Frostless Belt, un théâtre cinématographique expliqué en exclusivité par son auteur Vladimir Lifschutz

Avant d’être accueillie à l’université Lumière Lyon 2 dans le cadre du festival Coups de théâtre les 24 et 25 avril 2015 à l’Amphi Culturel, la pièce Frostless Belt écrite par Vladimir Lifschutz, dont il est le co-metteur en scène avec Juliette Paire, sera représentée au Jack Jack de Bron les 26 et 27 février 2015 à 20h30. Cette pièce présentée par l’association La Maison d’Elliot est l’occasion pour le spectateur de découvrir l’origine du cinéma hollywoodien grâce à un « théâtre cinématographique ». Afin de mieux comprendre ce terme, nous avons rencontré Vladimir Lifschutz, doctorant en Arts du Spectacle à l’université Lumière Lyon 2 et membre fondateur de la Maison d’Elliot qui totalise pas moins de 14 projets réalisés en seulement 6 ans d’existence.

Quand et comment est née cette pièce ?
Vladimir Lifschutz : Cette pièce est née il y a un an alors que je préparais un cours sur l’histoire d’Hollywood. Avant de me pencher sur cette question, je me suis rendu compte que je n’en avais aucune idée. Et quand j’ai découvert son histoire et ce qui s’est passé, j’ai trouvé que ça pouvait faire un très bon sujet. Je trouvais que c’était intéressant de pouvoir montrer comment a évolué le cinéma et comment Hollywood est devenu ce mythe du cinéma.

Pouvez-vous nous parler un peu plus en détail de l’histoire de Frostless Belt ?
Ça commence dans le train qui se rend à Hollywood en 1910, à l’époque où Hollywood n’est qu’une toute petite bourgade de Californie qui n’est absolument pas destinée à devenir la capitale du cinéma. On découvre dans ce train un des premiers directeurs de studio qui se rend là-bas pour implanter son studio. Donc nous suivons l’histoire de ce personnage qui sera l’un des pionniers du développement du cinématographe à Hollywood. Nous découvrons petit à petit un homme dont l’ambition est de faire du cinéma un art populaire et accessible et de trouver aussi un langage pour ce nouvel outil technique. A côté de ça, il rencontre tout un tas de personnages différents qui gravitent autour du cinéma et dont les connexions entre eux sont dévoilées au fur et à mesure de la pièce. L’idée est encore une fois de mélanger le réel et la fiction puisque des personnages ont vraiment existé tandis que d’autres sont purement fictionnels. Nous voulions montrer comment le réel s’est construit grâce à la fiction à travers le cinéma.
Donc le pitch de la pièce, c’est comment un directeur de studio va faire d’Hollywood la capitale du cinéma !

Tout un programme donc, et pour les non-anglophones, que signifie « Frostless Belt » et pourquoi ce titre ?
« Frostless Belt » c’est le nom qu’on donnait à la Californie avant que les pionniers ne s’y installent. Cela signifie en fait la « ceinture sans gel », la ceinture désignant la Californie et « sans gel » car il y avait un climat doux et tempéré toute l’année, avec très peu, voire pas du tout de gel. Cela représentait un petit îlot sur lequel il faisait bon y vivre et sur lequel on fondait beaucoup d’espoirs à l’époque. Et je trouvais intéressant de l’appeler ainsi car après notre pièce – enfin l’histoire racontée par notre pièce – ça devient la Californie et Hollywood en devient le symbole.

La Maison d’Elliot, l’association à laquelle vous appartenez et avec laquelle vous avez développé ce projet a déjà réalisé des courts-métrages, donc pourquoi avoir choisi de monter une pièce de théâtre plutôt qu’un film alors que le sujet semblait être plus adapté au cinéma ?
Parce que le cinéma des premiers temps était très influencé par le théâtre et il m’apparaissait donc plus intéressant et pertinent de parler de la naissance du cinéma au théâtre car il a beaucoup emprunté de ses codes mais aussi parce qu’on les oppose beaucoup. On les présente comme inconciliables alors que moi je pense qu’au contraire, les deux sont reliés et connectés. Donc nous allons raconter l’histoire d’Hollywood et du cinéma au théâtre avec un dispositif particulier.

Qu’entendez-vous par « dispositif particulier » ?
Le dispositif c’est d’en faire « une pièce cinématographique ». Nous voulons mélanger ce qui se passe scène avec des projections. Donc nous faisons appel aux codes du cinéma et aux codes de la musique pour recréer ce qu’était un film en 1910 et comment on le faisait ? quels étaient les codes ? qui étaient ces premiers acteurs-réalisateurs à découvrir ce cinéma ?

Comment cela se traduit-il sur scène ?
Il y aura une interaction des acteurs avec les projections. La pièce est elle-même construite pour ressembler à un film avec certains codes du cinéma que je vous laisserai découvrir… Après sur scène, le but est de reprendre des choses que fait le cinéma mais pas le théâtre. Je m’explique, par exemple, sur la scène nous avons deux lieux qui sont constamment en train de vivre et entre lesquels il y aura des interactions, chose qu’on ne voit habituellement qu’au cinéma car au théâtre, on ne peut pas voir deux choses qui se passent dans deux endroits différents. Donc on essaie d’investir le théâtre avec ces codes cinématographiques comme le cinéma avait pris des codes au théâtre.

Vous parlez de votre volonté de mélanger les arts audio-visuels y’aura-t-il de la musique en plus des projections ?
Oui, il y aura de la musique mais elle ne proviendra pas des projections. Tout sera joué en live comme à l’époque. En fait, les musiciens qui étaient employés par les studios ou qui jouaient dans les salles de cinéma jouaient en direct pour donner une espèce d’ambiance sonore au cinéma muet et notre idée était de reprendre cela. Donc nous ne voulions pas de bande sonore mais bien des musiciens que l’on voit composer en fonction de ce que proposent les acteurs quand ils tournent afin de montrer la construction d’Hollywood d’un point de vue sonore.

Vous parlez de la création sonore d’Hollywood, pourtant à cette époque le cinéma est muet…
Oui, le cinéma était muet mais quand on allait au cinéma, il y avait un pianiste qui jouait pour donner un rythme au court-métrage. Et dans le studio même, il y avait des musiciens qui jouaient pour aider les acteurs, alors évidemment on ne pouvait pas garder cela sur les pellicules puisqu’on ne savait pas comment faire à l’époque mais la musique était super présente. Or on a l’impression que jusqu’aux années 1930, il n’y avait pas de son, ce qui est totalement faux. Donc nous voulions rappeler que le son et la musique étaient présents dès le début du cinéma et qu’ils l’ont aidé à se construire en tant qu’art.

Pour vous, en tant que metteur en scène, en quoi cette pièce est importante dans votre cheminement personnel au-delà de la simple volonté didactique ?
Je crois que c’est l’aboutissement de quelque chose auquel je crois vraiment : le théâtre et le cinéma sont vraiment deux choses qu’il ne faut pas opposer mais réunir et l’idée de cette pièce est de mener cette jonction le plus loin possible pour montrer que ces arts se nourrissent mutuellement. Donc pour moi, rendre hommage à Hollywood à travers une pièce de théâtre m’apparaît le meilleur moyen d’aller dans cette direction.

Pouvez-vous nous parler de la Maison d’Elliot qui porte ce projet ?
C’est une association qui est née d’un groupe d’amis qui voulaient faire des projets artistiques (théâtre, cinéma, musique, danse…) et l’idée était d’avoir les moyens et la structure pour les réaliser. Donc au départ, nous étions une troupe amateure et progressivement nous avons fait de plus en plus de projets cinématographiques, théâtraux et chorégraphiques et à un moment donné, nous voulions nous professionnaliser, ce que nous venons de réaliser avec Frostless Belt. Cette pièce représente vraiment pour nous une nouvelle étape vers la professionnalisation. Donc maintenant, nous pourrons engager des personnes et essayer d’aller encore plus loin.

Dans votre parcours de professionnalisation, n’est-ce pas un pari risqué de commencer avec une pièce que vous avez écrite vous-même plutôt qu’avec une pièce déjà connue, dont le seul nom aurait suffi à faire venir du public ?
Effectivement, c’est un risque mais qui moi me semble bon à prendre, en tout cas pour ce projet là. Effectivement, ç’aurait pu être une pièce déjà écrite et célèbre, ç’aurait été très intéressant aussi mais par rapport à ce que nous, nous voulions défendre en parlant de théâtre et de cinéma, c’était assez difficile de le faire autrement que par cette histoire. Notre but est justement celui-là aussi, de montrer quelque chose d’original ou que les gens n’ont pas trop l’habitude de voir au théâtre pour les emmener vers autre chose. Après si ça marche tant mieux, sinon tant pis mais au moins, on ne pourra pas regretter de ne pas avoir essayé.

Dans le développement professionnel de la Maison d’Elliot, envisagez-vous de monter des pièces déjà existantes ou souhaitez-vous continuer dans des créations 100% originale ?
Non, on ne s’interdit rien. Par exemple, il y a deux ans, on a joué Les ombres de Peter Pan, adapté de l’œuvre de James Matthew Barrie mais pour la suite, on verra ce qui nous semble le plus pertinent à la fois artistiquement parlant et d’un point de vue viable aussi.

Vous n’abandonnez donc pas non plus la partie purement cinématographique ?
Non, non. Moi j’y reviendrai de toute façon après ce projet car parler de cinéma m’a donné envie de refaire un film. Donc non, nous n’abandonnons pas le cinéma et nous y reviendrons sûrement très prochainement. Pour l’instant, nous avons quelques idées de projets mais chaque chose en son temps, nous voulons d’abord bien finir ce projet et le jouer autant que possible.
Après je n’en ai pas parlé mais au sein de la Maison d’Elliot, il y a aussi la Compagnie Encorps qui elle développe exclusivement des projets de théâtre contemporains. Il y en a deux pour l’instant, Des Femmes et Défilles, qui se vendent bien. Donc il y a de fortes chances que le théâtre et le cinéma se développent en parallèle au sein de la Maison d’Elliot.

Propos recueillis par Jérémy Engler


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