Interview de Louis Rossignol à l’occasion de son film La poésie et les dieux tirée de l’œuvre de Lovecraft

L’année universitaire commence bien à L’Envolée Culturelle avec la version papier que nous vous distribuerons sur notre stand lors de la semaine d’intégration de Lyon 2 et le court-métrage de Louis Rossignol La poésie et les dieux que nous avons soutenu devant la commission FSDIE de l’université. En attendant de découvrir ce film le jeudi 3 septembre 2015 à 12h30 à la salle polyvalente de la Maison de l’Étudiant au Campus Porte des Alpes à Bron, découvrez l’interview du réalisateur Louis Rossignol qui nous parle du tournage de ce film tiré de l’œuvre de Lovecraft.

Pourquoi vous être intéressé à l’univers de H.P Lovecraft ?
Louis Rossignol :
C’est surtout d’un point de vue personnel puisque Lovecraft est mon auteur préféré. C’est un auteur qui a un rapport très spécial avec le cinéma puisqu’il a été très très influent au point de vue littéraire mais il fut très peu adapté au cinéma car son univers est décrit comme « inadaptable » en fait. C’est quelqu’un qui joue beaucoup sur l’invisible, sur ce qu’on ne peut pas décrire, donc pour un art visuel c’est très compliqué et pourtant c’est un univers qui me plaisait énormément et je me suis donc attaqué à l’écriture d’un scénario il y a un an. Au début, c’était un film qui n’était pas censé se concrétiser, c’était un scénario que j’écrivais pour m’occuper à partir de l’idée que j’avais de l’univers de Lovecraft et petit à petit, c’est devenu une petite machine, une petite entreprise.

Pourquoi avoir choisi le texte La poésie et les dieux en particulier ?
C’est un texte qui n’est pas très connu dans la carrière de Lovecraft et pourtant c’est l’un de ceux que je trouve le plus beau, et c’est surtout l’un de ceux qui est le plus cinématographique car c’est vraiment un univers très onirique, tandis que Lovecraft est quelqu’un d’habituellement très scientifique, très terre à terre, là il se permet quelques libertés et quelques fantasmes visuels. Du coup, même si on ne l’a pas adapté très fidèlement, on a un peu dévié de la trame narrative de base, on a essayé de rendre hommage à cet univers qu’il met en place. La nouvelle est très courte donc on a dû rajouter pas mal de scènes et de moments importants mais c’est une nouvelle qui dénote un peu dans la bibliographie de Lovecraft et c’est pour ça que je l’ai trouvée intéressante.

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© Thibault Juillard

Justement de quoi parle cette nouvelle ?
Dans la nouvelle, on suit la nuit de Marcia qui en murmurant une étrange poésie, se retrouve dans un monde qui serait une sorte de double dimension où elle rencontre Homère, Goethe, Zeus… et l’annonce d’un messager qui viendra purifier la terre avant la fin de sa vie. Donc ça c’est le postulat de base de la nouvelle et du film également. Ensuite, il y a une grande ellipse narrative dans la nouvelle et on se retrouve à la fin de la vie de Marcia, le messager arrive, chante sa chanson et tout le monde est content. Du coup, nous nous sommes un peu éloignés de ça pour s’inspirer d’autres nouvelles de Lovecraft et en fait, on a fait un petit melting-pot pour mieux cerner l’ambiance puisque c’est une ambiance qu’il développe dans d’autres nouvelles. On s’est donc inspiré d’autres écrits, notamment
Les autres dieux, et on a un peu mixé ça pour obtenir quelque chose qui se tenait plus d’un point de vue cinématographique car on ne pouvait pas se permettre de mettre juste une ellipse et de passer à autre chose. Donc on a essayé de mettre autre chose. On peut dire qu’on a gardé les deux premières pages de la nouvelle et ensuite on s’en est vraiment éloigné.

Vous êtes-vous éloigné de la nouvelle originale seulement car elle était trop courte ou aussi dans un souci de réappropriation et de réadaptation d’un univers lovecraftien peu visuel ?
C’est un peu les deux. D’un point de vue personnel, je dirais que la meilleure adaptation cinématographique de Lovecraft c’est un film de John Carpenter,
Dans l’antre de la folie et ce n’est pas une adaptation totale de Lovecraft, il a pioché dans son ambiance et l’atmosphère et se les ait réappropriées sans recopier au mot près la nouvelle. J’ai trouvé super intéressant de retranscrire l’ambiance de Lovecraft et l’onirisme qu’il arrive à glisser dans ses nouvelles et introduire mes propres thèmes et idées dans cet univers qui est quand même très très solide dans ses écrits, je trouve, et qu’on essaye de retranscrire à l’écran. Donc c’est surtout la volonté d’adapter l’écrit au cinéma à partir d’un point de vue différent de celui de l’auteur qui m’a poussé à faire ce film.

Pour votre film, comment avez-vous réussi à créer cet onirisme dont vous parlez ?
Ça s’est fait beaucoup en postproduction avec l’ajout d’effets spéciaux qui sont assez présents quand même. On en a aussi pas mal utilisés pendant le tournage, notamment avec les machines à fumée. Après, ça se joue beaucoup au montage, sur les écrans noirs, sur les ellipses, sur un jeu qui peut passer du naturel au théâtral, on joue pas mal sur la direction d’acteurs en fait. Après, l’utilisation de tous ces procédés techniques nous ont bien ralenti sur le tournage mais bon c’est le jeu et ça valait le coup car le résultat est assez satisfaisant, reste plus qu’à voir avec l’étalonnage [
NDLR : l’équipe était en plein montage et étalonnage au moment de l’interview].

Où avez-vous tourné pour essayer de recréer cette ambiance un peu mystique j’imagine ?

© Thibault Juillard
© Thibault Juillard

Les trois premiers jours de tournage étaient à l’amphithéâtre des Trois Gaules où on a appris qu’on était la première fiction à être tournée là-bas, donc c’était assez sympa. Sinon après, on est allé à l’île Barbe pour les scènes un petit peu plus terre à terre. Pour toutes les scènes de l’époque victorienne, c’était un manoir qui était à Tarare et que la ville nous a prêté. Franchement, c’était un lieu parfait. On l’aurait construit pour le film, on ne l’aurait pas fait différemment. On a vraiment eu de la chance là-dessus.
Après, avoir l’amphithéâtre des Trois Gaules, c’est vraiment le lieu qui nous a boosté, car ça nous a permis de tourner une scène charnière du film et c’est vraiment un cadre super sympa. C’était super exploitable, très très cinématographique, c’est pour ça que j’ai été surpris d’apprendre que nous étions la première fiction à avoir été tournée là-dedans. C’est vraiment un lieu assez magnifique qui rend vraiment bien je trouve.

Comment s’est passé le choix des acteurs ? Avez-vous réalisé un casting ou bien vous aviez déjà des idées très définies de qui jouerait qui ?
Ça dépend des rôles. En fait, il y a un des rôles les plus importants, le Dr Herbert West pour lequel j’avais déjà l’acteur en tête, Raphaël Petronio avec qui j’avais déjà tourné et c’est limite un rôle que j’ai écrit pour lui. Sinon à côté de ça, il y a Adrien Indelicato, le directeur de casting qui a organisé un énorme casting pour lequel nous avons eu beaucoup de réponses aussi bien au niveau des figurants que des acteurs. Comme on a eu pas mal de soutien et de sponsors comme AOA production et la mairie de Tarare qui ont fait tourner l’annonce, on a eu 800 mails de mémoire, donc on a organisé 2 ou 3 castings à Lyon aussi bien pour les acteurs que pour les figurants.

Avec un tel casting très hétéroclite, en tant que jeune réalisateur, n’aviez-vous pas peur d’avoir dû mal à gérer chaque individu et que la mayonnaise ne prenne pas ?
On avait un peu peur de ça, surtout quand on avait pas mal de figurants… Il y a des journées où on avait 20-25 figurants sans compter les acteurs mais non il n’y a vraiment eu aucun problème, aucun problème d’ego ou de personnes qui se prenaient pour ce qu’elles n’étaient pas. Nous à l’équipe technique, on savait qu’on n’aurait pas de problème puisqu’au final, on est une bande de potes. On se connaît depuis 2 ans et on est sur ce projet depuis pas mal de temps. Non franchement, tout s’est bien passé, tout le monde était content et les figurants notamment puisque c’était un film à costumes et ça c’est quelque chose d’assez rare a priori sur la région lyonnaise, donc ils étaient assez contents de pouvoir tourner en costumes.

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© Thibault Juillard

Vous parliez des costumes, les avez-vous loués ou les avez-vous fabriqués spécialement pour le film ?
Ils ont été fabriqués sur mesure par Élodie Meynet et Marie-Lou Monnot qui l’a assistée. On a eu en tout 28 costumes de faits avec un budget assez restreint puisque le budget pour les costumes s’élevait à 800 euros, ce qui peut paraître risible vu le nombre de costumes de l’époque victorienne qui ont été confectionnés mais franchement c’est vraiment du très très bon boulot. C’était essentiel, je pense, pour être fidèle à l’univers mais j’ai vraiment été surpris par la qualité du travail. C’est vraiment très fidèle aux intentions et en un mois et demi tous les costumes étaient prêts et c’était vraiment très impressionnant. C’est la première fois, pour un film, que je travaille avec des costumières car généralement, c’était des films plus modestes faits à partir de bric-à-brac mais là, utiliser des costumes sur mesure et pouvoir apporter des retouches et sa propre idée visuelle ça change tout ! Ça permet vraiment de tout contrôler.

Vous parlez de capacité à tout contrôler, en tant que réalisateur, vous cherchez à tout contrôler ou vous laissez une part libre à votre équipe ?
Je n’ai pas délégué tant que ça mais rien que le fait d’avoir un producteur sur le court-métrage, ça aidait beaucoup, ne serait-ce que pour les lieux. J’étais beaucoup plus libre de me focaliser sur le découpage technique et les acteurs. Au final, pour la construction de l’image, je donnais mon accord mais je ne m’occupais pas de la construire, de gérer le cadre, etc., j’étais vraiment focalisé sur les acteurs. Donc si, finalement, j’ai quand même pas mal délégué. J’avais ma part de travail et les autres avaient la leur et tout s’est bien déroulé. Ça m’a bien aidé, ne serait-ce que pour pouvoir mieux me faire comprendre auprès des figurants et des acteurs, ça a été plutôt utile. J’avais trois assistants à la réalisation et ça m’a aidé, ça m’a vraiment aidé.

C’était votre premier court-métrage ?
J’avais tourné un court-métrage l’an dernier qui s’appelle
La dernière marche qui était très modeste dans sa production puisqu’on n’avait pas de financement à côté excepté Ulule. C’était un mélange entre western et monde post-apocalyptique qui a eu quelques nominations dans des festivals nationaux mais qui n’a pas eu une diffusion énorme mais du coup, je ne considère pas La poésie et les dieux comme mon premier court-métrage mais c’est la première fois que je me lance dans une telle production.

N’était-ce pas un peu terrifiant ?
11070383_1570523549875142_4070391269302911247_nSi au début un peu. En fait, je n’ai vraiment réalisé que le film allait être fait qu’en février, à partir du moment où on a fait passé les premiers castings. J’avais écrit le scénario il y a un an et au début, je ne comptais pas le partager, je l’avais écrit pour moi, pour m’occuper et je l’ai montré par hasard à Raphaël en janvier qui s’est mis en producteur sur le film. À partir de là, la machine était lancée, en février on a fait les castings et là oui, l’entreprise s’est lancée mais c’est vrai que quand elle s’est créée, c’était un peu terrifiant d’autant plus que j’avais une masse importante de travail à la fac à côté donc c’était un peu compliqué et terrifiant mais au final c’était plutôt grisant. Ça m’occupait plus que la fac et c’était vraiment une bonne expérience. Je dirais que ça donnerait presque envie de créer quelque chose d’encore plus grand la prochaine fois.

Justement, pour la prochaine fois, vous imaginez quoi ? Un long-métrage ?
Oui, plutôt un long-métrage mais je vais me laisser un peu de temps pour y réfléchir. Je vais attendre que
La poésie et les dieux soit terminée pour me consacrer à sa diffusion et après commencer à écrire de mon côté avec des personnes que je connais sur un long-métrage. Mais à plus court terme, je vais plutôt me consacrer à la production du court-métrage d’une amie sur lequel on va commencer à travailler à la rentrée mais je pense me laisser 1 an ou 2 ans avant de réattaquer ça. Ce sera un long métrage qui serait sûrement inscrit dans un cinéma de genre car c’est vraiment ce que j’adore : le cinéma fantastique ou le cinéma de genre français par exemple, mon réalisateur français préféré actuellement c’est Alexandre Aja et j’adore sa mentalité de prôner un cinéma fantastique français ambitieux et c’est vrai que c’est un genre que j’aimerais aborder ou le péplum ou la science-fiction qui sont des genres assez ambitieux et finalement assez peu représentés en France. Donc je pense aller dans cette direction mais ce n’est rien de concret pour l’instant.

Plus personnellement, vous avez pour vocation de vous professionnaliser dans ce milieu ?
Ah oui, ça c’est sûr ! Après est-ce que cette professionnalisation passera par une école ou par des projets à côté, je ne sais pas. À voir ! J’espère que ça passera par des projets à côté. C’est un milieu assez particulier, mais oui je veux me diriger vers cette voie que ce soit en tant que producteur ou réalisateur. Je sais que sur un court-métrage, il sera impossible d’acquérir autre chose qu’une renommée mais le court-métrage n’a jamais de retombées financières sauf dans 1% des cas donc le long-métrage me paraît être l’étape obligée pour commencer à avoir une diffusion plus large au niveau national voire international. On a la chance en France d’avoir un grand réseau de festivals de court-métrage donc c’est bien pour se faire connaître.

Dernière question, si vous deviez choisir un mot pour votre film, ce serait quoi ?
Aïe ! (
rires) Je vais dire… Ambiance puisque c’est sur ce postulat là qu’on a basé toute la fidélité de l’œuvre originale et c’est l’objectif du film au final de réussir à créer une ambiance. C’est ce qu’il y a de plus difficile à créer sur un tournage !

Propos recueillis par Jérémy Engler

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