Guerre de Lars Norén, une pièce d’après-guerre

Le 9 novembre avait lieu au théâtre des Clochards Célestes Guerre de Lars Norén, jouée et mise en scène par la compagnie Les Non-Alignés. Écrite en 2003, cette pièce à tonalité dramatique aborde le thème du retour chez soi après plusieurs années de guerre, quand le plus terrible semble derrière soi mais qu’il reste un dernier pas à franchir. À travers un point de vue intimiste, Lars Norén explore les raisons qui poussent l’homme à continuer et à croire, quelles que soient les souffrances vécues.

Vivre l’après-guerre

Tableau d’intérieur, celui d’une maison quelque part en Europe. La pièce s’ouvre sur la fin d’une guerre, n’importe laquelle. Un soldat revient chez lui, après avoir été prisonnier dans un camp pendant deux ans. Au cours de son emprisonnement, il a perdu la vue. Il retrouve sa femme et ses deux filles, Sémira, la plus jeune et Beenina. Toutes le croyaient mort. À peine arrivé, le soldat veut rattraper le temps perdu : cultiver le jardin, réparer les fuites dans le toit, prendre ses filles sur ses genoux… Comme autrefois. Mais les choses ont changé. Les horreurs de la guerre se sont faites sentir ici aussi. Elles se dévoilent au détour des conversations et des gestes quotidiens. Le mari lui ne veut rien voir. Il a assez souffert, il faut avancer. Dans cette pièce en huis clos se noue une intrigue typiquement tchékhovienne. Ivan, le frère du mari n’est pas mort, il entretient une liaison avec sa belle-sœur et a pris le rôle du chef de famille. La plus grande des filles, Beenina, se prostitue toutes les nuits pour venir en aide à la famille. La vérité est cachée aux yeux du mari, qui n’y voyait déjà rien avant de perdre la vue. La guerre a levé les interdits, tout est permis pour le meilleur et pour le pire. À travers l’absence de cadre spatio-temporel, Lars Norén, auteur de théâtre prolifique et directeur artistique du Riks Drama au Riksteatern, théâtre national itinérant suédois, aborde ici la guerre dans une dimension à la fois universelle et intime. Dans la lignée de Primo Levi, il explore les raisons qui poussent les individus à espérer et à vivre encore, malgré les épreuves et le fait d’avoir tout perdu.

Un théâtre sociologique

Avec Guerre, Norén raconte avant tout l’histoire d’une famille. Il parle d’hommes et de femmes qui se mentent, qui se trompent et qui se perdent les uns les autres. Quelle solution face à cette situation : s’enfuir, avouer, assassiner ? En explorant les relations entre les personnages, Guerre est aussi un théâtre sociologique. Comment réagir face à l’absence, à l’abandon ? Dans son théâtre, Norén veut faire apparaître le monde tel qu’il est. « Je veux casser le mur entre le théâtre et le monde parce qu’au théâtre vous pouvez trouver des solutions aux problèmes sociaux ». La mise en scène réalisée par les Non-Alignés va dans ce sens. Chaque scène capture une situation particulière mettant l’accent sur les interactions entre les personnages. La pièce est un combat qui oscille entre espoir et résignation. On salue la performance de cette compagnie émergente.

Guerre est une pièce à portée universelle sur les déchirements de la guerre. Elle sera jouée jusqu’au 18 novembre aux Clochards Célestes.

 

Guillaume Sergent

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