HEN, un cabaret qui chante l’utopie des genres

Johanny Bert, metteur en scène et marionnettiste signe une nouvelle création, Hen, cet été à Avignon, dans le cadre du festival OFF. Il est accompagné d’un duo musical talentueux, le violoncelliste Guillaume Bongiraud (The Delano orchestra) et le percussionniste Cyrille Froger. Le spectacle se joue à 17h10 au Théâtre du Train Bleu, les jours pairs, du 6 au 24 juillet. 2019

Hen est une marionnette. Hen est une marionnette qui chante, danse, s’amuse avec son public. Hen incarne un nouvel hédonisme où l’art et les plaisirs sont premiers. Hen incarne aussi un mélange esthétique, des cabarets berlinois des années 30, aux performances queer de la scène actuelle. Mais Hen n’existe pas, comme il se plaît à le marteler à nos oreilles à la fin du spectacle. Et déjà, l’écriture faillit. Hen n’est ni il, ni elle.

 « Je suis il et je suis elle »

 

© Christophe Reynaud de Lage

Hen n’est pas uniquement la marionnette qui se meut, à vue, sous les gestes habiles de Johanny Bert et Anthony Diaz. Hen, qui se prononce en réalité « heune » est un pronom suédois non binaire, c’est à dire, pour les moins informés, qu’il désigne indifféremment une femme, ou un homme. C’est pour cela que Hen ne peut exister, car il/elle, n’existe pas dans notre langage, et échappe ainsi au premier pas de la conception mentale d’une chose, son nom. Ce qu’on ne peut nommer ne peut exister. Qui plus est, Hen ne répond pas non plus au critère de binarité imposé par l’imaginaire de notre société, et, cerise sur le gâteau, comme notre genre définit notre identité, il n’y a plus de place laissée à l’absence de genre, plus de place laissée à la naissance de cette identité singulière.

Exister au théâtre, c’est déjà exister un peu

© Christophe Reynaud de Lage

Johanny Bert décide de créer cette identité, de lui donner vie, et y parvient avec brio. Sa marionnette n’est pas l’outil d’une parole bien pensante ou moralisatrice quant aux questions de genres et d’identités, qui, nous le savons, représentent de véritables bouillonnements aujourd’hui ; conséquence de trop longues années de silence, de mauvaise compréhension, de méconnaissance. Non, Hen n’est pas cet outil là. Hen est un objet d’art.

C’est un objet qui prend vie, et qui rappelle simplement, au détour d’une chanson, le nombre d’agressions commises, chaque jour, contre des homosexuels, et le nombre de pays – 72 – où l’homosexualité est encore considérée comme un crime passible de prison, ou de mort. Hen ne revendique rien. Il est joyeux, mélancolique parfois, il vit, tout simplement. Hen est l’être qui ne peut exister qu’au théâtre. Il est un corps de mousse, de bois, de métal, de latex qui rêve d’un genre utopique en chantant.

Un spectacle explosif et sincère, à voir sans la moindre hésitation au théâtre du Train bleu, à 17h10, les jours pairs, du 6 au 24 juillet.

Marie Robillard

 


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