Histoire d’un Allemand de l’Est – une vie derrière le Mur

Dans son livre Histoire d’un Allemand de l’Est, paru en 2010 aux éditions Actes Sud, le journaliste berlinois Maxim Leo (présent aux assises internationales du roman pour une rencontre le 2 juin à 21h aux Subsistances) fait le récit de l’Allemagne des années 1930 jusqu’aux années 1990. L’œuvre se fonde sur des souvenirs de son enfance au sein de la République Démocratique Allemande et sur la vie de ses parents et grands-parents qui sont tous témoins de l’époque peut-être la plus troublante que l’État allemand ait connue de son histoire. L’auteur, âgé de 20 ans lors de la chute du mur, travaille aujourd’hui pour le journal Berliner Zeitung.

C’est l’histoire d’une famille sur 3 générations

Histoire-d-un-Allemand-de-l-EstLe récit est écrit de la perspective de l’auteur. Il est possible de le diviser en plusieurs parties qui ne se suivent pas chronologiquement, mais il y a un fil rouge : les grandes questions de politique évoquées par les différents personnages.

En font partie les parents de l’auteur qu’il appelle par leur prénom, Anne et Wolf. Ceux-ci forment un couple avec pas mal de différences : elle, née et élevée à l’Ouest, défend avec conviction le socialisme, étant encartée dans le parti depuis sa tendre enfance. Après avoir emménagé à l’Est, elle fait la connaissance de son futur mari, qui ne partage pas toujours la même opinion, notamment en ce qui concerne les régimes bipolarisés de l’Allemagne divisée. C’est un artiste au caractère rebelle qui croit l’État trop puissant.

Tous deux vont faire l’objet du contrôle permanent exercé par le gouvernement ; Anne lors des postes qu’elle occupe au sein des journaux fortement censurés, Wolf lorsque la Stasi essaie de le recruter à de multiples reprises.

Quant aux grands-pères de Maxim Leo, il s’agit de deux hommes qui ne pourraient pas être plus différents l’un de l’autre. Le père d’Anne, Gerhard, est reconnu comme étant un héros de guerre. Il descend d’une famille juive bourgeoise qui a mené une vie aisée jusqu’au jour où elle aura été chassée par les nazis, la forçant à quitter le pays en abandonnant leurs biens. Quand la deuxième guerre mondiale a éclaté, Gerhard s’est engagé dans la résistance française et a échappé plusieurs fois à la torture et à la peine de mort. Plus tard il fera partie du nouveau gouvernement pour rétablir l’ordre dans ce qui était l’Allemagne fasciste.

En revanche le père de Wolf, Werner, un ouvrier modeste, sympathise avec les différents régimes pour pouvoir vivre le plus tranquillement possible. Il s’arrange avec les nazis aussi bien qu’avec les leaders de la RDA sans jamais questionner le fond de leur idéologie. Ce qui compte pour lui, c’est l’harmonie : il se rappelle avec la plus grande joie ses années au sein des organisations du parti national-socialiste qui lui ont permis de partir au ski et de passer des week-ends en classe verte comme les enfants bourgeois le faisaient à l’époque.

Tiraillé entre l’Est et l’Ouest

Après avoir appris tout cela, le lecteur peut bien imaginer à quel point il est difficile pour le jeune Maxim de grandir sous l’influence de cette variété de convictions et d’attitudes. C’est un moment d’incompréhension pour l’enfant : il voit bien les faits, mais en ignore les causes. À l’école, on essaie de lui apprendre qu’il vit dans la seule véritable société allemande, que la frontière est-ouest est juste, mais ce qu’il entend, ce ne sont que des règles et des interdictions.

Pour les parents, il est difficile de faire comprendre à leur enfant ce que cela signifie d’être un citoyen en RDA ; ceci peut facilement amener aux désaccords sur les questions d’éducation.

Quand on interdit au jeune Maxim de passer son baccalauréat, il est obligé de commencer une formation dans une usine chimique où il apprend ce que cela signifie de travailler dur pour gagner sa vie. Puisqu’il ne se voit pas dans le rôle d’un simple ouvrier, il décide de passer son bac en prenant des cours du soir, même si cela exige un double effort. À l’école, les jeunes se rendent compte pour la première fois qu’il n’y a pas seulement des fidèles au régime, mais aussi des esprits critiques qui osent remettre en cause l’État dans sa forme existante. Après un voyage à l’Ouest initié par son grand-père, le désir de l’auteur de découvrir l’autre côté du mur devient irrésistible ; il sera parmi les manifestants pour une Allemagne unie et risque même l’arrestation par la Stasi. Le jour de la chute du Mur, Maxim Leo n’arrive pas à croire à sa liberté nouvelle – pour lui le présent est un film qui se déroule devant ses yeux, et lui, en tant qu’acteur principal, n’éprouve que le besoin de fumer une cigarette.

C’est un récit authentique et courageux qui porte non seulement sur la politique en RDA mais aussi sur la relation entre la France et l’Allemagne, sur la difficulté qu’on a parfois de vivre ensemble en famille et sur les changements que l’on connait au cours d’une vie.

Même s’il ne semble pas toujours facile pour l’auteur d’accepter les comportements et attitudes de sa famille, il fait l’effort de les voir avec recul. Selon lui, la RDA a sûrement marqué son personnage, mais il ne fallait pas oublier qu’il existait aussi une vie « normale » à l’époque.

 

Lea Steinbinder

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