Jamais sans ma fille de Betty Mahmoody, le coup de cœur de Solène pour un témoignage bouleversant sur l’extrémisme

Jamais sans ma fille est un livre co-écrit par Betty Mahmmody et William Hoffer. Il s’agit d’un roman autobiographique qui raconte l’enfer vécu par une américaine, mariée à un iranien, et sa fille, dans les années 80, lors d’un voyage dans le pays de son mari. Ce livre a été publié en 1987 et a été adapté au cinéma en 1991. Betty Mahmoody lutte maintenant beaucoup pour le droit des enfants. Si le livre a été critiqué pour sa vision un peu unilatérale de l’Iran il n’en reste pas moins un récit haletant, poignant et personnel.

Une situation normale qui tourne à l’enfer

jamais-sans-ma-filleCe qui est intéressant c’est qu’on raconte le début : Betty n’a pas été une victime, elle a choisi délibérément son mari, ils sont tombés amoureux, ils ont eu une fille. Tout se passait pour le mieux lorsqu’ils vivaient tous aux États-Unis. Il n’y a pas une diabolisation de son mari dès le début, tout allait bien. C’est justement l’évolution de celui-ci qui est effrayante : c’est de voir en quelques mois comment il peut passer du mari au bourreau. Car en effet, dès qu’ils arrivent en Iran pour rencontrer la famille de Moody, son époux, il change et commence à se comporter différemment de l’iranien naturalisé aux États-Unis, médecin et éclairé. Betty ne le reconnaît plus. C’est sûrement un des aspect les plus prenants de la narration : Betty essaie de retrouver son ancien mari dans les traits fermés qu’il prend de retour au pays et se retrouve aussi étonnée que nous à propos de son changement extrême ? Elle est seule dans cette famille aux mœurs différentes : elle semble devenir folle, personne ne peut ressentir son affolement quant au comportement de Moody. Surtout quand ce dernier décide de prolonger ce voyage de deux semaines en un séjour à la durée indéterminée. Il pense à trouver un travail à Téhéran et à inscrire Mathob, leur fille, dans une école iranienne. Betty n’a aucun poids car toute la famille approuve et son mari est sourd quand elle lui fait remarquer qu’il a changé. Elle ne peut alors plus que le regarder devenir extrémiste, lui imposant de rester au foyer, de devenir comme les femmes de sa famille. Était-ce une stratégie depuis le début pour amener Betty dans cet Iran cloisonné par la révolution de 79 ? C’est la question qu’on se pose car le revirement qu’il impose à sa femme est rapide et elle n’a pas le temps de le comprendre.

Un thriller sur la fuite

© Richard Melloul/Sygma/CORBIS
© Richard Melloul/Sygma/CORBIS

Une fois que Betty a compris que son mari est définitivement devenu un extrémiste qui renie tout lien avec les Etats-Unis, elle n’a qu’un obsession : rentrer dans son pays avec sa fille. Son mari lui fait peur, elle comprend bien qu’elle doit s’enfuir. Elle doit s’émanciper de ces traditions qu’on lui impose : elle ne veut pas passer ses journées en tchador à s’occuper de la maison, elle n’arrive pas à comprendre ce quotidien annihilant, elle qui avait toute la liberté qu’elle voulait quelques semaines plus tôt, chez elle, aux États-Unis. Elle doit rendre des comptes chaque fois qu’elle sort et il est donc compliqué de prévoir une fuite. Et tout le suspense est dans ce secret : Betty doit prévoir un prétexte pour sortir et trouver un moyen de contacter son pays, avec qui l’Iran avait rompu tout lien, sa famille. Elle doit prévenir qu’elle est retenue ici, contre son gré, avec sa fille. Le nœud dramatique est alors autour de ce contournement des suspicions, de cette manière qu’a Betty de faire croire qu’elle s’est adaptée pour mieux prévenir les secours. Mais si elle a quelques occasions de s’en aller, en revanche, sa fille semble destinée à devoir rester à Téhéran. Elle va alors devoir contourner le système pour sortir avec sa fille. Ce livre retranscrit bien la tension autour de cette fuite : tout dans le pays semble être contrôlé, la police politique est partout et même les femmes entre elles se dénoncent si elles ne répondent pas au codes du régime. Il est alors difficile pour Betty de trouver un échappatoire, et encore plus avec sa fille qui, elle, est fille d’un iranien et donc inévitablement lié politiquement au pays. Plusieurs tentatives échouent dans cette tension ambiante, sous les regards méprisants de la famille de Moody. Il faut partir, réessayer. Mais pas sans Mathob.

Ce livre est très poignant car il nous plonge dans un Iran fermé, embrigadé par les extrémistes religieux de Khomeini. Betty y entre volontairement et va mettre sa vie en péril pour en sortir. C’est un récit de l’amour d’une mère pour sa fille dans une situation d’urgence. C’est un moyen de nous rappeler que l’Histoire est surtout composée de récits personnels comme celui-ci. Et c’est un moyen de rappeler que la lutte contre les extrémismes religieux et politiques au prix de la liberté et la sécurité est toujours justifiée et ne doit pas s’arrêter.

Solène Lacroix

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