Interview exclusive d’Aymeric Raffin qui nous dit tout ou presque sur Le Cabinet Occulte

A l’occasion de la pièce Le Cabinet Occulte qui sera jouée à la salle des fêtes de Couzon au Mont d’Or les vendredi 12 et samedi 13 décembre 2014 à 21h., nous avons eu la chance de rencontrer l’auteur de la pièce Aymeric Raffin qui nous livre ici sa troisième pièce, après Greystone 78 habitants en 2010 et La très mirifique queste d’Aurélien Chapuis en 2012. Titulaire d’un master 2 en muséologie, ses études ne le destinaient pas à l’écriture théâtrale ni à la mise en scène et encore moins à jouer la comédie. C’est Vladimir Lifschutz, membre fondateur de la Maison d’Elliot, qui lors de la création de sa première pièce Le Pirate et la sirène l’a convaincu de monter sur les planches avant de lui donner carte blanche pour écrire le western Greystone 78 habitants, actuellement en cours de réécriture.

Que sont les Dragons Gradés, l’association dont vous faites partie et qui est à la base du projet du Cabinet Occulte ?

Aymeric Raffin : Au commencement, il y avait la Maison d’Elliot qui a été créée en 2009 à Couzon au Mont d’Or et qui avait pour but de promouvoir des projets artistiques amateurs, dont certains étaient très ambitieux, comme L’Ombre de Peter Pan, adapté et mis en scène par Juliette Paire et Vladimir Lifschutz de l’œuvre de James Matthew Barry. Et quand la décision fut prise, il y a maintenant un peu plus d’un an, de professionnaliser la Maison d’Elliot, on a décidé de créer une deuxième association qui resterait dans le domaine amateur car il était quasiment impossible de faire les deux dans une même structure. Donc nous avons crée les Dragons Gradés, dont le nom vient d’un exercice de prononciation qu’on avait trouvé à l’époque : « Un Gradé Dragon dégrade un Dragon Gradé ». Donc nous existons maintenant depuis un an et avons réalisé deux projets, Le Cabinet Occulte que nous jouerons la semaine prochaine et Lilith que nous présentions lors de la Biennale de la Danse et qui se jouera encore le 27 janvier à Couzon au Mont d’Or.
Malgré la division en deux associations, les membres restent très liés, avec des passerelles régulières entre les membres. Pour ce spectacle, nous avons par exemple, Vladimir Lifschutz de la Maison d’Elliot qui nous honore de sa présence, malgré son projet en cours, nous avons des musiques de l’honorable Kévin Bardin, compositeur officiel de la Maison d’Elliot, puis nous avons même des apparitions d’autres acteurs qui participent plutôt au prochain projet de la Maison d’Elliot.

D’où est né ce projet d’un cabinet de campagne occulte ?

C’est une sorte de coïncidence. C’était il y a maintenant 2 ans, je me baladais à la librairie de la Bourse en train de chercher un cadeau et je me baladais dans les rayons ésotériques et là, j’étais tombé sur des rééditions au Pré au Clair de traités de magie blanche, ce ne sont pas des trucs sataniques, ce sont des trucs tout public, c’était le Harry Potter de l’époque. Il y avait des formules magiques, des recettes de bonnes femmes et du grand n’importe quoi. Par curiosité, je les ai achetés puis lus et j’ai trouvé ça assez drôle et j’ai eu envie d’écrire une pièce de magie qui serait un peu un retour aux sources. Harry Potter, je trouve ça pas mal bien que je ne sois pas un grand fan, notamment des fausses formules en mauvais latin, je trouvais que cela galvaudait un peu la magie. Donc je me suis dit, pourquoi pas essayer d’écrire un truc avec le matériau de base qui parfois est vraiment délirant. Par exemple, j’utilise une formule du livre dans la pièce qui dit exactement : « si tu fais cuire une taupe et que tu en fais une pâte et que tu l’enduis sur ton cheval noir, il en deviendra un cheval blanc ». Avec des formules comme ça, il n’y a pas besoin d’inventer, tout est là… Après, on m’a aussi offert le catalogue d’une exposition qui avait lieu au musée du Quai Branly à Paris sur le chamanisme qui s’appelait Les Dieux du désordre et il y a des trucs complètement dingues là-dedans, à propos des sociétés traditionnelles ou des rites chamaniques. Donc il n’y a pas besoin d’inventer des trucs, il suffit juste de se documenter pour trouver des trucs suffisamment dingues. Et le lien avec la politique s’est fait, parce qu’à ce moment là, je lisais Quai d’Orsay de Christophe Blain et Abel Lanzac, et ça m’a un peu inspiré car je cherchais à inscrire cette magie dans une société contemporaine. Je trouvais que la politique était un milieu qui s’y prêtait bien grâce aux différentes rivalités, aux coups fourrés. Par exemple, une idée de base qui n’a finalement pas été conservée dans la pièce c’est qu’une personne comme Dominique Strauss-Khan ait été victime d’un envoûtement. Les élections étaient gagnées d’avance et tout d’un coup, du jour au lendemain, il y a un truc complètement invraisemblable qui arrive.

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Combien de temps vous a-t-il fallu pour écrire la pièce ?

C’est un peu compliqué à dire car ça a été assez vite au début, j’ai eu un mois, deux mois où j’écrivais assez rapidement puis j’ai bloqué. Mes deux premières pièces, ça avait été très vite, très linéaire. Là, ç’a été moins fluide, ça m’a pris 9 mois avec des moments où ça avance, ça avance et d’autres où ça bloque complètement. Par exemple, je suis resté bloqué un moment sur une péripétie parce que j’avais un candidat en trop. J’avais 5 candidats pour une primaire et puis il y avait des redites, des choses dont je ne savais plus trop quoi faire. Donc j’ai fait une pause puis j’ai repris ensuite. Donc un temps long mais très inégal au final.

Et depuis combien de temps répétez-vous ?

Depuis juin, sachant qu’il y a une coupure en juillet et en août. Le casting a changé, il y a des gens qui s’étaient engagés et qui finalement n’ont pas pu, donc un rôle a vu défilé pas mal de gens donc on a eu des débuts poussifs mais avec une accélération depuis septembre.

Et là, à une semaine de la pièce, où en êtes-vous ? Êtes-vous prêts ?

On n’est jamais prêt (Rires). La partie théâtre en elle-même est prête, ça roule, ça file donc ça c’est bon. Après, il y a toujours des choses qui se perfectionnent, c’est souvent dans ces moments là que tout se fixe vraiment. Puis on a une grosse partie technique qui est en train de se mettre en place actuellement, c’est le gros rush mais en théorie ça sera bon pour la semaine prochaine.

Quel recul a-t-on sur son texte lorsqu’on voit quelqu’un d’autre le mettre en scène ?

Julien Philippe s’occupe de la mise en scène car avec mon travail, je n’avais pas le temps de m’en occuper car je travaillais les week-ends au moment des grosses répétitions et donc moi j’étais en second avis. Mais si je me fonde sur mes expériences passées, notamment sur La très mirifique queste d’Aurélien Chapuis, c’est lorsque les acteurs s’emparent du texte que je prends du recul. Surtout que celle-ci, je l’ai écrite sans penser à des gens en particulier et quand je pensais à des gens en particulier, ce ne sont pas eux qui l’ont fait finalement, donc ça brouille totalement les pistes. Ma première pièce, Greystone 78 habitants, je n’avais pas le recul. C’était Vladimir Lifschutz qui l’avait mise en scène mais j’avais écrit plein de didascalies et d’indications et j’ai compris rapidement qu’il fallait épurer car ce que les gens proposent est toujours mieux que ce que nous on pense. Ce qui t’aide à prendre du recul c’est de voir des personnes vivantes et non tes marionnettes s’approprier le texte, donc forcément ton texte s’échappe un peu.

N’est-ce pas frustrant, quand on a déjà goûté à la mise en scène, de voir quelqu’un d’autre mettre en scène son texte, d’autant plus quand on joue dedans ?

Moi je ne joue pas vraiment dedans, dans le sens où je ne suis pas sur scène, j’apparais sur des vidéos. Il y a 6 acteurs sur scène et puis il y a des séquences vidéo – sur lesquelles on est en train de finir le montage et les incrustations – avec des guest-star qui apparaissent dans la vidéo. Pour répondre à votre question, non ce n’est pas frustrant car j’ai livré un texte et je vois des gens se l’approprier, j’aide à la mise en scène, je m’éclate sur les accessoires et je suis même content de ne pas jouer un trop grand rôle car je me trouve meilleur sur un texte que je n’ai pas écrit. Bizarrement, il me manque le recul pour bien jouer un personnage que j’ai écrit.

Vous parliez de séquences vidéo, pourquoi vouloir les intégrer à votre pièce ? Quelle est leur utilité ?

Alors, c’est un quasi huis-clos. On est dans le cabinet de campagne d’une des candidates du parti et on ne sort jamais de ce cabinet. Donc les vidéos servent à deux choses : déjà à montrer tout ce qui se passe à l’extérieur et comme le surnaturel intervient souvent, ça aura forcément une répercussion et elles auront lieu par des vidéos ou des radios. Et puis, c’était une aussi une volonté de couper les deux mondes. Aucun des 4 candidats ne se matérialise sur scène et sont présents par la radio ou par des séquences vidéo. Cette idée vient un peu de Quai d’Orsay justement où il y a le grand homme et tous ses conseillers qui travaillent dans l’ombre. Nous, on est dans les petites mains, on a le directeur de communication qui est le plus proche de la candidate qui est une ordure, une communicante aux dents longues et les stagiaires. Et à part, le directeur de communication, aucun d’entre eux n’a d’accès direct avec la candidate, il verrouille tous les accès. On a une coupure de lieu et une coupure de caste.

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Dans votre pièce, essayez-vous d’expliquer, avec humour, des élections déjà passées par des faits magiques ou projetez-vous de futures élections qui seraient gagnées grâce à la magie ?

Ce n’est ni l’un ni l’autre. C’est de la pure fiction qui recycle évidemment beaucoup d’événements passés mais tout est crée. Il n’y a pas d’uchronie, les personnages sont fictifs même si parfois ils sont copiés sur certains personnages réels mais c’est plus pour s’amuser et glisser quelques références mais il n’y a pas de message sous-jacent, encore que ç’aurait pu être marrant…
C’est une pure fiction qui joue sur des éléments très présents dans l’actualité politique française mais la pièce ne parle pas des élections de 2017 ni de celles de 2012 en expliquant pourquoi François Hollande a gagné. Nous ne faisons pas une relecture, les personnages sont totalement inventés tout comme le parti. L’action se passe dans un parti politique fictif et des gens m’ont dit qu’on y retrouvait le PS et d’autres l’UMP, ça me va très bien ainsi… D’autant plus que ce parti politique est, comme certains grands partis aujourd’hui, dans un flou idéologique assez problématique, donc on ne sait pas vraiment ce que ces gens là sont censés défendre. On a une écologiste, une personne qui insiste sur le local, etc.

Au final, votre pièce s’intéresse essentiellement au travail du cabinet de compagne plus qu’à l’élection en elle-même ?

Tout à fait, donc nous assistons aux primaires du MRD, le Mouvement pour une République Démocrate, ce qui au final ne signifie rien – et puis bon « Mrd » ça veut aussi dire « merde » en SMS. Donc nous sommes dans le camp de la candidate donnée perdante par tous les sondages, elle s’appelle Marie-Chantal Follette et on est du côté de son staff qui va tenter de mettre en place des sortilèges pour essayer de changer le cours de l’élection avec une fin totalement imprévisible !

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Pourquoi vous être intéressé à l’équipe de campagne et à son travail plutôt qu’aux meetings ou aux actions du candidat ?

Parce que ce sont des gens qu’on voit moins et le côté « envers du décor » est souvent très intéressant. J’avais envie de mettre en place des jeunes de notre génération, des gens dans des situations un peu précaires. On voit plusieurs générations et statuts, on a le chargé de campagne qui a la cinquantaine qui y est arrivé, il y a la communicante aux dents longues qui essaye de gravir les échelons avec l’autre qui l’en empêche et en dessous il y a les jeunes stagiaires. Je voulais parler de ces gens là et je ne me sentais peut-être pas les épaules de faire des meetings de campagnes avec de vraies personnalités, on serait tombé dans la caricature mais ça me semblait moins intéressant.

Un KissKissBankBank est disponible si vous souhaitez financer cette pièce… et pour la voir rendez-vous à Couzon au Mont d’Or les 12 et 13 décembre 2014 à 21H00.

Réservations possibles sur le site des Dragons Gradés

Propos recueillis par Jérémy Engler

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