Histoire de Courts #10 : Au Festival de Film Court de Villeurbanne, c’est pas la taille qui compte !

Le festival du Film Court proposé par le cinéma Le Zola offre chaque année un opus d’« Histoire de Courts », qui met en relation le court métrage et un thème. Le dixième numéro est consacré aux rapports entre la musique et l’image, et les huit court-métrages sélectionnés nous prouvent qu’au cinéma, les yeux ont des oreilles !

Le court-métrage pour tous !

La sélection du jury a permis à tous les genres de s’exprimer. Le premier court, Mute, est une animation venue des Pays-Bas. Les 4 minutes de ce film laissent assez perplexe pour ne pas dire muet, face à ce qui se présente comme une boucherie enthousiaste : amoureux de l’auto-mutilation, vous serez servis ! L’attaque du monstre géant suceur de cerveaux de l’espace continue la soirée sur une note bien plus gaie : dans cette parodie française des films hollywoodiens, la rencontre fracassante entre la belle comédie musicale en couleur et le film d’horreur en noir et blanc joue un contraste fascinant. Ce court de 18 minutes est aussi l’occasion d’une vraie réflexion sur les cadres et les codes du cinéma : un monstre n’a pas sa place dans une comédie musicale et il faut un alternateur de réalité pour en venir à bout : le tout en chanson.

visage_oreilles_remplace_yeux-image en théorie libre de droits puisque trouvée sur un site qui assure la liberté de droit des images qu'il diffuse
Toujours du côté français, mais dans le domaine de l’animation cette fois, Zombillenium est l’excellent clip d’Arthur de Pins proposé sur une musique de Skip The Use, et en 5 minutes l’on part pour un co-voiturage des plus diaboliques. Le soin des graphismes, la pointe d’ironie saillante, et une maîtrise très subtile des décors met en avant le rapport total entre musique et image, sans compter les nombreuses références aux plus cultes des clips, dont Thriller. Le tempo de la narration suit celui de la musique, et tout le film illustre les sonorités contemporaines de ce groupe qui a le vent en poupe. On continue dans la merveille cinématographique (française !) avec L’accordeur, sans doute le court le plus réussi sur le plan scénaristique, réalisé par Olivier Treiner en 2010. En 13 minutes, coup de théâtre, atmosphère, psychologie, tout est ficelé et aiguisé, plus fort qu’une nouvelle de Fredric Bown. Quelques touches de série noire permettent de créer un véritable effet dramatique dans ce court qui laisse une image finale totalement indélébile dans la mémoire. Pas étonnant que ce court ait remporté plus de cinquante prix, dont le César du meilleur court-métrage en 2012 ! Tous les acteurs y sont fantastiques.
Chase est une animation française à couper le souffle, qui s’inspire de l’univers des jeux vidéo pour proposer une course-poursuite un peu james-bondesque, dans un monde composé de triangles. Ici, les sons sont de prime importance car ils permettent de comprendre l’action. Un lien indissociable se crée entre l’image et la bande-son, les deux se conjuguant pour donner vie à la narration. Après cette expérimentation futuroscopique, on se détend un peu avec Kwiz, un court très belge où deux femmes se livrent à un blind test complètement déjanté et farcesque. En 5 minutes, on s’esclaffe, et la toute dernière scène est saisissante d’humour. Retour à une atmosphère plus sombre avec Marcel, roi de Tervuren, une animation américaine qui cherche à retrouver l’atmosphère sombre des débuts états-uniens dans l’histoire d’un coq belge. Force est de constater que le court est saisissant, et l’animation d’une intelligente utilisation.
Suite et fin avec Chet’s romance, un documentaire de dix minutes et de 1988, où l’on voit un Chet Baker puissant et terrible interpréter « I’m a Fool to want you » quelques temps avant sa disparition. Esthétiquement, le plus beau court de la sélection, par son image délicieusement obscure, ses volutes de fumée d’une sobriété inégalée. Capter le visage d’un chanteur-trompettiste en plein jeu est une expérience artistique délicieuse.

synesthesia by Michael Clayton

Biscottes, petites biscottes

Le Zola proposait, après la séance, une animation par KOSH, comique et human beat box, associé au Zola te laisse les clés, jeune association dynamique qui promeut le cinéma villeurbannais.
Après une rapide initiation au beat-boxing à travers des phrases du style « Biscottes, petites biscottes », ou d’autres sorties plus grivoises autorisées par l’absence dans le public de toute personne de moins de 14 ans, KOSH a réinterprété la bande-son de Mute, le premier court-métrage. Outre le fait que ce réarrangement permet de mieux apprécier le film par la distanciation qui est créée – même si les flots de sang restent les mêmes, le choc est moins percutant – il s’agit aussi de montrer à quel point le son a une influence déterminante sur notre perception des images.
Trop souvent l’on réduit la bande-son d’un film à une fonction de support, il y a les violons pour faire pleurer, le staccato des scènes d’action, etc. ; mais ces courts-métrages proposent de lire la musique autrement. Aussi importante que les décors, voire que les personnages, elle joue un rôle déterminant dans l’histoire et participe pleinement de la narration. Essayez d’écouter du Rammstein en regardant Mélancholia, vous serez surpris du résultat. En balayant tous les genres possibles du cinéma, de la fiction au clip musical, ces courts montrent d’une part la vivacité d’un genre trop peu connu, d’autre part le formidable réservoir de réflexion que permet ce format.
On ne s’étonnera donc pas que de grands cinéastes aient pratiqué ce format, et que certaines réussites québécoises puissent naître après un clip d’Indochine.

Quoiqu’il en soit, ce 35ème festival du film court de Villeurbanne a donné une autre importance aux oreilles, parce que le cinéma ce n’est pas que des images animées et qu’on oublie, parfois, tous les métiers autres que celui d’acteur ou de réalisateur : outre les costumiers, maquilleurs et accessoiristes, il y a toujours un compositeur, des musiciens voire un orchestre qui travaillent, qui cherchent eux aussi à donner une part d’émotion – vibrante – au spectateur. Sempre staccato !

Willem Hardouin

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