Hommage aux lanceurs d’alertes qui défendent la démocratie !

Au cours de l’European Lab forum, la question de la démocratie, en Europe et dans le monde, a été posée à de nombreux intervenant(e)s. Aujourd’hui, une table ronde, intitulée « Lanceurs d’alertes et nouvelles formes de militantisme », orchestrée par Annaëlle Guitton, a relancé le débat sur la démocratie et les moyens qui sont, aujourd’hui, à la disposition des citoyens pour la faire perdurer, en dépit de la tendance des états à la restreindre, sous couvert de sécurité. À travers le discours de trois personnes, issues d’horizons professionnels et géographiques différents, la discussion s’est déroulée autour des lanceurs d’alertes – ou whistle-blowers – qui se mettent en danger pour informer le monde de délits commis par les puissants et les grands.

Un nouveau rôle pour le citoyen, dans une nouvelle démocratie :

Annegret Falter
Annegret Falter

Des lanceurs d’alerte révèlent aujourd’hui des méfaits au grand jour, notamment via internet, et se font ainsi les témoins d’une nouvelle forme d’activisme, apparue au cours de cette dernière décennie. Les lanceurs d’alerte, selon Annegret Falter, divulguent au monde des informations qui n’ont pas lieu de rester secrètes. L’information en elle-même ne suffit d’ailleurs pas toujours, il faut s’assurer qu’au-delà d’elle, nous mettons en place des moyens d’agir grâce à elle. Pour Annegret, en devenant une potentialité toujours présente pour les dirigeants du monde, le whistle-blowing rend compte d’un progrès historique sans précédent : tous les gouvernements savent que telle ou telle information pourrait éventuellement devenir publique, et que rien n’est plus gardé secret pour toujours. Annegret nous exhorte à continuer à analyser les informations délivrées par les lanceurs d’alerte, et à montrer les avantages que peuvent avoir de telles informations. Pour elle, il n’est pas toujours nécessaire d’exposer tous les documents dans l’espace publique, ce qui poserait des problèmes de l’ordre des droits de l’homme (des malfrats de la finance pourrait se faire lyncher, etc.), et tout ne doit pas apparaître sur internet.
Geoffroy de Lagasnerie, philosophe et auteur, explique que le développement de cette tendance au whisle-blowing provient d’un nouveau type d’exigence démocratique des citoyens, témoigne d’une nouvelle manière pour eux d’être des acteurs politiques, et nous invite à renouveler notre manière de penser. Ce qui est important, selon lui, ce n’est pas tellement les impacts qu’ont ces révélations sur le monde politique (il est d’ailleurs bien trop tôt pour vraiment en mesurer les effets), mais plutôt l’idée du savoir et des informations qui circulent, et de la transparence qui est devenue une véritable exigence démocratique. Ce besoin d’être informé des méfaits commis dénote un changement radical de notre rapport avec l’état et les institutions qui sont dénoncées, et indique qu’une crise générale de l’ordre social est en jeu.

La nécessité de protéger ces héros des temps modernes

Chelsea Manning
Chelsea Manning

Mais pour faire perdurer cette tendance au whistle-blowing, les trois intervenants s’accordent à dire qu’il est nécessaire de mettre en place une protection, pour essayer de limiter les risques que prennent ces héros des temps modernes, en dénonçant des institutions qui ont un pouvoir d’action plus grand qu’eux. La plus connue, et peut-être une des premières, de ces whistle-blowers, est Chelsea Manning, qui a transmis en 2010 des documents de l’armée américaine et a été condamnée à 35 ans de prison suite à ces révalations. Pour l’instant, la loi ne se range pas de leur côté, et c’est donc des mouvements privés qui se dévouent à leur protection. Pour Geoffroy, le fait que les journalistes tentent de récupérer l’information, et leur volonté de rendre les dénonciations fonctionnelles pour permettre au système de se corriger vident le “lançage d’alerte“ de sa « capacité émancipatrice », notamment parce que les journalistes opèrent des sélections orientées par des intérêts particuliers. Pour lui, le seul moyen aujourd’hui de faire perdurer le whistle-blowing, c’est de mettre à la disposition des citoyens des moyens d’agir complètement anonymement sur internet. Il est hors de question, dit-il, que ces lanceurs d’alerte continuent de devoir se sacrifier au service de la divulgations d’informations.

Sarah Harrison, membre de la société WikiLeaks qui s’est donnée pour ambition de protéger les lanceurs d’alerte, dit qu’il faut trouver un endroit sur internet où l’information peut être publiée anonymement. D’où l’initiative d’installer des drop-box en ligne, qui permettent un transfert anonyme des informations. Mais malgré tout, ces drop-box connectées sont encore dangereuses pour les « gros » lanceurs d’alerte, qui dénoncent les institutions les plus puissantes de la planètes. On pourrait donc essayer, selon elle, de creuser du côté de la loi, et d’assurer une protection législative plus grande pour ces défenseurs de la démocratie. Quand WikiLeaks aide Snowden*, au-delà de la volonté de l’aider, lui, la société veut surtout montrer son support aux gens qui ont beaucoup risqué en agissant, et donc peut-être en inciter d’autres à dévoiler des délits commis ou des secrets gardés.

Adélaïde Dewavrin


* Edward Snowden : ancien employé de la CIA qui a dénoncé en premier la surveillance des masses par le biais des nouvelles technologies. Il est accusé par le gouvernement américain, et s’est exilé en Russie.

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