le manque d’élaboration psychologique du texte en dévoilant, comme malgré eux, leurs sentiments l’un pour l’autre. Dans ce sens, Deux Frères se penche sur les problèmes de la non-communication et les abimes où elle peut nous entraîner.

Sur scène, les trois chaises, la table, et l’étagère contenant la vaisselle nous indiquent que nous nous trouvons dans la cuisine. Dans le fond, un drap est étendu, cachant ce qui est supposé être les chambres. Derrière le drap, on aperçoit quelquefois les protagonistes qui passent en ombres – esquisses d’une intimité qui n’en est pas tout à fait une, donc, et qui nous rappelle ce que c’est que vivre en colocation. Sur le drap blanc tendu, est projetée une horloge digitale. Pendant chaque scène, elle semble être bloquée sur une heure fixe, comme pour signifier l’importance de chaque moment passé tous les trois, et l’importance de chacune des décisions prises pour déterminer la suite des évènements. L’heure change d’une scène à l’autre, cependant – et à mesure que l’intrigue se déroule, le temps semble s’accélérer.

Une violence étudiée

Au fur et à mesure de la pièce, la tension semble monter entre les trois protagonistes. La violence, qui est au début surtout verbale et ponctuelle, devient omniprésente. Elle est souvent retenue, et on la sent, on la pressent dans chacun des gestes de Lev. Tandis qu’il se plie en avant, comme pour contenir sa violence, au début de la pièce, dès qu’Erica l’énerve, il finit par se tenir terriblement droit pendant la seconde moitié du spectacle, et n’en est que plus effrayant.

L’appartement où vivent les trois personnages est sale, et la crasse ambiante de la cuisine rappelle la violence de leurs relations. La propreté est d’ailleurs presque une obsession pour Boris, qui décide même de mettre en place un règlement. On sent que celui-ci a surtout pour but d’exclure Erica, que Boris semble jalouser puisqu’elle entretient une relation privilégiée avec Lev.

Cette pièce délicieusement malsaine est traversée par des scènes d’une très grande beauté. La danse, presque frénétique, d’Erica, est un de ces moments. Pleine d’une violence contenue, cette danse dans laquelle elle se livre, seule, avec une sensualité très particulière, nous rappelle sa folie présumée. En effet, Boris l’accuse à plusieurs reprises d’être dérangée, et l’on comprend que la jeune fille a derrière elle un passé qui est loin d’être neutre. Mais ces décalages ne la rendent que plus fragile, et plus belle à nos yeux. Et en un sens, nous fait pressentir la fin de cette pièce. Yacoub Souheila est vraiment magistrale dans ce rôle. Elle concentre les aspects les plus tragiques de la pièce, mais est également le pendant comique de Deux Frères. En effet, la pièce est par moments vraiment drôle.

 

Adélaïde Dewavrin

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