Hermann, le naturaliste de la bande dessinée

Grand Prix de la ville d’Angoulême en 2016, l’auteur belge de bande dessinée Hermann, de son vrai nom Hermann Huppen, se voit consacré une exposition lors de cette 44ème édition du festival international de la bande dessinée d’Angoulême. Du 26 au 29 janvier 2017, parmi quelques 5 000 planches de bandes dessinées produites depuis cinquante ans par Hermann, plus de 150 d’entre elles sont exposées à l’espace Franquin à Angoulême.

Un auteur en rupture

© Hermann
© Hermann

Né en 1938 près de Liège, Hermann, ébéniste de formation, se lance dans la bande dessinée à travers plusieurs revues : Le Lombard, Le Journal de Spirou, de Tintin… Il travaille, à ses débuts, avec de nombreux scénaristes, en particulier Michel Greg, et met en dessin les récits des autres. A partir de 1966, il dessine avec ce dernier les séries Bernard Prince et Comanche, un western aux confins du Wyoming dans le style de Sergio Leone. Il prend peu à peu ses distances avec Greg et commence à écrire ses propres scénarii. Le style de Hermann est marqué par la rupture avec celui de ses contemporains. Il introduit dans ses œuvres l’utilisation de nombreux silences qui rythment efficacement le récit. A une époque où les personnages parlent tout le temps et commentent ce qu’ils font, chez Hermann l’image se suffit à elle-même et n’a pas besoin d’être commentée.

Son dessin se caractérise par un mouvement perpétuel et une utilisation d’outils et de techniques variées. Pour ses débuts en noir et blanc, il multiplie les encres et les stylos différents. Il passe d’un trait clair à un style plus hachuré, donnant plus de profondeur à ses personnages et décors. Quand il passe ensuite à la couleur, c’est l’aquarelle qu’il choisit pour magnifiquement rendre les jeux de lumière et retranscrire la nature. Celle-ci est omniprésente dans les œuvres de Hermann, apparaissant sous formes de forêts ou de déserts. Ponctuée de cases sans textes, la nature est ici sublimée au point de devenir un protagoniste à part entière.

Une approche naturaliste

© Hermann
© Hermann

Hermann se distingue également par rapport aux thèmes qu’il choisit et sur la façon qu’il a de les aborder. Ses héros ne sont pas des jeunes premiers. Ils sont généralement des gueules cassées, cabossées, têtues à la manière du personnage de Blueberry de Jean Giraud, alias Moebius. Ils sont représentés dans des situations embarrassantes, parfois cruelles, mais surtout quotidiennes et naturelles. Ses personnages sont complexes, ils ont des défauts, ils se questionnent comme tout le monde. Ils n’ont pas réponse à tout.
Hermann est aussi un peu pessimiste. Les villes sont sales, désorganisées, dangereuses. Elles représentent la corruption, l’avilissement de l’homme face à un système qui le dépasse, qui le broie. Comme dans Jeremiah, sa série post-apocalyptique, où l’humanité est repartie à zéro. Il prend aussi comme thème le labeur et les classes sociales défavorisée. Il veut montrer que les hommes sont durs et cruels entre eux, qu’il n’y a pas de place pour les faibles. A ce titre, il se rapproche du naturalisme de Zola dans sa série « Les Rougon-Macquart ». Malgré la science qui triomphe, la condition humaine pour les plus démunis se s’améliore pas.

Le dessin de Hermann évoque, on l’a compris, une certaine noirceur et un brin de pessimisme envers les hommes. La violence est récurrente, le monde dans lequel on vit est brutal. Mais les turpitudes des hommes s’effacent bel et bien devant la quiétude de la nature.

Guillaume Sergent

Une pensée sur “Hermann, le naturaliste de la bande dessinée

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *