Gunê : Dans l’intimité des mots et des corps

Le Théâtre de l’Uchronie présente du 13 au 16 janvier à 20h30 Gunê, un spectacle de théâtre et danse proposé et interprété par le Collectif F. Gunê sera aussi présenté le 8 mars 2016 à 18h00 sur le campus de Bron dans le cadre du festival Fais Pas Genre, organisé par L’Envolée Culturelle. Gunê signifie femme en grec ancien, mais aussi naître et devenir. Et c’est de cela qu’il s’agit dans ce spectacle. La femme, qui est, qui nait et qui devient au sein de la société. Mais aussi le corps qui est et le mouvement qui naît. Donc rendez-vous au théâtre pour découvrir cette production de qualité sur le thème de la féminité !

©Théâtre de l'Uchronie
©Théâtre de l’Uchronie

Des femmes qui se découvrent

Dans cette mise en scène on découvre six femmes, interprétées par Natalia Panagiotou et Barbara-Malika Coste Moussadjee. Elles nous parlent d’amour et d’aliénation. Elles se découvrent les unes après les autres, elles se déshabillent physiquement et intellectuellement. Avec leurs blessures, leurs incompréhensions, leurs certitudes, leurs passés. Comme des poupées mécaniques que la musique fait danser, les corps se meuvent, se déplacent presque malgré eux ; ils sont secoués, envoûtés. Seule la pulsation existe, la musique est l’aliénation. Lorsque les corps sont épuisés, le tourbillon de sons et de mouvements s’interrompt brusquement. Ils s’écroulent, la respiration continue de rythmer, elle devient l’ultime pulsation. Le mouvement reprend, automatique et plus calme, on peut alors écouter leurs paroles et ce qu’elles ont à dire. Les comédiennes font entendre six voix. Elles énumèrent les espoirs, les déceptions et les folies de ces femmes qui ont pour seule et unique raison la recherche d’un certain amour. Mais où s’envolent les papillons qu’elles ont dans le ventre quand l’aliénation prend place ?

©Théâtre de l'Uchronie
©Théâtre de l’Uchronie

Une poésie sur la violence du réel

Les textes sont travaillés, la parole est rythmée, toujours la pulsation, toujours la musique. C’est tout en poésie que les textes sont percutants. Le langage est à l’image des corps : sans fausse pudeur. Les mots nous transmettent le parcours personnel de ces femmes, on entre dans l’intime. Intime colère, intime tristesse, intime espoir, intime désillusion. Mais à qui s’adressent ces femmes ? À leur reflet dans le miroir ? À elles-mêmes ? Peut-être s’adressent-elles à nous en souhaitant être entendues. Savent-elles vraiment la raison pour laquelle elles sont là, exposées ? Là c’est le monde réel, là c’est la scène du théâtre. Ces six femmes, images du monde réel font le constat de ce qui les entoure, de leurs propres expériences, elles s’interrogent sur l’amour et l’aliénation. Les comédiennes sont là pour nous ouvrir des pistes de réflexion pour dénoncer l’aliénation à l’amour. Leurs corps prennent des postures et renvoient une image. Ici, c’est une femme belle, séductrice, un peu simple, légère, cheveux aux vents, un accent charmant… L’image se brise, la comédienne qui nous a invités dans l’illusion la détruit instantanément et nous rappelle que nous étions en présence d’une image illusoire. Du vide. Mais pourquoi devrions-nous chercher à ressembler à cette représentation d’une féminité désirée, admirée et vaniteuse ? C’est donc cela l’aliénation ?

Au fil du spectacle on s’enfonce dans une forme de folie. La fin reprend le commencement. Tout l’espace bouge sans cesse pour en revenir au point de départ, la parole en plus. Les frontières lumineuses se déplacent, créent une symétrie et des espaces propres à chaque personnage. La mise en scène, la chorégraphie, le texte, sont ici très travaillés et s’unissent pour donner une représentation envoûtante et passionnante. Une véritable réussite !

Anaïs Mottet

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