Hugo Pratt, homme d’hommages !

Pendant le Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême qui se tenait du 28 au 31 janvier 2016, avait lieu à l’espace Franquin, une exposition sur Hugo Pratt. Cette exposition rendait hommage à l’inventeur de Corto Maltese et à ses inspirateurs, une belle balade au cœur de la littérature et de la bande dessinée !

Rogers rangers, wheeling
Rogers rangers, wheeling, Hugo Pratt. Crédits photo Jérémy Engler

Hugo Pratt, récits de voyage !

Si Corto Maltese est un marin, ce n’est pas un hasard. En parcourant cette exposition, on découvre qu’Hugo Pratt a beaucoup voyagé et a été marqué par la carrière militaire de son père et ses rencontres en Éthiopie actuelle. De là sont nés ses premières lectures, les récits de voyages et d’aventure ont bercé sa jeunesse, c’est ainsi qu’on découvre que dans ses romans et ses aquarelles, Hugo Pratt rend hommage à Jack London, à R.L Stevenson, Zane Grey ou à Rudyard Kipling. La découverte de nouveaux espaces, la vie dans un milieu hostile ou différent deviennent ses rêves, et ses histoires sont remplies de ses thèmes.

Mémoires, acquarelle, Hugo Pratt, Crédits photo Jérémy Engler

Hugo Pratt, dessinateur amoureux des mots !

Si Corto Maltese a connu un tel succès, c’est certes grâce à ses dessins mais aussi par la qualité d’un scénario bien ficelé et surtout plein de poésie. Ce goût pour la poésie lui vient également de son enfance. Si on ne peut nier une certaine poésie chez les auteurs précédemment cités, les influences de l’italien, mort en 1995, sont encore plus riches. Arthur Rimbaud, William Butler Yeats, Samuel Taylor Coleridge sont les poètes qu’il adorait et dont la poésie berce ses œuvres. À tel point que Sergio Bonelli, dessinateur italien, lui a reproché de trop utiliser les mots dans ses BD.
Comme nous le disions, la force de ces BD réside dans la qualité de l’intrigue, les enchevêtrements et les retournements de situation. Cette marque de fabrique de l’auteur est encore à rapprocher d’un grand homme de lettres, le plus grand dramaturge anglais, William Shakespeare, auquel il rend hommage dans Les Celtiques en réutilisant des personnages du Songe d’une nuit d’été.

Obéron, Corto Maltese, Les Celtiques, 1979
Obéron, Corto Maltese, Les Celtiques, 1979, Hugo Pratt. Crédits photo : Jérémy Engler

Mais alors pourquoi la BD ?

Si la littérature a bercé son enfance et si les mots sont si importants dans son œuvre, pourquoi avoir choisi la BD pour s’exprimer ? Ce goût pour la bande dessinée, il le doit à l’américain Milton Caniff, l’auteur de Steve Canyon ou Terry et les pirates, dont la qualité du dessin l’a tout de suite séduit. Cette découverte des Etats-Unis le pousse à s’intéresser à la culture de ce pays et grâce à James Fenimore Cooper, Hugo Pratt découvre la culture indienne et s’en retrouve fasciné. C’est ainsi qu’en Amérique latine, on lui propose d’écrire sur cette nouvelle passion et naissent alors les œuvres Ticonderoga, Ernie Pike ou Fort Wheeling qui seront publiés dans les magazines Misterix, Frontera ou Hora Cero. La découverte de Borges lors de son séjour en Argentine lui ouvre encore d’autres perspectives et notamment l’attrait pour les caraïbes et le pacifique qu’on retrouve dans de nombreuses œuvres.

Hugo Pratt, ce n’est pas que Corto Maltese, c’est surtout des rencontres

Sergent Kirk, Hugo Pratt. Crédits photo Jérémy Engler

Si en France, on le connaît surtout pour Corto Maltese, paru la première fois dans Pif Gadget et pour sa dernière bande dessinée, Saint-Exupéry. Le dernier vol. Il aura crée de nombreuses histoires, illustrées les grands romans de sa jeunesse et les histoires qui l’ont tant fait rêver comme L’île au trésor de R.L Stevenson, l’histoire de Simbad…
Mais la rencontre qui lui a ouvert les portes du succès international est celle d’Hector Oesterheld, « le meilleur scénariste » qu’il n’est jamais connu, selon ses dires, avec qui il créera toutes ces bandes dessinées sur les indiens et Sergent Kirk. Un peu moins connu que Sergent Kirk, l’autre série sur laquelle Hugo Pratt a travaillé et qui l’a réellement révélée est L’As de pique. En collaboration avec Mario Faustinelli et Alberto Ongaro, Hugo Pratt lança sa carrière dans la BD en dessinant des super-héros, la preuve que ce génois était vraiment un touche-à-tout !

©Jérémy Engler
©Jérémy Engler

Touche-à-tout, épris de voyage, transi par la littérature, bercé par le dessin, avide de découvertes et de rencontres, Hugo Pratt aura porté de nombreuses casquettes au cours de sa vie, vécu de nombreuses histoires et raconté tellement d’autres qu’il est un vrai monument de la bande dessinée. Si bien que 20 ans après sa mort, Juan Diaz Canales et Ruben Pellejero reprennent son personnage et lui font vivre une nouvelle aventure Sous le soleil de minuit.

Jérémy Engler

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