Halka, quand l’acrobatie marocaine s’invite à la Biennale de la danse

À l’occasion de la 17ème Biennale de la danse de Lyon, avait lieu le mercredi 14 septembre 2016 au Théâtre des Célestins de Lyon la première de Halka, la nouvelle création collective du Groupe Acrobatique de Tanger. Ouvrant par là même la Biennale, qui se tiendra jusqu’au 30 septembre. Halka est un spectacle mêlant danse acrobatique, musique et poésie. Inspiré par l’acrobatie marocaine, il offre un curieux mélange entre arts du cirque contemporains et danse traditionnelle, à travers moult pyramides humaines, figures circulaires et pluies de sable. Vous avez jusqu’au 21 septembre pour découvrir ce spectacle.

Entre modernité et tradition

Formé en 2003, sous l’impulsion de Sanae El Kamouni, le Groupe Acrobatique de Tanger (GAT) est une réunion d’acrobates tangérois puisant ses influences dans l’acrobatie traditionnelle marocaine. Fondée au XVème siècle, celle-ci était considérée comme un art de guerre, servant à épier l’ennemi au-delà des murs en construisant des pyramides humaines. Elle a par la suite évolué en pratique artistique, transmise de père en fils. C’est notamment le cas de la famille Hammich, d’où est issu Mohammed Hammich. Aujourd’hui en voie de disparition, c’est par le biais du cirque contemporain que Sanae El Kamouni a décidé de faire renaitre cet art, qui combine danse circulaire, sauts et roues : « Notre but était simple : donner un nouveau souffle à l’acrobatie traditionnelle marocaine à travers la création contemporaine ». La troupe n’en est d’ailleurs pas à son premier spectacle. Avec des pièces comme Taoub, mise en scène en 2004 par Aurélien Bory, ou Chouf Ouchouf, mise en scène en 2009 par les Suisses Martin Zimmermann et Dimitri de Perrot, le GAT se fera connaître dans le monde entier, en passant par Broadway ou le festival de Brighton en 2011. Avec Halka, titre provisoire de la pièce, la troupe décide de revenir aux racines de l’acrobatie marocaine à travers une création en perpétuel changement.

© Groupe Acrobatique de Tanger
© Christian Ganet

Une performance en mouvement

« Halka » est un terme qui, en arabe, renvoie au cercle formé par la foule autour des spectacles forains, conteurs, chanteurs ou acrobates, et par extension à tous les spectacles ayant lieu en plein air. Le spectacle réunit sur un plateau nu quatorze artistes, douze acrobates dont deux femmes, ainsi que deux musiciens. Ensemble, ils expriment à travers des acrobaties millimétrées les contradictions du monde dans lequel ils vivent, partagé entre tradition et modernité, sacré et profane, spectaculaire et invisible. Accompagnés par les musiciens, les danseurs exécutent sauts, roues et autres figures improbables pour finir en une apothéose de pyramides humaines, comptant jusqu’à quatre échelons. La poésie occupe également une grande place, à travers la déclamation de poèmes et de chants. Pour rappeler que le désert n’est jamais loin, de fines pluies de sables s’écoulent du plafond. Une hlaïkya, sorte de maitre d’orchestre improvisé, tente d’animer sur un tambour l’ensemble des artistes. Alternant entre mouvements et immobilité, Halka est un spectacle offrant une grande diversité de moyens d’expressions, dépassant les frontières entre les genres artistiques et les pays. Comme le dit Abdeliazide Senhadji, collaborateur artistique et acrobatique, « notre corps acrobatique est un pied de nez aux frontières qui veulent nous empêcher de voler ».

Halka est un spectacle à aller voir à l’occasion de cette Biennale, ne serait-ce que pour ses effluves épicés qu’il ramène de l’autre coté de la Méditerranée. Offrant une grande diversité de techniques artistiques exécutées avec brio, il réjouira tout amateur de poésie, musique et culture marocaine.

Guillaume Sergent

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