Georges et Moi, un dialogue musical mené par un chaudasson

Ce jeudi 15 décembre 2016, un élégant trio de cordes a pris possession de la scène du Toboggan à Décines-Charpieu le temps d’une soirée. Entre hommage, humour et chanson le chanteur Alexis HK accompagné par le contrebassiste Simon Mary et le guitariste Loïc Molineri nous soumet une manière innovante et polissonne de découvrir et de retrouver le grand Georges Brassens le temps d’une nuit.

Une histoire assez cocasse sous la forme d’une thérapie collective

affiche-georges-et-moiComme l’introduit Alexis HK dès le début de son spectacle, « ce soir, par mesure de commodités, j’ai décidé que tout le monde s’appelait Georges ». En effet, l’artiste s’adressera à Georges Brassens, appelé quelques fois « Tonton Georges », tout au long du spectacle. Il lui raconte les différences entre notre société et la sienne, en lui faisant remarquer que certaines choses ne changeront sûrement jamais. Entre deux histoires, Alexis HK et ses musiciens nous permettent de savourer du grand Georges mais aussi d’en entendre des remaniements. Ajout de couplets, réécriture d’autres, le chanteur joue avec les mots et leur sens pour le plaisir du public. L’originalité ne réside pas tant dans ce brillant « mono-dialogue » entre lui-même, Brassens et le public mais dans la manière dont Alexis HK, aidé par François Morel, joue entre les tons tantôt sobre, intellectuel, cocasse, humoristique mais aussi entre les sujets comme la mort, les femmes, la société tout en gardant une nonchalance rappelant ces grands artistes de la Rive Gauche (de Paris dans les années 1930). Montrer qu’un chanteur puisse influencer ainsi la vie (et ici future carrière) d’un homme semble être le point crucial de cette pièce. Ce pari gagné permet au public de s’identifier au chanteur et à son ressenti.

Une scénographie aux multiples facettes

Le public est face à une scène très sobre, rappelant bien plus les scènes de concert que celles de théâtre. Seuls une table, un canapé rouge et quelques verres servent d’accessoires. Un certain nombre de projecteurs rappellent les scènes des années 1970. Le trio, habillé d’élégants costumes, apparait tels les crooners des années 1930. Par ailleurs, seul Alexis HK s’adresse au public. Les deux autres musiciens n’ont aucune réplique mais sont très expressifs par leurs gestes. En effet, regards complices et jeux de dialogue muets et scéniques ponctuent les chansons. Un jeu de lumière permet d’ailleurs de mettre en avant les transitions entre les différentes étapes de cette pièce musicale et donc entre les différents univers que l’artiste nous fait découvrir. Cet espace permet ainsi aux musiciens de renforcer cette proximité créée avec le public en amenant un univers intime et bienveillant.

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© D.R.

Un concert amusant et interactif

Pour ce genre de spectacle, il semble inapproprié de parler de comédie musicale et ce pour plusieurs raisons. La première est le résultat de l’idée que les temps musicaux ne sont pas là pour apporter à la trame narrative du spectacle mais pour montrer l’impact d’un chanteur dans la vie d’une personne. Dans les comédies musicales, le public assiste à une scène théâtrale mettant en exergue une idée, un évènement ou bien seulement un dialogue et ensuite ce dernier assiste à une version chantée de cette scène. La seconde raison est marquée par l’absence de danse, élément majeur à toute comédie musicale. La troisième raison est qu’ici on assiste à un spectacle hybride mêlant ainsi théâtre, jeux de « stand-up », concert et interactivité avec le public, un peu comme les masterclass musicales. De nombreuses blagues musicales sont présentes, comme la récurrence d’une même tourne d’accords (que l’on retrouve en effet très souvent chez Brassens). Mais il semble important de noter la finesse des arrangements permettant ainsi un renouveau sans pour autant dénaturer la musique de ce grand chanteur. En effet, le traitement des guitares (accords, mélodies secondaires, jeux sur les timbres de l’instrument) et l’équilibre avec la contrebasse (les pompes, les « walking bass », alternance avec/sans l’archer) rappellent les partitions où lui seul arrivait à tenir ces deux rôles, avec une guitare. Ce renouveau est également marqué par la performance d’Alexis HK qui arrive à nous faire retrouver le grain de Brassens sans le caricaturer.

Par ce spectacle d’une heure et demi, Alexis HK, Simon Mary, Loïc Molineri et François Morel arrivent à nous emmener dans l’univers de ce cher Georges avec une vision drôle mais réfléchie des problèmes de notre société actuelle ; à l’image du vocabulaire de Brassens, entre polissonnerie, humanisme et érudition. Comme le dit si bien Alexis HK : « les parents qui écoutent Brassens sont plus détendus que les parents qui écoutent Michel Sardou ».

Camille Pialoux


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