I am Basho, l’histoire du poète

Du 12 au 16 avril 2019, dans le cadre du Kingfestival de Novgorod, festival de théâtre pour le jeune public, l’UPSALA Circus, une compagnie habituée à travailler avec des enfants en difficultés, proposait un spectacle poétique qui allie comédiens professionnels et enfants autistes sur le thème de la poésie et du partage.

Une compagnie tournée vers les jeunes

Cette troupe de Saint-Pétersbourg a toujours, depuis sa création en 2002, voulu intégrer des jeunes dans ses propositions en travaillant notamment avec des jeunes en réinsertion ou à problèmes et des handicapés comme pour ce spectacle. Les enfants qui accompagnent Basho sont presque tous joués par des enfants trisomiques et cette pièce devient une mise en abîme de l’incroyable aventure artistique qu’ils ont connue. Comme les artistes ont dû leur transmettre leurs compétences pour être capables de jouer la comédie, Basho leur apprend la poésie et les élèvent pour qu’à la fin eux-mêmes soient capables de poésie en soutenant Basho dans son dernier voyage.

© Holger Rudolph

S’il est évidemment très intéressant et important d’intégrer ces jeunes pour leur donner une chance de vivre et d’expérimenter l’art théâtral et circassien, il faut faire attention à ne pas trop les stigmatiser comme le fait parfois le spectacle. Bien qu’ils soient pleinement intégrés au projet et qu’on ne doute pas que la compagnie les considère comme des membres à part entière de la troupe et du spectacle, ils les distinguent réellement des autres artistes sur scène. Toutes les scènes compliquées techniquement se déroulent sans eux et leur rôle est très limité, mais n’étant pas professionnels, cela peut se comprendre. Le problème vient surtout qu’on a parfois l’impression d’une exhibition… Par deux fois, on assiste à un défilé des enfants, la première pour passer entre les arbres de la forêt sur les traces de Basho et la deuxième fois lorsqu’ils passent tous sous un drap pour faire un petit numéro. Si on comprend que la compagnie a voulu leur donner leur « moment de gloire » si l’on peut dire, elle pointe aussi leur différence et c’est très maladroit. Si le défilé dans la forêt se justifie dramaturgiquement, c’est plus compliqué pour le passage sous le drap où on les montre vraiment à part des autres. D’une certaine manière, en voulant les mettre en avant, on pointe aussi leur handicap et on les stigmatise par rapport aux autres. Un moment collectif au plateau où chacun ferait son numéro ensemble aurait sans doute permis d’éviter ce malheureux écueil, ce que fait très bien Madeleine Louarn en travaillant également avec un public handicapé mais les traite comme des acteurs professionnels, elle ne les distingue pas particulièrement sur scène. Ils font partie de la troupe sur scène et n’ont pas besoin d’être mis en avant outre mesure sinon en jouant leur rôle et I am Basho aurait probablement eu plus de force si le spectacle ne les avait pas mis en exergue, aussi louable que soit la volonté de leur offrir un moment privilégié !

© Holger Rudolph

Une vie poétique

Yana Tumina et Alexander Balsanov créent un spectacle qui convoque l’esprit de l’enso japonais en le traçant sur un écran dès le début du spectacle. L’enso est un dessin en forme de cercle tracé à l’encre et souvent présent dans la calligraphie japonaise. Lorsqu’il est tracé, il peut symboliser l’éveil, l’univers la vacuité ou l’énergie. L’éveil est partout présent dans cette performance puisque Basho éveille les jeunes qui le suivent à l’art poétique, ces mêmes jeunes qui l’éveilleront également avant la fin de sa vie. L’univers de la poésie est partout présent avec les haïkus projetés en fond de scène, le papillon qui flotte sur la scène, ainsi que les divers moments de danse, comme cette valse des fleurs avec de petits papiers dans une lumière bleuté absolument magnifique. Un vrai moment de grace ! L’énergie que déploie les artistes et les enfants sur scène pour leurs différents numéros est bien sûr évidente. La vacuité pourrait se voir à travers le minimalisme des décors qui n’enlève rien à la poésie qui se dégage de la scène. Le décor se résume le plus souvent à des morceaux de bambous qui tantôt servent de rames, d’arbres et donc d’obstacles de la vie qu’il faut surmonter ou encore d’harpons pour la pêche.

Ce spectacle très poétique propose un univers très atypique, touchant et plein de merveilles où se mêlent théâtre et cirque, comédiens professionnels et enfants handicapés, pour rendre hommage à l’art poétique japonais.

Jérémy Engler

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