Hover – c’est la brise mais pas seulement

Avec Hover, sa première exposition personnelle, l’artiste Ludvig Sahakyan nous invite de suivre les pas d’un peuple ayant aujourd’hui sa place dans notre société ce qui n’était pas toujours le cas. Sahakyan, lui-même pas née en France mais dans l’ancienne Union Soviétique, est diplômé de l’école nationale supérieure des beaux-arts de Lyon depuis 2016 et lauréat du prix de Paris. L’exposition sera encore ouverte gratuitement pour tous les intéressés jusqu’au 25 mars 2017, à découvrir à la Fondation Bullukian près de la place Bellecour.

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« C’est donner un mot pour un autre mot, dans une autre langue et réduire son sens »

En entrant dans le bâtiment, le visiteur, attirée par des bruits sombres, commence à s’intéresser pour un écran montrant une scène de nature se déroulant sur la rive d’un petit lac. C’est tout à fait une idylle à part le fait qu’il y a un inconnu qui est en train d’abattre l’arbre situé à l’eau. Comme on a l’impression de regarder toujours la même action sans que l’arbre se bouge, on se demande s’il ne va jamais tomber.

Déjà à ce point-là le visiteur découvre un des motifs principaux de l’œuvre du jeune artiste, la nature, et la relation entre celle et l’homme. En marchant le long des différentes installations on verra que dans la vision de Sahakyan il s’agit souvent d’une nature souffrante, une telle qui reflète et symbolise l’histoire de chagrin d’un peuple en particulier.

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Parmi les installations suivantes une est certes la plus impressionnante pour le visiteur affectionnant les œuvres gigantesques. À l’ombre des ancêtres oubliés, un tableau de gouache, peint sur une porte en bois et couvrant un mur en entier, éblouit par la combinaison des styles artistiques variés. À première vue on dirait qu’il s’agissait d’un motif qu’on trouve sur les tapis antiques qui retracent les anciennes périodes de guerre, mais d’un autre point de vue, le fait qu’il n’y a pas de contours et que les figures se font reconnaître comme telles juste par les contrastes frappants, y ajoute un esprit de postmodernité.
Disons alors que c’est une création d’art où il se mélangent plusieurs sphères, pour être plus précis « le point de rencontre entre la matière et le souvenir du monde arménien qui du lointain passé souffle à présent » comme il l’explique l’artiste. Quand celui-ci se réfère sur l’ombre dans la nomination de son œuvre ce n’est pas sans intention : ce mot a une signification plus profonde au regard des nombreux arméniens qui devraient chercher l’abri de « l’aveuglant soleil du désert » où il se sont enfuis de la violence des guerres.

La souffrance du peuple arménien a un rôle primordial dans l’art de Sahakyan ce qui se voit dans la richesse des symboles dont il se sert. Cela peut être un arc aussi qu’un oiseau mort qui est présenté au visiteur dans un tiroir d’une petite commode en bois. Il semble que l’artiste n’ouvre pas uniquement un tiroir mais les portes du passé, pour que le français d’aujourd’hui se « rappelle ce qui a été perdu ».

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C’est une exposition qui mérite qu’on y jette un coup d’œil

Reste à se poser la question sur le lien entre nature, l’homme et l’histoire du peuple arménien et c’est l’appellation de l’exposition qui nous donne la réponse. Le mot hov, qui se traduit par brise, a une signification plus profonde selon l’artiste. Il se n’agit pas seulement d’une force naturelle mais aussi d’un symbole de la relation des arméniens avec la nature qu’on trouve également parmi les chants anciens demandant aux montagnes, rochelles et cieux de « voir les souffrances du cœur du chanteur qui sont aussi celles de tout un peuple ».

Pour faire un résumé, cette exposition nous a ravie surtout par son fils rouge qui est clairement présent dans chacun des objets.

Ayant un doute au départ par rapport au petit nombre des œuvres on voyait une fois de plus qu’il vaut absolument le coup de visiter plus d’expositions d’un cadre restreint. En effet ceux-ci nous apprennent parfois plus sur l’art que les expositions gigantesques où la surcharge sensorielle est parfois aussi forte qu’on risque oublier là-dessus la signification de l’œuvre d’un artiste dans son ensemble.
Lea Steinbinder

 

 

 

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