Funérailles Tome 3 : Florent Maudoux fait enfin son show(nen)

Funérailles est un spin-off de la série Freaks’ Squeele, œuvres écrites par Florent Maudoux et publiées par Ankama. L’auteur sera présent au 44ème festival de la bande-dessinée à Angoulême ; l’occasion pour nous de se pencher sur l’œuvre de l’auteur, qui a tout de l’artiste complet.

Freaks’ Squeele : Kézako ?

© Ankama / Florent Maudoux
© Ankama / Florent Maudoux

Freak’s Squeele est une série de Bandes-Dessinées qui mettent en scène une poignée d’étudiants à l’université… Mais pas n’importe quelle université : la FEAH, une académie (de seconde zone) qui est là pour former les étudiants à un diplôme de super-héros ! C’est une saga entre le quotidien étudiant et le fantastique/shonen, garnie d’intrigues, de sous-intrigues et de personnages riches… La richesse de cet univers était si grande qu’il était devenu impossible de se limiter à une saga, et divers spin-off ont fait leur apparition, pour laisser l’univers s’exprimer. Au-delà de Freaks’ Squeele donc, on trouve Rouge, qui raconte une partie de l’enfance de Petit Panda (une protagoniste de la trame principale), Masiko, l’histoire de la mère de ce même personnage, et enfin Funérailles, saga qui raconte l’histoire du personnage éponyme, et celles de son frère, Scipio, les princes d’un royaume infernal.

Ce sont ces deux personnages qui nous intéressent en l’occurrence. Le Tome 1 de Funérailles racontait la petite enfance de ce prince déchu, exposé à la naissance car il représentait un risque quant à sa lignée. Scipio, lui, est reconnu comme étant le seul fils légitime de la royauté, et on suivra les deux personnages, sur leurs routes respectives, en train de vivre leur enfance, l’un dans l’ombre, et l’autre sous les feux des projecteurs, jusqu’à la mort du roi. Le Tome 2, lui, raconte la phase « universitaire » desdits personnages : Funérailles vit un calvaire militaire, semblable à celui de Full Metal Jacket, qu’il va essayer de combattre par une autre référence cinématographique : le Cercle des Poètes Disparus. Scipio, dans une université prestigieuse, va travailler au-delà de ce qui est nécessaire pour essayer de trouver un moyen de reconquérir le pouvoir, menacé par le même complot que celui qui a tué son père. Le Tome 3, annoncé comme la phase « shônen » de l’aventure, va mettre en scène les premiers combats qui annonceront la guerre qui bouleversera le monde de REM.

Cowboy on horses without wings : un sous-titre qui contient tout l’esprit shônen

© Ankama / Florent Maudoux
© Ankama / Florent Maudoux

Imaginez, dans un univers fantastique/steampunk, deux frères défilant dans des canyons à la reconquête d’un royaume qui file vers sa perte. Ce mélange des genres, des thèmes, des conventions feraient presque penser à la Tour Sombre de Stephen King.

Imaginez des combats épiques, où le héros, à la limite de la mort, se décide enfin à dévoiler sa botte secrète qui va retourner le combat. La botte qui va inverser le cours de la guerre.

Imaginez un monde où des personnages ne sont plus des fonctions narratives, mais des personnes à part entière, avec leur caractère, leurs défauts, leur rôle à jouer – ou pas – dans l’histoire. Ils sont là, avec leur identité, leur référence à la culture populaire ou classique.

Si vous voulez une des multiples versions de cet univers que vous avez à présent en songes, ouvrez un tome de Funérailles. Le Tome 3 exacerbe encore tout ce qui vient d’être dit : les combats se font encore plus épiques que précédemment, mais le fait que les personnages soient adultes, héros de la guerre qui s’annonce ajoute encore de l’enjeu aux batailles.

Que dire du dessin ? Les pages les plus contemplatives peuvent ressembler à des tableaux, entre la renaissance, le clair-obscur et une culture très actuelle, parfois à la limite du seinen. Un soin particulier est donné aux couleurs, et on identifie tout de suite l’état d’esprit des personnages, l’atmosphère des lieux, ou à la lisibilité des combats (quitte à passer à l’encre noire pour nous donner l’impression de vivre un combat de Saint Seiya). Bref, le Tome 3 amplifie tout ce qui a été fait précédemment, et fait vibrer la corde épique en nous.

Un Tome 3 aux allures de pivot scénaristique

Enfin, pour ceux qui auraient lu les deux premiers tomes, il me semble nécessaire de parler du contenu scénaristique de l’œuvre, et de son intérêt dans la saga. Le tome 3 marque la fin de tous les éléments exposés jusque-là : l’intérêt des Cyclopes, les stratégies de toutes les parties à la guerre, et l’origine du nom de Funérailles nous seront dévoilées dans cet opus. On sent que chaque élément a été réfléchi dès l’écriture du tome 1 : il n’y a pas de deus ex machina pour donner de l’intérêt aux planches. C’est une œuvre qui respecte entièrement ses fans, qui sait dérouler son exposition sans lourdeur, et qui fera plaisir aux fans de culture populaire, aux fans de comics, de manga, et même de BD franco-belge.

Que dire en conclusion ? N’ayez pas peur des Funérailles de Maudoux. Ce n’est ni trop sérieux, ni trop confus, et la lecture de la série première Freaks’ Squeele n’est absolument pas nécessaire. Cela pourrait, dans l’absolu, rebuter ceux qui auraient du mal avec les melting pots de références… Mais tout est si bien relié, tout est si présent et si discret à la fois qu’il est difficile de pouvoir objectivement faire ce reproche. Entrez dans cette saga, et préparez-vous mentalement à affronter la suite de l’arc shônen (pour public adolescent masculin) : l’arc shojo (manga pour public adolescent féminin).

Jordan Decorbez

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