Jacqueline Delubac au Musée des Beaux-Arts de Lyon, une exposition tout en féminité

L’exposition « Jacqueline Delubac. Le choix de la modernité. Rodin, Lam, Picasso, Bacon » est présentée au Musée des Beaux-Arts de Lyon, du 07 novembre 2014 au 16 février 2015. Le commissariat de l’exposition a été réalisé par Salima Hellal, conservatrice du patrimoine, chargée des Objets d’art au Musée des Beaux-Arts de Lyon.

« Le legs de Jacqueline Delubac permet depuis au musée des Beaux-Arts de Lyon de présenter la première collection impressionniste hors de Paris, tandis que les œuvres modernes et contemporaines offrent des grands jalons de l’art du XXe siècle. »

Hommage à Jacqueline Delubac

jacqueline Delubac, Collection particulière. © DR
jacqueline Delubac, Collection particulière © DR

Avant toute chose, il est nécessaire de faire un point sur cette femme. Qui était donc Jacqueline Delubac ? Née au début du XXème siècle dans une famille de canuts, cette dame considérée comme étant « la femme la plus élégante de Paris » est non seulement une talentueuse comédienne mais également une grande collectionneuse d’œuvres d’art. Mariée à Sacha Guitry, puis à Myran Eknayan, elle devient rapidement le modèle de la parisienne élégante et raffinée. A sa mort, elle décide de léguer ses collections au Musée des Beaux-Arts de sa ville natale, Lyon, collections qui seront enrichies par les dons de son second mari. C’est ainsi que des œuvres de Monet, Manet, Renoir, Picasso, Rodin et de nombreux autres intégreront l’institution lyonnaise.
L’exposition s’est ouverte par une nocturne, donnant carte blanche à Alexis Mabille, couturier lyonnais. Plusieurs « Jacqueline Delubac », tour à tour comédienne, danseuse, ou simple lectrice, habillées par le couturier, évoluaient dans l’espace de l’exposition. Si ces intermèdes ne m’ont pas paru d’une grande utilité, je ne peux m’empêcher de leur reconnaître le mérite d’une rencontre entre arts : tour à tour musique, théâtre, danse prennent place dans l’espace muséal, faisant de ce lieu un lieu vivant.

Une ouverture sur le XXème siècle

Le sujet est audacieux, mais surtout très judicieux : dépeindre Jacqueline Delubac, c’est non seulement dépeindre le Tout-Paris des années 50, la vie d’une femme exceptionnelle, mais c’est également réaliser une ouverture sur les artistes de cette époque, à travers ses collections. Les grands peintres que tout le monde aujourd’hui connaît sont présentés autour d’une seule femme, une collectionneuse, qui semble être au centre de toutes les rencontres. Ce dernier point est essentiel car il permet de faire d’une exposition biographique une exposition ouverte sur tout un siècle. Les fonds des archives semblent avoir pour cela été mis à profit, puisque de nombreuses lettres, extraits de carnets et photographies côtoient les œuvres, créant ainsi une plongée au cœur de ce que devait être le monde intime de la comédienne.

Répétition de la nocturne d'ouverture © Stéphane Degroisse
Répétition de la nocturne d’ouverture © Stéphane Degroisse

Une scénographie intime et originale

Après une courte introduction sur la personne de Jacqueline Delubac, le visiteur entre dans l’exposition à travers un processus intime : il pénètre en effet dans une maison, où chaque pièce est définie par son nom. On traverse donc « le salon rouge », « la chambre à coucher », « la salle à manger » etc. A chaque pièce son histoire, renforcée par quelques procédés simples mais efficaces : des tapisseries différentes, une moquette épaisse, une couleur vive après une pastel etc. Le choix de juxtaposer tableaux et photographies est également bien pensé : cela permet une désacralisation de l’œuvre, que l’on retrouve suspendue au-dessus d’un canapé où se détend Jacqueline Delubac, à côté d’un Rodin trônant sur le bord d’une cheminée. Le visiteur ne perd ainsi rien de l’exposition en elle-même, les œuvres sont bien mises en valeur le long du parcours, mais les photographies agissent comme des clins d’œil, replongeant le spectateur dans l’univers de la collectionneuse. On déambule ainsi de pièces en pièces, souriant aux œuvres que l’on connaît déjà pour les avoir croisé dans les salles permanentes du musée tout en frôlant les grands yeux clairs de notre hôtesse. L’exposition s’achève sur quelques pièces portées par Jacqueline Delubac – apaisant la curiosité féminine de la visiteuse que je suis – et quelques mots discrets sur sa disparition, me laissant ainsi repartir émerveillée par la grâce et la délicatesse de cette exposition. Et de cette grande dame.

 Alice

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