Histoire de l’amour et de la haine, roman ou essai sur notre société ? Et si dire, c’était déjà agir ?

Du 23 au 29 mai 2016 se déroulent la dixième édition des Assises Internationales du Roman. Cette année un des invités est l’écrivain et éditeur Charles Dantzig pour son cinquième roman intitulé Histoire de l’amour et de la haine, titre qui laisse présager un vaste programme… Dans ce roman, le but n’est pas de retracer l’histoire de l’amour et de la haine dans son intégralité, ce qui serait un projet pharaonique mais de traiter ce délicat sujet dans un contexte précis : Paris, en 2012-2013, lors du projet de loi concernant le mariage pour tous. Bien entendu, si l’auteur a choisi ce cadre c’est parce que c’est un moment où les passions ont été particulièrement exacerbées, où l’on a assisté à la fois à un déluge de haine et d’amour.

Un livre hybride, entre roman et essai

Auteur et couvertureDans ce roman, Charles Dantzig ne propose pas à son lecteur une intrigue structurée mais plutôt éclatée. D’ailleurs, le terme « roman » ne semble pas vraiment convenir à ce livre. En effet, on reconnaît davantage la patte de l’essayiste. À la manière de Montaigne dans ses Essais, Charles Dantzig va « à sauts et à gambades » et nous propose des pistes de réflexions, des sujets à méditer comme « amour, amitié, corps, beauté/laideur, etc. » On pourrait presque regarder le sommaire et choisir de lire un chapitre au gré de nos envies, de nos centres d’intérêt. Ce livre est donc une invitation à la réflexion et mêle volontiers les genres. Il est à la fois recueil de citations, chroniques de Paris au moment de la loi du mariage pour tous, poésie, liste humoristique… Les citations permettent au lecteur d’examiner son environnement. La phrase de Voltaire qui date du XVIIIème siècle semble alors tout à fait pertinente et d’actualité : « Enfin, je ne crois pas qu’il y ait jamais eu aucune nation policée qui ait fait des lois contre les mœurs. » Quant aux listes faites par les personnages, elles rendent le roman un peu moins sérieux et font sourire le lecteur. Ainsi, l’on est amusé de la liste faite par Aaron et Armand sur les hommes les plus sexys de la planète. Une preuve que légèreté et réflexion peuvent aller de pair.

Toutefois, la continuité du roman est assurée par les sept personnages principaux dont nous partageons les pensées et quelques moments intimes et privilégiés. Les personnages choisis par l’auteur sont suffisamment attachants ou repoussants pour rendre la réflexion agréable. On rencontre parmi les sept protagonistes, quatre personnages hauts en couleur : le député Furnesse qui est un homophobe revendiqué et que l’on se plaît à détester, son fils Ferdinand, homosexuel et continuellement blessé par la vulgarité de son père, que l’on a envie de consoler. Sont aussi attachants Aaron et Armand qui forment un couple d’homosexuels. Ils irradient par leur bonheur et leur amour. Enfin, l’on a pitié de Pierre Hesse, l’écrivain désabusé, qui ne parvient plus à créer.

Dénonciation de la haine

Le livre nous rappelle par différents moyens combien la loi pour le mariage pour tous a cristallisé de haine et de violence, et combien l’Homme peut être capable du pire. La fausse interview du député Furnesse fait notamment froid dans le dos et montre que la haine est tout juste dissimulée et qu’il suffit d’un projet de loi pour raviver la flamme et pour entendre des paroles homophobes comme « Il y a une nature. La nature veut que l’homme se marie avec la femme pour perpétuer l’espèce. » Il s’agit ici de dénoncer les dérives, de mettre en évidence le fait que l’homosexualité est encore pour beaucoup quelque chose d’anormal. Charles Dantzig pour enfoncer le clou, livre à travers la voix d’un de ses personnages – Armand Anier – un témoignage poignant en évoquant les homosexuels qui ont été torturés et tués dans le monde ces dernières années.

« Je parle pour ceux qui ont subi les persiflages, les quolibets, les injures, les menaces, les mails anonymes, les pneus crevés, les crachats, les coups, les balafres, les jambes cassées, les traumatismes crâniens, les yeux crevés, les assassinats. »

Cette évocation est un véritable hommage mais surtout un acte courageux pour que les mentalités changent et évoluent, car comme le dit Armand parler c’est déjà agir. Le lecteur prend alors conscience que même en France – pays des droits de l’homme – le danger est bien réel quand on est un homosexuel.

Le triomphe de l’amour

Première de couvertureBien que les démonstrations de haine soient omniprésentes, c’est l’amour qui triomphe et l’on est ravi par le happy end du roman. Le roman se transformerait-il en conte de fées ? Armand et Aaron se marient mais l’expression « conte de fées » semble un peu exagérée. Cependant, l’optimisme triomphe dans le roman et ce grâce au couple formé par Aaron et Armand. On reste coi et admiratif devant leur bonheur, leur amour inconditionnel, leur passion mutuelle non destructrice. On est rassuré, il est possible d’aimer et d’être aimé dans ce monde de brutes. Le lecteur apprécie notamment d’être le témoin privilégié des petites attentions que les deux amoureux ont l’un pour l’autre. Le romantisme est ici salvateur et redore son blason. Ainsi pour séduire encore et toujours Aaron, Armand prend le temps de lui envoyer de longs SMS.

« Il [Armand] aime les SMS longs, avec des phrases étudiées, signifiant qu’il a pris un soin particulier de leur destinataire, contre l’usage habituellement utilitaire et peu soigneux qu’on en fait. »

Quant à Aaron, il fait de belles déclarations à Armand : « Un homme bon et gentil serait peut-être l’idéal sur la terre. Armand, tu es cet homme. »

Enfin, ce roman nous montre tout simplement que l’amour est universel, qu’il n’a pas de sexe, pas d’âge, pas de codes. Certaines phrases résonnent en nous, font écho à des situations, à du vécu. Par exemple, la comparaison entre la rupture et la fin de la connaissance de l’emploi du temps de l’autre est particulièrement parlante et concerne chacun d’entre nous.

« Après une rupture, on connaît l’emploi du temps de l’autre pendant une quinzaine de jours puis, au-delà inconnu. Et c’est quand on ne sait plus ce qu’il fait que la rupture a lieu. »

Charles Dantzig dans ce livre hybride dénonce la haine tout en nous rappelant que l’amour peut encore être le plus fort. Afin de faire plus ample connaissance avec l’auteur ou afin d’échanger autour de ce roman, vous pouvez vous rendre au Musée des Beaux arts le 25 mai 2016, ou à la MEMO d’Oullins le 24 mai, ou encore assister à la table ronde sur le thème « L’homme au XXIème siècle » le 24 mai 2016 de 19h à 20h30 aux Subsistances.

Mel Teapot

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