Hors Jeu, une pièce électroacoustique poignante !

Pour leur deuxième spectacle de l’année, le Théâtre de la Renaissance accueille un huis-clos aussi tragique qu’attendrissant : Hors Jeu. Cette pièce est jouée tous les soirs du 12 au 23 octobre.

Un arrangement pour le moins original

Le projet vit le jour en 2009 lorsque, suite à des conversations entre Enzo Cormann (auteur) et Philippe Delaigue (metteur en scène). Le texte de Hors Jeu est commandé tout d’abord sous la forme d’un roman, puis d’une pièce. La trame s’inspire d’un fait réel lié à la crise de l’emploi. En effet, qui n’a jamais entendu des histoires de chercheurs, ingénieurs ou encore doctorants se retrouvant à la maintenance ou aux caisses de supermarchés ?  On suit donc les derniers mois de Gérard Smeck, ancien ingénieur au Job store et licencié il y a deux ans par la manager.
Une des originalités de cette pièce vient du fait qu’elle a été arrangée par son propre auteur. En effet, cette pièce devant être jouée par quatre acteurs,  a été réécrite pour un seul personnage actif sur scène, Gérard Smeck. Le terme de personnage actif n’est pas choisi au hasard puisque sur scène des hauts parleurs placés tout autour de l’acteur (mais aussi du public) lui donnent parfois la réplique nous permettant de découvrir les dernières personnes marquant la vie de cet ancien ingénieur tels que la manager, un dealer, Flora (sa petite amie) et Janis (la secrétaire de la manager) avant sa mort. Car oui, Gérard Smeck, dès ses premiers mots au public, est déjà mort.

Un Grand jeu d’acteur, mention pour Enzo Cormann

Le fait de ne voir qu’un seul acteur sur scène est tout d’abord perturbant. La peur de l’ennui, l’appréhension du rythme se fait sentir dès les premières minutes de la pièce. Cependant, Enzo Cormann a effectué ici un tour de force. Son interprétation de Gérard Smeck, ancien ingénieur (l’importance qu’il apporte à ce métier est la base de la pièce) est juste percutante, envoûtante. Le spectateur est tenu en haleine par cette épée de Damoclès qu’il sent peser sur lui tout au long de la pièce. De quoi meurt-il ? Comment meurt-il ? À quel instant ? Pourquoi se donne-t-il la mort ? On se retrouve dans une histoire digne d’un thriller cinématographique tant le rythme est soutenu jusqu’aux derniers instants.
La pièce alterne entre tirade intime du protagoniste, où le spectateur jongle entre l’absurde, et l’humour et les dialogues durs, autant évocateurs, que libérateurs ou explicatifs. Et ce rythme est donné par un seul homme sur une scène noire et presque vide.

Hors jeu 2
© Juan Robert

Une mise en scène entre théâtre et musique électroacoustique

Définissons tout d’abord ce qu’est la musique électroacoustique. Née dans les années 1950 grâce aux recherches de Pierre Schaeffer (pour ce que l’on appelle la musique concrète) et des compositeurs de Cologne (et la musique électronique), ce courant musical contemporain marque l’utilisation de technologies informatiques dans la musique savante. Les compositeurs de ce courant utilisaient donc (en partie) des sons enregistrés qu’ils traitaient ensuite sur leurs ordinateurs et synthétiseurs. C’est donc le fait d’utiliser l’électricité dans un rôle autre que la simple amplification de la musique pré-existante. Certaines compositions de musique électroacoustique sont faites pour être jouées en direct, elles dépendent du lieu où sont joués les sons mais aussi de l’environnement ambiant.
Ici l’environnement ambiant se nomme Enzo Cormann. Philippe Giordani a donc composé, tout spécialement pour la pièce, une création sonore et musicale influencée par les états d’âme du personnage. La pièce ne peut donc pas être deux fois exécutée de la même façon puisque le compositeur se sert de la déclamation de l’acteur en direct, pendant la pièce, mélangeant ainsi des extraits pré-enregistrés (comme ceux des autres personnages), des paroles enregistrées sur scène, et un paysage sonore.
La mise en scène rappelle également les concerts de musique électroacoustique car celle-ci y est très sobre. Des rideaux noirs, des projecteurs, deux micros, un tabouret et des néons lumineux sont placés en face du public. Ce sont les seuls éléments présents sur la scène. Cette sobriété donne un caractère intemporel à cette pièce mais il en renforce également l’intimité, intimité que le personnage crée avec le spectateur, à moins que ce ne soit qu’entre lui et sa propre folie ?

Cet huis-clos oppressant, stressant mais aussi captivant, marque le public par son intrusion dans les derniers mois du personnage touchant qu’est Gérard Smeck, ancien ingénieur de Job store, marqué par les calvaires du chômage. Car après tout, Gérard Smeck pourrait être n’importe qui ; un PDG, un ingénieur dans la cinquantaine, licencié pour laisser la place aux plus jeunes, voire même un des très nombreux étudiants à la recherche d’un premier emploi dans un cadre professionnel déjà bouché.

Camille Pialoux

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