La Grenouille avait raison… Vraiment ? !

Le Théâtre des Célestins, en collaboration avec le Radiant, proposent du 11 au 23 octobre 2016 La Grenouille avait raison de la Compagnie du Hanneton. James Thierrée, metteur en scène et comédien, s’interroge sur le pourquoi du théâtre. Qu’est-ce qui fait qu’on imagine une histoire et qu’on entreprend de la monter sur scène ? Dans quels recoins de nos êtres allons-nous chercher ces fils qui nous permettent de la tisser ? « Je fais du théâtre pour ne pas avoir à expliquer ce qui remue à l’intérieur, plutôt pour rôder autour. » Voilà qui est dit. Allons maintenant découvrir pourquoi la grenouille avait raison… Mais le saurons-nous seulement ?

© Richard Haughton
© Richard Haughton

Ambiance steampunk onirique

Le rideau rouge tombe. Plongée immédiate au cœur d’un univers Jules Vernesque. Une étrange et imposante installation métallique en suspension, un très vieux piano, un grand bac d’eau, des points lumineux un peu partout, de grandes tentures aux reflets gris habillent la scène. Et là, s’ajoute à la voix de la chanteuse-comédienne, le mouvement : un escalier en colimaçon qui était en vrac au sol se déroule lentement et s’élève en tournant pour aller nulle part. James Thierrée, l’homme en gris se laisse porter au gré de la musique et semble danser avec les marches. Sur le plateau tout prend vie, une vie sur le fil entre la magie et la mécanique. Des corps aux objets, tout semble avoir une conscience et réagir, pour donner des situations aussi intrigantes que cocasses. Au début, une femme reste inerte près du piano, après quelques soubresauts musicaux, elle s’anime et se contorsionne dans des mouvements d’une fluidité déconcertante.

Entre le mime et les arts du cirque, c’est une belle manière de mettre en scène le conte des frères Grimm, de parler de l’enfermement et de la fratrie. Drôle et sensuels, on se laisse embarquer dans leur délire onirique. Les membres du groupe jouent, se disputent, dansent, s’affrontent, s’interrogent. C’est donc sans trop de surprise, lorsqu’un élément étranger entre dans leur univers, que l’équilibre est en péril. La fascination, la curiosité et puis le rejet, la peur et l’agressivité. Ils passent par tous les états. Une lutte inégale est en marche puis interrompue. Le groupe s’acclimate doucement à la nouvelle venue qui prend sa place. Un sentiment de fraternité et de solidarité se dégage de ces étranges personnages qui nous font retomber en enfance. Ils jouent de l’illusion, font des tours de passe-passe avec les assiettes, par la désarticulation de leurs corps, ils nous évoquent des créatures polymorphes.

© Richard Haughton
© Richard Haughton

Vous avez dit « grenouille » ?

Dans ce spectacle hypnotique on se laisse emporter et on perd parfois de vue qu’on nous avait parlé de grenouille… Une apparition furtive et on comprend que la voix est celle de la grenouille. Elle épie, surveille ce groupe qui vit et évolue. Elle envoie sa protégée pour mieux comprendre, elle met en garde et est capable de laisser le temps en suspens. Une apparition fracassante signe la fin du spectacle. À la manière d’un spectre, et d’une taille démesurée (pour une grenouille), elle fait irruption sur le plateau et change l’ordre des choses avant un retour au calme. Le rêve se prolonge à la fin, après les applaudissements, avec un dernier chant de la grenouille dans le silence de la salle, accompagnée simplement par James Thierrée au piano.

© Richard Haughton
© Richard Haughton

L’illusion est au rendez-vous tout comme l’humour et la poésie. Un trio idéal pour passer une soirée ailleurs, là où l’on ne parle guère et où l’on se dit tout. Est-ce que la grenouille avait réellement raison ? Peu importe finalement, car rien n’est vraiment raisonnable dans cet univers étrange et merveilleux, et c’est tant mieux !

Anaïs Mottet

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