Interview de Julie Etienne à l’occasion du festival de lectures et de musique « Threads »

Du 9 au 13 décembre à l’Elysée et au Périscope de Lyon, le collectif lyonnais Something to hide et ses 7 membres présentent la première édition du festival Threads. Un festival où se mêlent et s’entremêlent les fils musicaux et littéraires. Ce collectif a pour but d’organiser des événements littéraires et de promouvoir les échanges d’idées et les échanges artistiques et culturels. Nous avons eu la chance de rencontrer Julie Etienne, une des initiatrices du projet qui nous explique comment ce projet a pris forme.

D’où est née l’idée de ce festival ?
Julie Etienne : C’est l’agrégation de plusieurs choses en fait. Elodie Perrin et moi avons une maison d’édition numérique, Moyen Courier, où on édite des textes courts, des non-fiction et l’une des auteures qu’on a publiée a été invitée dans un festival littéraire au Pays-Bas, et donc on est allé voir à quoi ressemblait ce festival. Il avait l’air d’être un festival comme on aimerait qu’il y en ait plus en France, un festival littéraire qui avait l’air un peu plus cool et qui semblait s’adresser un peu plus à notre génération, à la différence de la plupart des festivals qu’on connaissait. C’était un festival de littérature et de musique qui était vraiment présenté comme un festival de rock. Au final, nous ne sommes pas allés au festival mais on s’est dit que c’était une bonne idée qu’on pourrait essayer en France. D’autant plus que beaucoup d’auteurs avec lesquels on travaille s’intéressent à la musique, certains ont des groupes et donc les deux se recoupent finalement. Ensuite, il y a aussi le fait que pour un des textes de non-fiction qui va être lu, Elodie et moi avions demandé à une comédienne d’en faire la lecture à la Maison de la Poésie l’année dernière. La lecture était assez longue, on avait juste un texte et une actrice qui lisait et les gens qui étaient venus étaient vraiment enthousiastes, donc on s’est dit qu’il faudrait le refaire. Ainsi, toute cette réflexion autour du festival s’est construite au fil des années et avec les autres membres du collectif qui se sont investis et on fait le même chemin que nous. Par exemple, Nicolas Poussin faisait de la musique mais il s’intéressait à la littérature par ailleurs, donc lier musique et littérature ça le branchait et il a tout de suite répondu présent. Chacun est venu avec ses raisons mais tout le monde avait bossé pour la musique ou la littérature et tous nous voulions organiser un événement à notre manière. On voulait faire quelque chose avec nos codes pour ne pas être obligés de reprendre ceux qui existent déjà, dans les librairies ou festivals littéraires reconnus. On avait vraiment envie de proposer autre chose. Donc on espère que d’autres éditions suivront celle-ci.

Pourquoi avoir choisi le nom « Threads » pour ce festival ?
Thread ça signifie « fil » en anglais et on avait envie d’un nom qui aille vite et qui soit juste un mot et la métaphore du fil continu, du fil de conversation, du fil de réseau nous plaisait bien. L’idée de faire des liens et de tirer les fils. A partir du moment où tu as trouvé quelque chose qui t’intéresse, tu tires les fils et tout se déroule et tu vois que les choses qui font sens dans ta vie ou dans ton parcours découlent en fait les unes des autres. Il y a cette métaphore classique du fil qui a déjà été reprise par le digital avec le fil de conversation dans lequel on se reconnaît aussi. On aimerait bien avoir une plateforme numérique pour avoir un espace performatif avec le festival et un autre pérenne avec cette dimension de fil numérique.

Comment sélectionnez-vous les textes que vous lisez ?
On sélectionne des textes qui nous ont marqué avec du recul. C’est toujours un texte auquel on repense après et sur lequel on a déjà bossé. Ce sont des textes qu’on connaît, pour certains, depuis des années, ce sont vraiment des textes qui nous paraissent particulièrement forts. Ensuite, pour la forme, ce sont des nouvelles plutôt longues mais qui n’excèdent pas non plus le temps d’attention d’un spectateur, les lectures peuvent faire entre 30 et 45 minutes. Ce sont des lectures où on est happé par une narration. Tous les textes présents ont tous un narrateur à la première personne qui raconte quelque chose et qui nous emmène dans son histoire, et on peut vraiment se dire que l’acteur n’est pas celui qui joue un rôle sur scène mais qu’il s’agit vraiment de quelqu’un qui raconte une histoire écrite à la première personne. L’idée était de pouvoir se laisser embarquer par la voix de quelqu’un qui raconte. En revanche, on n’a pas de critères de sélection entre fiction et non-fiction, ce sont des nouvelles d’auteurs qui racontent des histoires qui leurs sont vraiment arrivées, tout est issu du réel et on ne le précise même pas car ça ne fait pas de différence formelle, le récit se déroule comme un récit de fiction.

Il s’agit d’une lecture à une seule voix donc, est-elle théâtralisée ? notamment pour les parties dialoguées ?
Il y a un des textes sélectionnés dans lequel il y a quelques dialogues mais les 4 autres sont des textes à la 1ère personne avec un narrateur qui prend en charge une histoire et qui la raconte de manière super sobre. Après, ce n’est pas comme vous ou moi qui lisons, ce sont vraiment des acteurs impressionnants qui le font. Leur but est de donner l’impression que c’est réel, qu’on a juste un homme qui raconte son histoire sans aucune fioriture. Cela demande beaucoup de maîtrise. Néanmoins, comme je le disais, il y a un des textes, celui de Georges Saunders qui sera lu samedi 13 novembre à 19h au Périscope pour lequel l’essentiel du récit est pris en charge par un narrateur mais on a pas mal de personnages qui donnent la réplique dans la nouvelle et ç’aurait été dommage de ne pas avoir d’autres voix. Sans parler de jeu, il fallait qu’il y ait plusieurs voix qui interviennent pour rester cohérent. Donc on a travaillé avec un groupe de comédiens lyonnais, le Groupe Fantomas pour pouvoir rendre vivants ces dialogues, c’est le texte qui s’écarte le plus des principes formels si on peut dire.

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Le festival se déroule au théâtre de l’Elysée le mardi 9 novembre et au Périscope le vendredi 11 et le samedi 12 novembre, pourquoi avoir choisi deux lieux différents ?
Tout simplement parce que les deux textes que nous présentons mardi nous paraissaient plutôt bien s’accorder entre eux et l’ambiance de ses textes nous a fait penser qu’après ces textes là, les gens ne seraient pas forcément une ambiance qui favoriserait l’écoute de la musique. On trouvait que ces deux textes se rapprochaient vraiment des lectures théâtrales. Ce sont deux textes qui sont un peu plus longs et peut-être un peu plus intense dans l’ambiance, si l’on peut dire. Et donc on trouvait qu’un théâtre était le lieu idéal pour ces textes et le théâtre de l’Elysée est vraiment très charmant, très chaleureux, on arrive dans un espace très ouvert, avec un bar, ce qui en fait un endroit très sympa pour s’arrêter un peu et discuter. La salle est très jolie, ça fait un peu art-déco et c’est petit, il y a une soixantaine de places et cela correspond bien au nombre de personnes qu’on souhaitait atteindre avec cette première édition. Donc ça met dans des conditions idéales, ça fait vraiment intime. Ce mardi 9 novembre à 19h30, on aura une première lecture un peu longue suivie de 30 minutes d’entracte pour prendre le temps de grignoter un truc et de prendre un verre dans une ambiance très conviviale puis on aura une deuxième lecture.
Le périscope c’est pareil, c’est une salle petite et chaleureuse très jolie. Elle a une petite jauge mais pour de la lecture, il faut être dans une ambiance intimiste, il faut créer de la proximité entre le lecteur et son auditoire, il faut que ce soit chaleureux donc il ne faut pas une grande salle. La capacité du Périscope permet vraiment de lier la musique et la littérature. On ne voulait pas faire une mise en musique des textes, on voulait que les musiciens accompagnent le texte et qu’on ait des sets de musique pop d’une heure et des moments de lecture. Aussi vendredi, vous pourrez écouter Ichliebelove, un groupe de pop électronique déviante et Abschaum qui fait du dark-ware. Samedi, les lectures seront rythmées par A second of June, un groupe de shoegaze post-punk et par Fulgeance, un groupe de hip-hop instrumental électro. Autant vous dire que l’éclectisme est de mise au niveau musical.
Les dimensions et l’ambiance du Périscope font que les musiciens qui ont l’habitude de jouer devant un public un peu plus grand ne se retrouvent pas non plus à jouer devant un tout petit auditoire et pour les lectures on peut mettre des chaises et donc on n’a pas besoin d’avoir une salle immense.

En vous écoutant parler, on sent que l’ambiance est vraiment importante pour ce festival, comment décririez-vous l’ambiance que vous voulez insuffler au festival ?
On a envie que ça soit divertissant, on a envie que les gens viennent pour passer un bon moment et s’amuser. On ne comprend pas pourquoi une rencontre littéraire doit toujours être marquée par un espèce de sceau de sérieux. On va aux concerts pour se faire plaisir et on va aux rencontres littéraires pour se cultiver, nous on aimerait que les gens se cultivent en s’amusant. Tous nos textes sont traduits de l’américain et donc ce ne sont pas les auteurs eux-mêmes qui viennent lire leur texte – ce que nous n’excluons pas de faire dans une prochaine édition, au contraire, on aimerait bien avoir des auteurs français qui viendraient performés eux-mêmes leurs textes – on voudrait désacraliser la figure de l’auteur dans les festivals littéraires. Les gens vont à des festivals pour l’auteur qui présente, dédicace ou lit son livre. Pour nous, l’auteur n’est pas la personne la plus importante, ce n’est pas toujours l’auteur qu’on veut voir, pourtant on demande à l’auteur de lire son travail, alors, il y en a qui le font magnifiquement mais il y en a que ça n’intéresse pas du tout. Les rencontres littéraires auxquelles nous sommes tous allés ne sont pas des endroits où on va pour s’amuser et c’est ce qu’on voulait apporter avec ce festival.

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Pourquoi n’avoir choisi que des auteurs américains ?
Il se trouve qu’Elodie et moi lisons beaucoup en anglais pour la maison d’édition pour laquelle on travaille. Moi je suis traductrice en anglais donc on baigne dedans. Et puis, il y a de nombreux textes qu’on a lus et pour lesquels nous nous sommes dits qu’il faudrait absolument les faire entendre, les rendre plus connus. Comme c’est la 1ère édition, il y a pas mal de textes qu’on avait en tête depuis des années qui ne sont pas connus en France et qu’il faut absolument faire entendre, et faire connaître. Donc il y a vraiment des textes qu’on connaît depuis 5 ans et dont on se dit qu’il faudrait vraiment les mettre en avant, après on est vite tombé sur des textes américains. Puis, il y a une ambiance et une école littéraire semblable dans tous ces textes même s’ils ne sont pas annoncés formellement. L’idée c’était que les textes se marient bien entre eux, à la lecture des textes, on se rend compte qu’il s’agit de deux auteurs qui travaillent dans le même style d’écriture et appartiennent à la même école, on remarque une sorte d’émulation.
Il se trouve que c’est notre première édition et elle s’inspire de ce qu’on a lu mais rien ne dit que les prochaines seront identiques. On commence déjà à penser à des auteurs français avec qui on aimerait développer des projets.

Et quelle sera la fréquence du festival ?
On ne le sait pas encore mais on aimerait bien que notre projet ne soit pas rattaché qu’à un seul lieu, qu’à une seule date. On aimerait en faire un événement qui tourne sur différents lieux et qui soient mobiles dans le temps et dans l’espace. Mais ça on verra plus tard, ça va dépendre de comment se passera cette fois-ci.

Vous parliez du Groupe Fantomas tout à l’heure, les comédiens qui lisent les textes sont-ils tous lyonnais ? Est-ce vous qui êtes allés les chercher ou étaient-ils déjà intéressés par l’idée de lire les textes ?
C’est un peu des deux. C’est nous qui sommes allés les chercher mais nous avons choisi des comédiens qui ont des affinités avec la lecture. Les comédiens ne sont pas tous lyonnais, Rodolphe Congé qui lit ce mardi 9 novembre est parisien et Mélanie Bestel, qui lit également mardi habite maintenant à Paris mais est lyonnaise à la base. C’est l’un des acteurs avec qui on travaillait qui nous l’a recommandé en nous disant que Mélanie serait extraordinaire et de fil en aiguille, notre réseau s’est développé. Pourvu que ça dure.

Propos recueillis par Jérémy Engler

Une pensée sur “Interview de Julie Etienne à l’occasion du festival de lectures et de musique « Threads »

  • 9 décembre 2014 à 23 h 42 min
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    Ça a l’air vraiment super, dommage qu’on ne puisse pas être à plusieurs endroits à la fois …
    Mais je vais guetter les prochaines dates 😉

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