Jours de Miel ou le merveilleux monde de Nevo

Eshkol Nevo est né en 1971 et vit aujourd’hui près de Tel-Aviv avec sa femme et ses enfants. Jours de miel est son quatrième roman traduit en français. Il sera présent lors des Assises Internationales du Roman 2016, le 28 mai à 17h30 aux Subsistances pour une table ronde « Parce que c’était lui, parce que c’était moi : l’amitié » avec Goran Petrović et Lyonel Trouillot, et le 29 mai à 11h00 aux Subsistances pour le débat « Le travail du manuscrit » avec Delphine de Vigan.

La construction d’un mikvé, élément clé du roman

Jeremiah Mendelstrum, un riche veuf américain, fait le vœu d’immortaliser le nom de sa femme bien-aimée, grâce à un mikvé neuf (bain rituel destiné à se purifier dans le Judaïsme) qu’il souhaite faire construire dans la ville des Justes en Israël. C’est là que son épouse et lui-même avaient l’intention de se rendre au cours de l’été précédent. Pour cela, il va donc donner à la mairie une grosse somme d’argent. Une seule condition pour ce don : l’édifice dont l’entrée porterait le nom de sa défunte épouse doit être prêt pour l’été suivant, car il compte effectuer une visite en Terre Sainte.

La ville des Justes totalement bouleversée par cette nouvelle

Danino, le maire de la ville, est persuadé que ce don est une véritable aubaine : enfin une chose qui va lui accaparer totalement l’esprit, lui qui n’est plus très heureux en ménage. Il confie à son adjoint, Ben Tsouk, pas très heureux non plus dans sa vie privée, la lourde tâche de trouver le terrain idéal pour la construction. Ben Tsouk, collectionneur de cartes, étudie très sérieusement la question. Le verdict tombe : il n’y a pas de place en ville, alors où construire ? Il ne reste qu’un seul lieu « la Sibérie » nom donné au nouveau quartier de banlieue, habité par des « vieux » nouveaux immigrants russes, ne parlant pas un seul mot d’hébreu, oublié de tous et juste en face de la base militaire ! Qu’à cela ne tienne, les travaux doivent commencer au plus vite. Le maire est prêt à tout pour satisfaire son généreux donateur.

Les travaux commencent et avec eux arrive le chaos

A14894La construction du mikvé commence et avec elle, la rencontre de nouveaux personnages du roman qui semblent tout droit sortis d’un conte burlesque. On découvre Anton et Katia, de nouveaux immigrants russes à la retraite, venus en Israël pour couler des jours meilleurs… Tout serait parfait s’il n’y avait pas les « érections perdues » d’Anton ! Voici Naïm ou Noam tantôt arabe, tantôt juif, maçon par obligation et ornithologue par passion, à la recherche de l’âme sœur ! Puis c’est Yahélet, le grand amour de Mochik (devenu Ben Tsouk) qui fait son entrée en scène, elle habite depuis peu dans la ville des Justes. Ses retrouvailles avec Mochik sont très agitées et semblent bien tourner au fiasco. On découvre aussi Diana, une touriste américaine puis Jeremiah Mendelstrum qui se demande s’il est possible de connaître à nouveau l’amour après le deuil ? La rencontre avec Yona lui apportera très vite une réponse concrète ! Il faut encore ajouter les militaires de la base située juste en face. Ces derniers croient être victimes d’espionnage. Encore un nouvel ingrédient ajouté à la sauce Nevo !

Tous ces personnages se battent pour faire face au quotidien, se croisent et il n’est d’ailleurs pas toujours facile au cours de la lecture d’arriver à les suivre. Certains sont tiraillés entre religion et superstition, entre les interdits et la peur du qu’en-dira-t-on ? On découvre au fil des pages leurs nombreuses péripéties burlesques, émouvantes et douloureuses. Mais au fond, ils semblent n’aspirer qu’à une seule chose : goûter à ces jours de miel, ces jours si délicieux. Tous sont à la recherche de l’âme sœur et du grand amour. Ils courent après le bonheur. Ils cherchent un sens à leur vie et se retrouvent embarqués dans une ronde vertigineuse.

Dans ce récit, où les villes et les quartiers sont des lieux non définis, sans noms propres, aux surnoms comme : ville des Justes, ville des péchés, ville du vin, ou encore la Sibérie, Eshkol Nevo, sous couvert d’un conte loufoque, nous livre une satire discrète, sociale et politique d’Israël. Dans ce pays, qui vit dans une peur constante, où tout est prétexte aux suspicions, sans aucune logique, ni justice.
Après un début difficile, le lecteur entre aussi dans la ronde, il éprouve une certaine sympathie pour ces personnages qui offrent des caricatures de la société juive dans ses excès, ses traditions, ses croyances. Une manière originale d’aborder la vie en Israël, mais aussi les problèmes de l’immigration, les relations difficiles entre juifs et arabes.

Marie de Kako

Une pensée sur “Jours de Miel ou le merveilleux monde de Nevo

  • 31 octobre 2016 à 12 h 10 min
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    Merci pour ce très juste commentaire. Moi aussi j ‘ai eu du mal à rentrer dans ce joli conte mais après je me suis prise au jeu avec plaisir.

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