J’ai perdu mon corps

 

Après avoir bouleversé le Festival International du film d’animation d’Annecy en remportant non seulement le grand prix mais aussi le prix du public, puis enflammé le Festival de Cannes en repartant avec le grand prix lors de la semaine de la critique, J’ai perdu mon corps fait sa sortie nationale aujourd’hui, 6 novembre 2019. L’adaptation du livre de Guillaume Laurant, Happy Hands, qui semble être, à l’unanimité, l’un des plus beaux films d’animation de l’année, fait preuve d’une audace visuelle et scénaristique absolument fascinante et rafraîchissante. (Image mise en avant J’ai perdu mon corps © Rezzo Films)

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J’ai perdu mon corps © Rezzo Films

Des parties de soi

Difficile de raconter ce film. Dès les premières minutes, nous faisons la rencontre à la fois d’un jeune garçon et de sa famille, du corps inanimé et ensanglanté d’un jeune homme dans un atelier d’ébénisterie et d’une main, coupée au poignet, qui prend vie et s’échappe du centre de dissection où elle se trouvait. Nous comprenons alors doucement, la relation entre ces trois personnages, alors que la vie de Naoufel, se dévoile, petit à petit, dans une chronologie brisée, décousue, pourrait-on dire, découpée. 

Naoufel naît au Maroc, grandit avec des parents professeurs de langue française, dans un cadre familial heureux et idyllique. Ces scènes nous sont exposées dans un noir et blanc nostalgique et à hauteur d’enfant. Si le film dans son intégralité semble vouloir porter une attention toute particulière aux sensations, c’est dans cet arc narratif que l’on découvre le rapport de Naoufel à ce qui l’entoure, du rayon de soleil qui couvre une partie de son bras, au toucher du sable, que l’on imagine facilement chaud, jusqu’au vent dans ses cheveux. Mais c’est à travers le son que nous entrons le mieux dans la peau du jeune garçon, grâce au travail exceptionnel de précision qui nous est offert par l’enregistreur qui ne quitte presque jamais ses oreilles. Nous sommes littéralement emmenés dans l’histoire par Naoufel, et c’est lui que nous retrouvons, environs 10 ans plus tard, dans une France colorée mais où la douceur et la beauté semblent avoir disparu. Ses parents ne sont plus là, et Naoufel est un livreur de pizza bien peu à l’aise, jusqu’à sa rencontre avec Gabrielle au hasard d’une conversation à l’interphone. Cette rencontre va radicalement changer sa vie, pour le meilleur ou pour le pire. 

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J’ai perdu mon corps © Rezzo Films 


D’une main de
maître

Le choc arrive dès le début. Et c’est là que toute l’intelligence du scénario se ressent. Nous n’avons pas les réponses, elles arriveront plus tard, mais pour l’instant, seuls des faits nous sont donnés : il y a eu un accident. Et dans la salle grise et froide d’un hôpital, une main sans corps se réveille. Le fantastique apparaît alors, et tout le charme de l’animation s’active. Combien de fois a-t-on personnifié des animaux, donné vie à des arbres, des plantes, anthropomorphisé jusqu’au plus petit insecte ? C’est dans cette lignée que va nous être conté le voyage solitaire et tumultueux d’une main tristement arrachée à son propriétaire.  

Soudainement, et contre toutes nos attentes, nous commençons à avoir peur pour elle, à suivre son parcours dans les coins les plus effrayants de la ville en retenant notre souffle. Elle est dépourvue de visage et pourtant ses expressions, ses sentiments nous sont parfaitement exposés. 

De la relation douce et chancelante qui se crée entre Gabrielle et Naoufel, à la prouesse de l’animation, en passant par la musique composée par Dan Levy (The Do) qui relie magistralement tous les arcs narratifs, J’ai perdu mon corps réussit le pari de nous faire vivre une expérience tout à fait surprenante, entre souvenirs personnels et pure empathie. Bravo à lui. 

J’ai perdu mon corps, réalisé par Jérémy Clapin. Sortie nationale le 6 novembre 2019.

 

Article rédigé par

Ambre Ambre Bouillot.

 

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