Hansel et Gretel : La boîte à contes de La Cordonnerie

Un conte c’est un univers merveilleux. La merveille, c’est de redevenir enfant le temps d’un spectacle. La merveille, c’est de ressortir d’un spectacle des étoiles plein les yeux, des notes de musique plein les oreilles et avec un nouvel univers dans la tête. La compagnie La Cordonnerie ouvre devant nous une boite à contes pleine d’histoires, de musiques, de sons et d’images pour nous immerger dans une aventure aussi visuelle qu’auditive au théâtre de la Croix-Rousse de Lyon du 13 au 21 décembre à 19h30.

© Sébastien Dumas
© Sébastien Dumas

Un ciné-spectacle bluffant comme toujours !

La compagnie a fait sienne la réécriture de contes dès son premier spectacle La Barbe Bleue ou encore avec Ali Baba et les 40 voleurs, Udo complètement à l’est et Blanche neige ou la chute du mur de Berlin. L’objectif est de partir d’un conte traditionnel ou d’une œuvre canonique pour en tirer une histoire absolument contemporaine qui profite du récit d’origine pour évoquer un sujet de société, ici, lié à la famille. Réécrire un conte n’est jamais simple, il faut trouver la bonne tonalité, le bon angle pour apporter quelque chose de nouveau mais surtout trouver la bonne forme. La Cordonnerie a décidé de se tourner vers le ciné-spectacle, un genre qui mélange cinéma et performance scénique. A priori les deux arts n’ont pas l’air de s’accorder, pourtant la compagnie réussit le tour de force de nous présenter un long métrage doublé et mis en son en direct. La vidéo ici n’est pas un accessoire, c’est elle qui montre l’histoire du début à la fin du spectacle. Les 4 artistes présents sur scène donnent vie au long métrage en effectuant les bruitages du film ou jouant la musique mais surtout en prêtant leurs voix aux 4 acteurs du long-métrage. Le doublage est réalisé en direct et s’accorde parfaitement avec le mouvement des lèvres des acteurs. Cette synchronisation, tant au niveau des mouvements que des paroles, témoigne d’un travail et d’un talent incroyables. La force des interprètes réside dans le fait que, bien qu’ils soient nécessaires au bon déroulé du ciné-spectacle, ils finissent par disparaître de notre champ de vision. L’image et sa mise en musique nous semblent tellement réelles qu’on se croirait au cinéma et on oublie que l’univers musical – qui repose sur un piano, un melodica, des percussions, une batterie et un tubulum et des objets du quotidien devenus instruments pour l’occasion – se dévoile sous nos yeux. Il nous faut les passages chantés pour vraiment se rappeler qu’ils sont là. Et c’est probablement le seul défaut que l’on peut mentionner pour cette performance. En effet, leur prestation artistique est tellement brillante qu’il est dommage qu’elle puisse passer au second plan au profit du film qui nous immerge complètement dans l’univers notamment en jouant avec notre odorat…

Métilde Weyergans et Samuel Hercule, les metteurs en scène et auteurs, créent une œuvre cinématique aboutie. La réalisation est parfaitement maitrisée et les plans s’enchaînent tantôt par un fondu enchaîné sur un élément du décor, tantôt par une rupture nette qui marque la rupture dans les liens entre les personnages. Les plans fixes et plans séquence pour filmer l’intérieur de la caravane dans laquelle vit toute la famille montrent l’exiguïté de leur lieu d’habitation. Le passage avec la sorcière est rendu très inquiétant par le passage au noir et blanc et à l’apparente absence de limites au décor. Tous les choix de réalisation ou presque servent réellement l’histoire, rien n’est laissé au hasard. Le langage visuel et musical s’épousent harmonieusement pour faire vivre cette histoire.

Un conte dans le conte

© Sébastien Dumas
© Sébastien Dumas

L’histoire d’Hansel et Gretel est assez connue. On a tous entendu l’histoire de ces deux enfants perdus dans la forêt qui découvrent une maison pleine de sucreries et qui tombent dans le piège de la sorcière… mais cette fois-ci, ce n’est pas cette histoire qui nous sera contée. Dans cette version, Hansel et Gretel sont un couple de magiciens à la retraite qui vivent chez leur fils Jacob (Grimm ?) dans sa caravane. Il n’a pas d’emploi et doit les assumer sans ressources. Mais la situation s’empire lorsque Jacob rencontre Barbara et qu’il en tombe amoureux… cette dernière vient vivre chez lui et convainc Jacob de renier ses valeurs et de se débarrasser de ses parents en les perdant dans la forêt… Si à partir de ce moment là, on retrouve l’histoire des frères Grimm, elle n’est qu’un prétexte pour traiter de la difficulté à assumer ses parents quand on a peu de ressources. Au final, le conte d’Hansel et Gretel devient celui de Jacob qui au départ vit dans une situation difficile avant de rencontrer l’amour, d’être déçu, de perdre ses parents et d’enfin trouver sa place dans le monde…

Tous les ingrédients du conte initiatique sont réunis autour de la musique envoûtante pour nous guider dans un double voyage au sein de cette boite à contes…

Après Super Hamlet il y a deux ans, Blanche Neige ou la chute du mur de Berlin, l’année dernière et Udo complètement à l’est en début d’année, n’hésitez pas à voir cette nouvelle pièce de la compagne, qui est encore sur Lyon jusqu’au 21 décembre…

Jérémy Engler

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