Hamlet 60 : Un projet drôle et éveillé

Le Théâtre de la Renaissance accueillait la compagnie du Théâtre de l’Entre-Deux avec leur adaptation de l’une des œuvres les plus connus de la littérature anglaise : Hamlet de Shakespeare d’après la traduction d’André Markovicz. Cette pièce sera jouée jusqu’au vendredi 4 Décembre au soir.

Une pièce au plus près du texte

©Collectif Image
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Hamlet 60 est un défi. Celui de donner vie en 60 minutes à l’histoire d’Hamlet, prince du Danemark, de sa naissance à sa mort. Son meilleur ami, Horatio, est désigné par Hamlet lui-même pour nous raconter ses péripéties et nous transmettre les grandes énigmes de cette tragédie élisabéthaine. On sait donc d’avance que des choix de scènes vont être faits puisque la scène dure à l’origine 3h30. Etonnamment, on retrouve certaines scènes souvent supprimés des adaptations « communes » ; par exemple la toute première scène de la pièce avec la sentinelle et Horatio qui découvre le fantôme du père d’Hamlet. Le metteur en scène Philippe Mangenot  nous transmet l’importance de la traduction et donc du choix du traducteur dans l’adaptation d’une pièce de Shakespeare. On pense notamment à la scène où le public est face à plusieurs traductions de «  a piece a him »  (toute première réplique d’Horatio). On retrouve tout de même tous les grands monologues de la pièce originale (tel que le célébrissime «To be or not to be» dont un monologue qui a été gardé en langue anglaise ; certaines scènes comme la scène entre Hamlet et sa mère ont été raccourci.

Une mise en scène sobre et drôle

©Bob Mauranne
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Il y a dans cette adaptation, une clarté évidente vis-à-vis de l’histoire. Il est presque facile de comprendre les passages « phares » de l’histoire, de comprendre le caractère des différents personnages principaux et d’en comprendre les enjeux  (la question de la folie, du doute, de la vérité qui peut ne pas être la réalité …). Cette aisance pour le public n’aurait sans doute jamais pu être possible sans le choix d’une mise en scène drôle, très simple et très proche du théâtre élisabéthain.

On retrouve cette facilité dans la mise en scène mise en place par Philippe Mangenot. Il y a une volonté de pauvreté scénique afin de rendre un meilleur hommage au théâtre de Shakespeare. On y retrouve des effets sonores simples mais efficaces (cuillères pour imiter les chocs d’épées, cloches, percussions). Le public se repère grâce à un symbolisme visuel (couronnes pour les rois et la reine, fleur blanche pour Ophélie, chaîne et blouse blanche pour Hamlet …). Il y a seulement 6 acteurs sur scènes. Ces 6 acteurs se partagent tous les rôles de la pièce. Philippe Mangenot a donc fait le choix de faire intervenir les rôles, de faire doubler des répliques  (par deux acteurs), de rejouer une scène  (de manière différente) ; c’est choix mettent l’acteur au rang de serviteur de la pièce : on ne se concentre donc plus sur  l’apparence d’Hamlet mais sur ses répliques, sur l’évolution du personnage.

Le personnage et la place d’Horatio sont pleins de symbolismes pour le spectateur. Sa position sur scène  (souvent assis, face à une sorte de conducteur comme s’il mettait à l’écrit l’histoire d’Hamlet) le place aussi bien en narrateur qu’en metteur en scène de la pièce. Constamment face au sablier, il devient une sorte de maître du temps, quitte à reprendre certains personnages pour la longueur de leur réplique.

Un vrai contact avec le public.

©Collectif Image
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Il y a une autre particularité dans cette pièce. L’histoire d’Hamlet ne dure certes que 60 minutes mais la pièce en elle-même dure 1h20. 20 min de commentaires, d’éclaircissements, de jeux avec le public sont intégrés à la représentation. Le public comprend nettement les différences entre la pièce et les commentaires car il y a un changement de ton radical entre ses deux parties. Ces interventions sont drôles et surtout elles nous apportent un nouvel éclairage sur la pièce mais aussi sur l’univers du théâtre élisabéthain. On se rend notamment compte de l’importance du thème du théâtre dans la version Hamlet de Shakespeare, des grandes questions, des subtilités de la pièce  (première scène,  scènes des comédiens à la cour, différence entre la folie feinte d’Hamlet et la chute dans la folie d’Ophélie).

Cette pièce est donc un vrai partage entre le public, la scène et la pièce en elle-même. On entre donc dans cet univers avec une simplicité étonnante et finalement on regrette que le sablier s’écoule si rapidement. C’est donc un rendez-vous original, intéressant, qui donne envie au public de mieux s’intéresser au théâtre élisabéthain et aux pièces de Shakespeare.

Camille Pialoux

3 pensées sur “Hamlet 60 : Un projet drôle et éveillé

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