Un jeu de rôles où le passé et le présent entonnent une chanson surprenante

Venez découvrir Violaine Schwartz, romancière actrice et chanteuse française, et son livre Le vent dans la bouche (édité chez P.O.L) : elle sera présente au festival des Assises Internationales du Roman se déroulant du 29 mai au 4 juin 2017 ! Elle assistera à un entretien animé par Martine Boyer-Weinmann sur le thème « Quand le français s’invente en chanson » avec Arthur H et Arthur Dreyfus le 3 Juin de 20h30 à 22h – Les Subsistances 8 bis, quai Saint Vincent 69001 Lyon. Elle participera « Aux jeux littéraires avec dix classes de collèges » inspiré de l’écriture des cadavres exquis des surréalistes le 2 juin de 10h à 12h – Les Subsistances 8 bis, quai Saint Vincent 69001 Lyon.

 

Violaine Schwartz est une romancière, actrice et chanteuse française. Elle publie son premier roman La tête en arrière en 2010 et elle est l’auteure de livres radiophoniques comme Dépressurisée – France Culture – en 2010. Elle participe également à des lectures publiques.

L’oubliée sort de son anonymat

le-vent-dans-la-boucheViolaine Schwartz, avec son roman, nous parle « d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître » et pour cause…La narratrice déploie une force héroïque, en fouillant, recueillant, triturant, palpant, écoutant, tout ce qui tombe sous ses yeux et sous ses mains pour réhabiliter une chanteuse de l’entre-deux guerres : Fréhel. Cette dernière, personnage principal du roman, né Marguerite Boulc’h alias Pervenche fût une grande figure de la Butte Montmartre et de la chanson réaliste mais surtout l’interprète de La java bleue. Mais qui s’en souvient ? C’est justement le problème de la narratrice, présidente d’une association dédiée à la mémoire de Fréhel. Elle souhaite ardemment, voire obsessionnellement, le rapatriement des cendres de son adorée, actuellement au cimetière parisien de Pantin pour celui de Montmartre. Pour ce faire, elle ne lésine pas sur l’écriture d’une missive quotidienne au Président français mais hélas aucune réponse n’arrive ! Un vent de révolte souffle très fort : Comment a-t-on pu oublier cette femme au destin tragique, maîtresse de Maurice Chevalier et quittée pour Mistinguett, décédée en 1951 dans un dénuement total ? Alors « fermez vos gueules, j’ouvre la mienne ! », et nous pouvons dire que la narratrice s’y emploie jusqu’à se perdre en chemin.

Violaine Schwartz, nous dresse le portrait d’une figure emblématique de la chanson française et nous fait partager l’obsession de madame Pervenche – sa narratrice – pour Fréhel, de son premier nom de scène Pervenche. Le choix de cette antonomase, commune aux deux personnes, alimente l’identification de la vivante avec la défunte. Grâce à l’auteure, un bon nombre de lecteurs peut désormais mettre un nom sur l’interprète de La java bleue ! Pari tenu, l’oubliée sort de l’anonymat sous la plume un brin « loufoque » de Violaine Schwartz. Quoi de plus normal, son personnage principal est totalement possédé… et on y perd notre latin !

Qui est qui ?

Madame Pervenche passe des heures, des nuits, des jours à compulser les écrits, les photos, les brouillons concernant son idole et finit par devenir elle : même habits, même coiffure, même chagrin d’amour, même solitude… sa vie se mélange à la sienne. Les perpétuelles analepses où elle évoque les âges et les périodes différentes nous incitent à penser au dédoublement de la personnalité. Elle devient la groupie et dans sa tête tout s’emmêle… Elle attend le rapatriement des cendres avec acharnement et sa colère ne faiblit aucunement. Constantinople, l’allée du cimetière où repose Fréhel, devient Paris et sa Butte Montmartre ; sa chambre, témoin des nuits alcoolisées, devient un théâtre ou plutôt une sorte d’Olympia ! Son Olympia avec son nom écrit en grosses lettres : PERVENCHE. Mais est-ce son vrai nom ?

Violaine Schwartz nous entraîne dans une ritournelle de rôles multiples jouées, chantées et dansées : mais par qui ? Un homme, Pierre, devient une femme, Marguerite, qui se prend pour Fréhel qui est Marguerite… Vous suivez … non ? Alors lisez ce roman, véritable cas d’école pour la psychologie ! Et pour le lecteur une biographie écrite avec « ce petit quelque chose de je ne sais quoi » qui accroche notre curiosité. Nous ne regarderons plus jamais un cimetière de la même façon : les morts sont vivants sous la plume de l’autrice.

La chanson de la groupie entonnée tout au long de ses pages est entêtante, lancinante mais elle réveille de vieux souvenirs sur les années quarante et cinquante : l’arrivée du jazz, la musique noire américaine, Mistinguett, Maurice chevalier, Edith Piaf et tant d’autres choses. Le début d’une ère nouvelle et le vent souffle dans la bouche de chacun d’entre nous mais pour certains il souffle plus fort et plus loin.

Entre les lignes

L’autrice, par son écriture surprenante et déroutante, nous délivre en filigrane certains messages : les conditions de vies difficiles avant le renom, pendant la reconnaissance et après où déchéance rime avec quotidien ; une retraite tant attendue par ces artistes « d’autrefois » sous-indemnisés, sous-entendant le statut des intermittents du spectacle. Les relations amicales distendues au fil des années quand la renommée s’estompe. Le Paris d’hier et celui d’aujourd’hui où les différences sont dans l’apparence et les progrès mais se rejoignent dans la vie quotidienne.

Toutes ces phrases, à double tranchant, ayant trait au sujet du livre au premier abord comme : « Pourtant des cohortes de pauvres, tombées d’un camion, où au bas d’une pente alcoolique, entre deux frontières, deux emplois, vivant dans les cartons le long de l’eau, agrippés à des caddies bringuebalants, serrées dans des sacs en plastique… » constituent une petite piqûre de rappel à la réalité ! Ou encore « Je n’ai pas de diamant en viager pour me permettre de voir venir et personne n’organise aucun gala de soutien en mon honneur », l’égoïsme est toujours de mise !

Parole et musique

Pour une chanson, nous avons toujours un ou des auteurs, un interprète et un ou des musiciens mais dans le cas présent nous venons de lire les paroles d’une interprète auteur-compositeur chantonnées sur un ton, tour à tour, modulées d’une douce folie, d’une sourde ou virulente colère, d’une sympathique drôlerie et terriblement surprenantes : un style rarement rencontré, une sorte de comédie douce-amère ! Pour clore l’envolée de son obsession, Violaine Schwartz, termine son livre par une photo de Fréhel, un plan du cimetière parisien de Pantin et les paroles des chansons interprétées par Fréhel citées dans le livre. Nous venons de traverser le temps et pendant quelques pages, nous sommes entrés dans une autre dimension ou un autre espace-temps selon le choix des passages du roman. Maintenant nous savons qui est l’auteure, elle vient de sortir de l’anonymat et le vent souffle dans nos bouches.

Françoise Engler

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