Une interview d’Emma Topsy pour trouver ses repères dans la Brume de printemps

Dans le cas des coups de théâtre, l’Envolée Culturelle a suivi quelques étudiants dans leur démarche de création de pièce ! Parmi ces pièces, il y a eu Cendrillon, il y a Aokigahara qui sera jouée le 4 mai à la Maison de l’étudiant de Bron à 18h, et Brume de printemps, qui sera jouée la veille, à la même heure au même endroit ! Emma Topsy, metteuse en scène et autrice de cette pièce, nous a dévoilé plus d’éléments sur cette dernière.

Bonjour Emma Topsy ; pourriez-vous vous présenter, ainsi que votre équipe pour Brume de printemps ?

Je suis en troisième année de psychologie, c’est la première fois que je monte une pièce que j’ai écrite moi-même. Je l’ai finie il y a deux ans. Mon équipe : il y a mon assistant mise en scène qui s’appelle Adrien Turlotte. Comme moi je n’ai pas d’expérience dans le théâtre et que lui sort du conservatoire, il me permet d’avoir un vrai appui technique et pour les comédiens de pouvoir développer leur jeu aussi d’un point de vue technique. Heureusement qu’il est là, sinon nous ne serions pas arrivés au même résultat. Ensuite, nous avons quatre comédiens, dont deux qui jouent le même rôle. Il a donc Elle, jouée par Ludmilla Dauvergne. Ni elle ni moi n’avons d’expérience dans le théâtre. En revanche, elle fait de la danse, du chant, de la musique, elle a donc une grande expérience scénique ; ce qui se voit dans sa façon de gérer sa voix et ses mouvements – parce que du coup il y a quelque chose de la danse qui ressort. C’est un peu notre chouchoute, elle a le rôle le plus difficile et elle s’en sort à merveille, c’est inespéré. Ensuite il y a Lui qui est joué par Antoine Mesnard. C’est un ami qui était à la fac l’année dernière mais il a arrêté parce que ça ne lui plaisait pas. Je l’ai retrouvé par hasard dans la rue alors que ça faisait des mois que je ne l’avais pas vu ! J’avais déjà pensé à lui pour le rôle mais comme je n’avais pas de nouvelles je ne l’avais pas tenu au courant. Je lui ai proposé de jouer avec nous et il a accepté. Lui travaille à côté et fait des courts-métrages amateurs avec ses potes, il a donc plus d’expérience dans le jeu et la technique. Ensuite pour Quelqu’un d’autre il y a Fanny Tuffet et Adeline Marteau. Adeline est la moins expérimentée de tous, parce qu’elle n’a jamais fait de danse ou de théâtre (j’ai moi-même fait de la danse ; j’ai dansé au Festival Danse et Campus deux années de suite). Elle s’en sort bien sans expérience même s’il reste toujours quelques petits trucs à améliorer. Nous sommes tous extrêmement surpris par sa progression depuis qu’on l’a prise. C’est quand même bien ce qu’elle envoie. Je les aime beaucoup ! (rires) ; c’est mon équipe. Enfin Fanny est en art du spectacle. Elle veut devenir comédienne et en faire son métier. Elle fait du théâtre depuis qu’elle est petite. Avec Adrien, elle nous aide pas mal d’un point de vue technique. Ce que j’ai oublié de dire, c’est que Adrien à la base est un étudiant de Lyon 2 en arts du spectacle, mais il a arrêté parce qu’il trouvait ça trop théorique et que ça ne lui apportait pas grand-chose.

Quelle a été la démarche de votre écriture, quelle(s) thématique(s) vouliez-vous aborder ?

J’ai fait un bac L, j’ai toujours aimé écrire depuis que je suis toute petite. J’ai écrit petite un livre pour enfants avec mon grand-père, je décrivais des objets et mon grand-père faisait les dessins. Tous les ans j’écrivais des trucs mais je n’y arrivais pas, je n’arrivais jamais à finir. Je n’avais jamais écrit de théâtre. Durant mon année de terminale L, j’ai eu une prof qui adorait le théâtre et nous a emmené voir des pièces, on a beaucoup étudié Molière, Cyrano de Bergerac, pas mal de Shakespeare. Ce qui m’a plu, c’est que le message est transmis d’une manière très différente au théâtre. Ça repose sur les relations entre les personnages, et c’est beau quand ça s’articule bien. Un jour, j’ai écrit une tirade de fin de pièce à la Hamlet, avec une princesse qui essaie de comprendre le monde alors que tout le monde est un peu fou autour, qui ne sait pas trop comment gouverner dans ce royaume. Un jour, je me suis mise à écrire le début avant de me rendre compte que ça n’avait plus aucun rapport avec cette tirade finale, une scène de suicide où il se plante un couteau dans le ventre parce que le monde l’appelle à la mort, quelque chose d’hyper tragique, c’était une écriture assez automatique ce qui ne marchait pas avec le reste. J’ai fini par mettre cette tirade de côté (je l’ai encore, je pourrai en faire quelque chose un jour peut-être). J’ai fini par écrire quelque chose d’assez cathartique et libérateur. C’est moi cette pièce. Je ne sais pas trop s’il faut que je dise ça, parce que c’est un peu n’importe quoi cette pièce, on ne sait pas qui est qui ! (rires). Je l’ai donc écrite sur trois ans avec des périodes où je la mettais de côté. Comme j’ai une écriture assez automatique il faut que je sois d’une certaine humeur quand j’écris, sinon ça ne va pas, c’est trop superficiel. J’ai pris du temps, mais je suis contente d’avoir réussi à conserver mon fil de rouge, même si cette pièce n’a a priori pas trop de sens. Je ne devrais pas dire ça ! J’étais hyper fière de l’avoir terminée, de pouvoir écrire « Rideau » à la fin ! Je n’avais pas pensé la mettre en scène un jour, parce que c’est plutôt du théâtre qui se lit, et c’est qui nous a été dit par le jury de « Coup de théâtre ». La pièce est volontairement vague, parce que mon but est de laisser libre l’interprétation, de laisser le lecteur se poser des questions. Or, la mise en scène oblige à faire des choix et donc à limiter les interprétations. Le simple fait d’avoir des acteurs est déjà un problème ! Par exemple « Quelqu’un d’autre » dans la pièce : est-ce toujours la même personne ou non ? Au début, je voulais prendre une seule personne avec toujours des costumes différents de manière à semer le doute chez le spectateur, puisqu’il y a la même voix mais pas la même allure. Et au final j’ai pris deux actrices parce qu’elles ont toutes les deux proposé quelque chose de très intéressant et on a trouvé un moyen de semer le doute en leur donnant le même costume.

Pensez-vous que vos études en psychologie ont influencé votre écriture, peut-on en faire une lecture psychologique ?

Peut-être oui, mais je l’avais déjà quasiment finie en entrant à la fac, je n’avais pas vraiment d’apport psycho. Mais ce que je dis toujours, c’est que ce n’est pas parce que je suis en psycho que je suis comme-ci comme ça, c’est parce que je suis comme ça que je suis allée en psycho !

Comment a été choisi le titre « Brume de printemps » ?

C’est un peu ridicule ! (rires) ça vient d’un album photo que j’ai fait sur Facebook pour le dernier jour du lycée. C’était un moment heureux mais on était en train de pleurer, du coup : « Brume de printemps ». Je ne sais pas trop d’où c’est sorti, mais du coup je me suis dit « Ah ben tiens, ça va bien pour la pièce ! » Je trouvais ça ridicule de lui donner le nom d’un album photo Facebook, et puis finalement je me suis dit « Je m’en fous ! »

Pourquoi ce choix d’ôter leur nom aux personnages ?

Ce n’est pas tant une question d’identification. La pièce aborde beaucoup les questions de la folie, du temps et de l’amour. La grande question que je voudrais que tout le monde se pose, mais qui sera limitée par la mise en scène est : « Ces personnages ne sont-ils pas une seule et même personne ? ». Chacun pourrait être un délire de l’autre. Donner des noms aurait été donner une identité à chacun, alors qu’ils n’en ont pas vraiment.

Que doit-on attendre de la scénographie, comment va-t-elle entretenir ce sentiment de confusion ?

Ça, c’est encore une question que je me pose (rires). Le texte donne beaucoup d’informations à la seconde, les comédiens sont donc obligés de ressortir leur texte tel quel, sans qu’ils soient libre de l’interpréter. Ce qui ne veut pas dire que c’est de la récitation ! Je leur ai donc laissé une totale liberté de mouvement, parce qu’en plus, on ne peut pas parler de folie et tout cadrer à la seconde près. Concernant la mise en scène, les décors sont assez symboliques, parce qu’ils sont peu. Par exemple, Elle a son décor et elle n’en sort jamais. Elle a son arbre, sa rivière ou son petit buisson ou petit rocher. C’est tout. Elle n’en sort que pour aller en devant de scène mais elle ne peut pas graviter dans les autres éléments de décor. C’est un challenge pour la mise en scène parce que je ne l’avais pas écrite pour être jouée. Il y a donc par exemple beaucoup de didascalies sur les jeux de lumière. Parce que je voulais vraiment mettre en avant les personnages, donc les jeux de lumière mettaient en avant leurs visages ou leurs corps. Finalement l’un des Quelqu’un d’autre boit, tandis que l’autre, on ne sait pas trop, il a une relation plus dans le soin par rapport à Lui. La confusion sera donc entretenue essentiellement par les jeux de lumière, d’autant que la salle à notre disposition ne permet pas de changer de décors.

Quelle a été la principale difficulté à surmonter lors du montage de la pièce ?

Les emplois du temps ! Et ça je pense que c’est pour tout le monde pareil, on a tous des emplois du temps très différents, entre les cours et les activités extra universitaires et le fait que je ne vis plus sur Lyon. Ludmilla fait une double licence et a des journées de monstre. Nous avons aussi rencontré des difficultés pour trouver des salles puisqu’on ne pouvait répéter que le soir ou les dimanches après-midi. On a répété dans des espaces un peu restreints. On s’en est sortis, on saura s’adapter sur scène, mais il est vrai que nous n’avons pas pu faire des répétitions un peu plus professionnelles. Il a aussi fallu gérer les absences au dernier moment.

C’est votre première pièce, autant pour vous que pour une partie de votre équipe, est-ce que cette expérience vous a donné envie de persévérer dans le sixième art ?

Pas forcément, non. Pour moi c’est un projet de fin d’études, j’ai envie de marquer le coup. Je voulais au début faire quelque chose pour le festival de danse. Et en fait, j’ai vu ma pièce un jour sur un bureau et je me suis dit : « Ce ne serait quand même pas mal d’en faire quelque chose ! » (Rires). Par contre, même si je ne compte pas persévérer dans la mise en scène, je suis contente d’avoir pu le faire pour voir ce que ça donne. Je ne pense pas remonter un projet tout nouveau, repartir de zéro. Mais un ami qui travaille au Carré 30 nous a proposé de faire rejouer la pièce si elle tenait bien. Cependant, le fait de retravailler sur ma pièce par la mise en scène, d’avoir des avis et des regards extérieurs m’a donné envie de continuer. Je me suis rendue compte que certaines scènes passaient trop vite, manquaient de lien les unes entre les autres et qu’il y avait des choses que je pouvais réapprofondir dans le texte. Je voudrais faire publier cette pièce. Ce serait l’objectif de rêve.

 

Retrouvez Brume de printemps ce 3 mai à 18h à la maison de l’étudiant de Lyon 2 à Bron !

Propos recueillis par Jordan Decorbez

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