Interview de Gérard Picot, directeur artistique de la Fête du livre jeunesse de Villeurbanne

A l’occasion de la 15ème édition de la Fête du livre jeunesse de Villeurbanne qui se déroulera les 12 et 13 avril 2014 et dont le coup d’envoi a été donné hier avec des spectacles pour enfants. « L’Envolée Culturelle » vous propose une interview du directeur artistique de l’événement, Gérard Picot.

« C’est l’excellence qui va porter le truc. »

fete-du-livre-jeunesse-villeurbanne-affiche

Avant même de parler de la fête du livre jeunesse, pourriez-vous définir ce que vous entendez par « livre jeunesse » car cette appellation est très galvaudée aujourd’hui ?
Gérard Picot : Pour moi, le livre jeunesse court depuis la prime enfance, c’est-à-dire depuis l’âge de six mois, du livre en plastique ou en carton dur qu’on a raison de mettre dans les mains des enfants, avant les tablettes jusqu’au roman adolescent, jusqu’à 15 ans à peu près, les années collèges quoi, même si on intervient quand même dans les années lycée.
Le petit plus de Villeurbanne sur les autres fêtes du livre jeunesse c’est qu’on va jusqu’aux années lycée, on a dans nos invités Marcus Malte (présent aux Quais du Polar) ou Tania Sollogoub qui écrivent pour les deux, la jeunesse et les adultes, d’ailleurs ils ne font pas une grande différence entre les deux.
Après on ne va pas jusqu’à la fac car il y a de supers salons à Lyon comme les Assises du Roman ou la Fête du livre de Bron donc ça ne sert à rien de faire ce qui se fait déjà magnifiquement bien. En revanche, on a à cœur de couvrir les années où les enfants lisent moins, mon créneau ce sont ceux qui ne lisent pas, les autres je m’en fous un peu (rires). Enfin non, mais je n’ai pas besoin de les attirer, ils sont déjà consommateurs de livres, ils connaissent déjà le chemin des bibliothèques.
A la Fête du livre de Villeurbanne, il y a 20% des gens qui viennent qui n’ont jamais mis les pieds dans une bibliothèque ni dans une librairie. Dans une librairie, ça se comprend, dans une bibliothèque un peu moins mais le but est d’analyser et d’essayer de comprendre pourquoi afin de faire en sorte que quand les gens viennent à Villeurbanne, ils se disent : « Ah tiens, il y a une bibliothèque à Villeurbanne. » Par exemple, on fait une carte collector pour que les gens s’inscrivent et on inscrit 500 personnes dans le weekend qui ne se seraient pas inscrites sinon.

Juste avant d’entrer le vif du sujet, parlons un peu de vous, depuis combien de temps êtes-vous à la tête de la direction artistique de la fête ? Qu’est ce qui vous a amené à occuper ce poste ?
G.P : C’est moi qui l’ai crée. Il y a 15 ans, je suis venu à Villeurbanne en me disant il y a un terrain important, il y a des initiatives qui existent déjà. Est-ce qu’on ne pourrait pas fédérer ces initiatives et les harmoniser pour pouvoir travailler et du coup, on a créé la Fête du Livre et 15 après, on est devenu, en France, la troisième fête du livre jeunesse après Montreuil et Troyes.

Vous avez un petit peu anticipé cette question, mais comment vous est venue l’idée de créer une fête du livre jeunesse à Villeurbanne ?
G.P : C’est venu d’une analyse du territoire villeurbannais et d’un manque sur l’agglomération parce que là, on est dans l’excellence au niveau de l’agglomération mais il y a 20-25 ans en arrière, on était dans le désert total, c’est-à-dire que toutes les fêtes du livre étaient nullissimes. Maintenant on est arrivé à des fêtes d’un excellent niveau. Quand on voit Quais du Polar la semaine dernière, on est vraiment dans l’excellence, les Assises c’est excellent, Bron c’est excellent, Villeurbanne c’est excellent. En fait, on s’est glissé dans une niche et maintenant nous sommes tous complémentaires.

Selon vous, qu’est ce qui fait le succès de cet événement ? Est-ce le fait d’être d’arrivé à un moment où il n’y avait rien ?
G.P : Oui c’est ça et la programmation. C’est le fait aussi d’être très ouvert sur le public : de fermer la circulation aux voitures, de créer un événement d’importance où on ne prend pas du tout les enfants pour des gogols et où à l’arrivée, tout est gratuit pour qu’on y vienne facilement.
Après c’est vrai que le côté un peu irrévérencieux voire politique ça joue aussi. Les gens viennent car ils savent qu’ils vont trouver des choses, ils ne savent pas tout car il n’y a rien dans le programme contrairement à ce qu’on pourrait croire (rires). Tout ce qui est barré, on ne le dit pas aux gens. On travaille beaucoup sur l’effet de surprise. Les gens quand ils vont venir, ils vont se dire « Wah ! c’était pas écrit ça ». Par exemple, on a mis qu’il y avait trois poules qui se promenaient mais on n’a pas dit comment elles seraient… Là, on est en train de préparer un événement avec des craies… Et on prépare une cacophonie de folie pour le dimanche car le thème du festival est « Soyons fous ».
Le but est quand même d’être complètement barré, même pour nous dans l’accueil. On aura des faux bibliothécaires qui diront n’importe quoi aux gens pour faire un espèce de truc de folie, toujours sur un fond sérieux. L’idée est vraiment de partir en vrille afin qu’ils n’aient plus de repère donc on a une trentaine de personnes qui sont lâchées partout.

L’année dernière le thème était  « Les Mouvements », cette année c’est « Soyons fous » qu’entendez-vous par là, est-ce seulement le côté décalé ou y’a-t-il plus ?
G.P : C’est vraiment le côté décalé ! C’est pour les gens qui ont un petit vélo dans la tête ou une araignée dans le beffroi, enfin, l’idée est de dire : « LACHEZ-VOUS ! »

Gérard Picot timbré
Gérard Picot timbré

Parce que bon, nous on a été très politique, c’était très très dur. On a travaillé le genre avant que tout le monde ne se mette à taper dessus, on a travaillé sur le racisme, même dans le mouvement, il y avait les mouvements sociaux et pas que le mouvement du pop-up. Là cette année c’est vraiment de dire « Soyons fous ! », d’aller dans la folie. Ceci dit, on traite quand même du génocide, il y a le Rwanda ; avec Marcus Malte, on revient sur la Shoa justement. Alors là, ce n’est pas le sens de la folie comme je le disais mais on peut traiter de ce genre de folie aussi.
Effectivement des types comme Gilbert Legrand ou Sylvain Coissard sont très décalés dans leurs écrits. Là, pour la journée professionnelle, j’ai rencontré un suisse qui range tout, donc il prend un tableau de Picasso et il le range parce que lui il ne supporte pas ça, il est suisse donc génétiquement il est programmé pour ranger les choses (rires). Il le démonte et à la fin, c’est tellement compliqué qu’il ne reste plus que les pots de peintures et il dit, voilà c’est ça le tableau. Donc, il y a aussi des gens qui sont sur l’absurde, après la folie ça peut être sur des choix. Par exemple, on a invité des artistes qui dessinent encore au crayon parce qu’ils sont encore à l’ancienne, parce qu’ils ne font aucune concession à l’édition. Peut-être qu’il n’y a que 50 personnes qui les lisent mais ce qu’ils font est irréprochable, donc l’idée c’est de présenter des folies irréprochables.

« S’ils sont très connus pour moi, pour vous non, c’est tout l’intérêt »

Quels sont les invités vedettes de cette 15ème édition ?
G.P : Dans les invités vedettes, il y a Gilbert Legrand qui n’était pas vraiment une vedette mais qui va le devenir grâce à nous, mais l’idée aussi, c’est que plus on est connu et moins l’invité d’honneur a besoin de l’être. Quand on n’était pas connu, on prenait des cadors comme Hervé Tullet, alors évidemment là, il était connu et vendait 600 livres dans le weekend, donc là l’idée c’est de prendre un gars un petit peu connu et de mettre le feu sur lui et puis de dire voilà ce gars là, il est juste génial.
Après, bon, il y a aussi des monstres comme Cécile Gambini ou Carole Chaix qui expose partout. D’ailleurs, les deux que je viens de citer sont d’anciens invités d’honneur très connus maintenant et qui, avant tout sont pétés de la coiffe et qui avaient envie de revenir. Par exemple, Cécile est complètement barrée, elle vient avec sa guitare électrique et parfois en plein milieu de sa dédicace, elle peut sortir sa guitare et se mettre à jouer en plein salon. L’idée est vraiment que les gens se lâchent. Après Marcus Malte, c’est l’auteur de polar français de référence ou Tania Sloggoub qui fonctionne bien aussi.
Sauf que s’ils sont très connus pour moi, pour vous non, vous vous dites : « mais c’est qui ? » Dans le milieu de la littérature jeunesse, ce sont des stars, c’est-à-dire que là il y a des gens qui vont être impressionnés. Et l’adulte, il a une incompréhension par rapport à cela, lui on lui dit Suzy Morgenstern, il ne voit pas qui c’est mais dans le weekend elle signe entre 800 et 1000 livres. Au salon de Montreuil c’est comme Ellroy aux Quais du Polar, vous avez 2h de queue minimum. Ce ne sont pas les stars des adultes mais des enfants. Dans la BD, on a des stars comme Guillaume Bianco mais pour le citoyen lambda, ce nom là, il ne dit rien du tout. C’est là l’intérêt, les parents sont sidérés car ils sont très loin de tout ça, ils ne comprennent pas l’état de fragilité avancée de leur enfant parce qu’il va rencontrer sa star.

Pouvez-vous nous dire quels sont les lieux du festival ?
G.P : Déjà, on est dans la rue et ce n’est pas rien. C’est la seule fois de l’année où le cours Emile Zola est fermé aux voitures donc on se fait énormément d’amis (rires). On se retrouve donc avec une programmation extérieure extrêmement en mouvement notamment grâce à un partenariat assez violent avec l’Ecole de Musique de Villeurbanne qui va venir faire un concert. On a des spectacles de rues sur des points fixes et puis 30 à 40 personnes en mouvement qui vont aller vers les gens.
Puis la Maison du livre, de l’image et du son pour tout ce qui est multimédia. On est là pour guetter l’évolution des médias de la jeunesse : les tablettes, le tout numérique, qu’est ce que c’est en train de devenir ? Donc on prépare des ateliers en amont dessus. On a des ateliers et des expositions, puis on a des rencontres, des conférences.
En face, au centre culturel, on a surtout des spectacles avec une grande jauge car c’est une salle de 500 places avec notamment un concert des Bouskidou parce que le texte des Bouskidou n’a rien à envier en terme de qualité à des auteurs français de talents – s’il en reste – puis on a une exposition et ce qu’on appelle des ateliers. En gros, on a 200-300 gamins occupés à faire des ateliers pendant 1h30. Attention, ce ne sont pas des ateliers où on colle des gommettes, puis on s’en va. Non, là ce sont des ateliers où on se pose, on a 1h30 avec un plasticien, un référent plasticien, on est 12 et on crée une œuvre, chacun prend une photo de son œuvre et repart avec.
Puis nous avons la Maison des auteurs où on a un coté associatif avec des gens qui ont travaillé en amont, ça peut être des centres sociaux, des écoles, des revues, l’école Emile Cohl (NDLR : Ecole d’art et de dessin) qui tient un stand et qui présente une exposition ou l’EDAIC (NDLR : Ecole d’Arts appliqués Design Architecture d’intérieur Conception 3D) qui sont partenaires de la fête du livre et qui vont présenter leurs travaux.
Puis il y a 6 stands libraires, qui contrairement à nos amis du « Progrès » ne comptent pas 20 personnes mais bien 60, ce qui prouve qu’ils n’ont pas dû ouvrir le programme.
Il y a aussi des défis graphiques lors desquels les illustrateurs et les artistes vont s’affronter comme dans un match d’impro, ils vont dessiner sur des tableaux, puis vont interférer dans d’autres, ils vont polluer le dessin de l’autre et appeler d’autres illustrateurs en renfort qui vont venir. L’idée c’est quand même qu’il y ait du monde qui soit présent sur l’événement. Alors pour nos événements, on n’aura pas 150-200 personnes sur une rencontre comme les Quais du Polar mais on vise une soixante de personnes.
Puis, nous aurons des rencontres plus classiques avec des auteurs.

plan_fete_2014_2226

Vous proposez justement de nombreux ateliers adaptés à chaque catégorie d’âge, pouvez-nous dire comment cela fonctionne ? Faut-il s’inscrire ? Peut-on laisser les enfants seuls ?
G.P : Il y a des ateliers ouverts qui pour la plupart sont au milieu de la rue. Donc là, on a des plasticiens sportifs et musclés qui vont créer. Par exemple, on a « Travaille ton chapeau pour mieux travailler du chapeau » : on va faire customiser des entonnoirs sous la houlette des plasticiens qui vont apporter le matériau et guider l’enfant qui pourra repartir avec.
Après, tous les autres, c’est 1h30 d’atelier sur inscription et par rapport à des âges précis. Les parents n’ont pas le droit de rentrer dans les ateliers, c’est pourquoi quand les enfants sont inscrits, on demande des références aux parents (téléphone et adresse) pour ne pas avoir à faire tous les carrefours de la région pour essayer de les retrouver à la fin. Les ateliers sont interdits au public car ils sont vraiment considérés comme un lieu de travail. Il faut que les enfants sentent qu’ils sont au travail, en plus c’est respectueux des plasticiens qui viennent de toute la France.
Les inscriptions se font dans des caravanes grille-pain qui font office de poste de radio.
En revanche, pour les spectacles, les enfants ne peuvent pas y aller seul.

J’imagine que chaque année tous les ateliers sont plus ou moins complets…
G.P : Non pas « plus ou moins », ils sont complets ! C’est le grand stress de l’organisateur. A force de trop de monde, ça devient contre-productif, on est obligé de faire de plus en plus de spectacles, de plus en plus d’ateliers pour de plus en plus de monde. Il ne faut pas que les gens quand ils viennent, se disent ensuite, mince on n’a rien pu faire. C’est le début de l’échec pour moi. C’est pourquoi, je ne suis pas un fanatique de la communication sinon ça tire à l’absurde. Là les Quais du Polar franchement, dimanche après-midi c’était insupportable, ce n’est pas de leur faute car ils essaient de diversifier les lieux mais il y avait trop de monde, ça devenait irrespirable. Il y a des gens qui viennent de plus en plus loin pour les événements, même nous, on a des bibliothécaires qui viennent de Rome, un car entier d’adolescents qui vient de Chambéry et il ne faut pas que ces ados quand ils repartent ils disent : « Ouais putain, la fête du livre de Villeurbanne, comme elle est périmée. » Non, il faut qu’ils disent : «  la fête du livre c’était génial ! » qu’ils achètent un bouquin ou bien qu’ils lisent, car à la Fête du livre de Villeurbanne, on peut lire sans acheter. Evidemment, un livre à 10 ou 12 euros, ça coûte cher donc il faut que les gens puissent lire quand même et que les gens se disent qu’ils ont passé un moment incroyable. On va installer des canapés, des fauteuils, des sièges, des tables pour que les gens puissent lire. On n’est pas dans une ville riche non plus, je ferais ça à St-Tropez, peut-être que je ferais ça différemment mais à Villeurbanne, le ticket moyen d’un villeurbannais est assez bas et il faut qu’on évite toute frustration financière.

Question un peu idiote peut-être, mais à qui s’adresse les conférences ? Aux enfants, aux adolescents, aux parents, aux professionnels (professeurs, bibliothécaires) ?
G.P : C’est essentiellement aux ados mais aussi aux parents puis surtout aux professionnels parce que bon, il faut faire bouger les choses. Après, on voudrait aussi faire en sorte que les collégiens deviennent interviewer. On a essayé une année, mais ils ne sont pas venus (rires), heureusement, on avait préparé quelque chose en se disant qu’ils pourraient ne pas venir. C’est pareil, une année, j’avais voulu faire faire un spectacle par les gens du voyage mais le problème c’est que les gens du voyage sont des gens qui voyagent, et quand la fête est arrivée, ils étaient partis… (rires) donc maintenant quand on travaille avec eux, on enregistre. Comme ça, si jamais ils s’en vont on a quelque chose.
Quant aux défis graphiques, tout le monde peut y assister même à partir de 8 ans. Après, on a vu des gamins venir à la fête du livre, être passionné, rentrer à Emile Cohl et revenir sur le festival à 25ans en tant qu’auteurs, Clémentine Sournais en est un bel exemple, elle est même venue travailler comme bénévole sur le festival quand elle était à Emile Cohl et maintenant elle est la star derrière son stand. Donc, il y a beaucoup de gens  qui viennent en se disant qu’ils veulent faire ça plus tard.

Pour rester dans le thème, quel est selon vous l’atelier le plus « fou » de cette année ?
G.P : En extérieur, c’est clair que c’est la customisation des entonnoirs proposée par Gilles Baise, qui est un petit peu fou, c’est l’organisateur de la Fête des feuilles à Lyon à l’automne au Parc de la Tête d’or.
Après c’est vrai que quand on a Guillaume Bianco qui vient s’occuper d’un atelier, ça vaut forcément le coup. Après on pourrait en prendre plein mais à la fois, il y a des choses très très simples comme dessiner un super-héros qui serait fatigué, ou faire un strip (NDLR : une bande de vignettes de bande dessinée ou une page entière). Mathieu Bertrand, par exemple fait tout un travail sur le décalage et les gamins vont faire un strip. Puis il y a des ateliers sur le multimédia. Donc les ateliers ne sont pas tous fous mais ils ont un grain de folie.

Vous proposez un atelier avec des tablettes, comme vous venez de nous le dire, quel regard portez-vous sur la tablette, cela va-t-il tuer le livre jeunesse maintenant que les BD s’animent sur nos écrans ?
G.P : Le problème de la tablette c’est l’individualisme. Ce qui me gêne, et je suis très réac’ en disant cela, c’est que pour moi un livre ça se prête, une tablette ça se pète. C’est-à-dire que le livre papier c’est quelque chose qu’on partage même au sens physique de la chose. En revanche, la tablette permet une ouverture gigantesque, sa portée est extraordinaire mais bon avant que la tablette ne détrône le livre, il y a un moment quand même, mais on va y arriver et c’est intéressant. Par exemple, Hervé Tullet, qui était notre invité d’honneur l’année dernière a quand même reçu le prix de l’appli, ce qui n’a pas empêché son livre d’être tiré à 150 000 exemplaires alors que l’appli n’a été téléchargé que 3000 fois donc on est quand même dans un rapport assez faible de 24%. Après il y a le côté pratique de la tablette, bon moi je ne trouve pas, mais je vois bien que les gens commencent à lire sur tablette car ça prend moins de place dans un sac et on peut télécharger plein de livres dessus mais après, ça n’a pas l’odeur du papier. Puis bon, dans le métro, même si on voit moins de gens lire, ceux qui lisent, lisent un livre papier et non une tablette mais ça s’inversera car c’est dans le sens du temps.
Tout n’est pas à jeter, quand on voit ce que certains font comme appli, là oui je dis : « Bravo » mais quand on voit certaines merdes, on se dit : « Mon Dieu ! » mais c’est comme le reste, c’est l’excellence qui va porter le truc.

Vous proposez 6 expositions, dont certaines sont réalisées par des classes. Comment cela se passe-t-il ? Est-ce l’école qui vous contacte ou vous qui lancez un appel à projet ?
G.P : En fait, il y a deux choses. Chaque année, on travaille avec un groupe scolaire différent où l’invité d’honneur est en résidence un mois cumulé, à raison de 4 fois une semaine cette année car il n’a pas que ça à faire ce cher garçon et qu’il a la mauvaise idée d’habiter à Toulouse (rires), ce qui rend les choses un peu compliquées. Néanmoins, c’est lui qui mène l’atelier sur place, qui provoque les travaux et cette année, on va jusqu’à la publication d’un livre des travaux réalisés dans cette école. Au début, il était très déprimé, franchement, il lui aurait fallu un bon psychanalyste pour faire face au manque de créativité des enfants et finalement en ne lâchant rien, en les provocant, en amenant son boulot, en leur partageant sa passion, à l’arrivée on va avoir un bouquin 15×15 de qualité, relié et que chaque enfant va pouvoir emmener.
A côté de ça, chaque année on demande aux écoles, collèges, lycées de Villeurbanne s’ils veulent recevoir un auteur mais ils doivent remplir un projet et on n’accepte pas tous les projets car comme c’est nous qui finançons les projets à hauteur de 30 000 euros, on ne finance que de très beaux projets et puis si un projet n’est pas bon, on le fait retravailler jusqu’à ce qu’il soit bon pour qu’à l’arrivée l’intervenant et le professeur soient contents. Et à la fin, on débriefe tout. Et l’année d’après, si on a eu un auteur ultra chiant, on ne le réinvitera plus, si le professeur n’était pas au taquet pareil. Mais l’idée est le respect de l’autre.

On sent que l’interaction est fondamentale dans votre fête du livre, vous proposez donc plusieurs spectacles « en déambulation », est-ce pour rendre la fête plus interactive et pour aller à la rencontre du public ?
G.P : Le but de ces spectacles est d’aller à la rencontre du public ; notamment des parents qui s’assoient sur un banc en attendant que leur enfant finissent son atelier. Donc nous avons créer les Brigades d’Intervention Orale qui sont des étudiants pour la plupart bénévoles qui ont travaillé en amont et vont aller lire des textes, jouer du saxo… tout en disant aux gens d’aller à tel ou tel spectacle ou d’aller à telle ou telle exposition. L’idée est de mandater des missi dominici (NDLR : « envoyés du seigneur) qui vont porter la bonne parole.

Vous proposez aussi des spectacles en intérieur, quelle forme prennent-ils ?
G.P : Nous organisons un concert rock pour les enfants avec les Bouskidou.
Une année, j’avais fait une petite erreur, nous avions organisé un bal mais il y avait un petit problème car dans certaines religions, aller au bal est interdit, donc cette année, j’ai choisi un concert mais bon, les gens danseront quand même et tous les spectacles sont gratuits.
Alors, pas cette année, mais ça va se faire l’an prochain probablement : je voudrais imprimer sur des flyers le prix réel du spectacle auquel le public assiste. Qu’ils sachent qu’ils ont la chance de voir un spectacle qui normalement coûte 15 euros. Alors cette année, ça va se traduire par une intervention de ma part sur scène avant le début du spectacle pour faire un petit cours de civisme.

Pour conclure cette interview, je voulais vous demander quel était votre coup de cœur en littérature jeunesse cette année ?

picot
Gérard Picot

G.P : Indépendamment de notre invité d’honneur, je vais vous citer Bacha Posh de Charlotte Erlih sur la condition de la femme en Afghanistan, c’est une fille qui se comporte comme un garçon, c’est inspiré d’une histoire vraie car dans ces cultures là, jusqu’à la puberté, une fille peut être considérée comme un garçon mais ensuite, elle doit reprendre son rôle de femme ou  Teen song de Claudine Desmarteau (NDLR : qui parle de la passion d’une adolescente pour Led Zeppelin, ce qui la place en marge des autres qui écoutent plutôt BB Brunes et Coldplay, elle vit au rythme des cours et de sa passion)

Propos recueillis par Jérémy Engler

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *