K-shock de Christelle Pécout, choc culturel ou choc de système ?

Comme de plus en plus de français, Christelle Pécout est tombée sous le charme de la K-pop, cette musique et culture populaire coréenne (du Sud) qui déferle sur l’Europe depuis bientôt dix ans, suscitant un engouement incroyable. Les quelques concerts qui ont eu lieu en France ont tous affiché complet en moins d’une journée. Si l’exemple le plus célèbre reste Psy et son Gangnam style, la K-pop était déjà sur de nombreuses lèvres et dans de nombreuses oreilles. Ce phénomène doit son succès aux réseaux sociaux et aux plateformes vidéos qui diffusent des clips qui sont suivis dans le monde entier et sous-titrés dans de nombreuses langues. En France le site Soompi s’est petit à petit imposé comme le media incontournable pour tous les amateurs de K-pop. Si ces artistes chanteurs et danseurs ont tant de succès, c’est au prix de sacrifices terribles et le processus coréen de « starisation » est très codifié et normé, Christelle Pécout nous propose donc de découvrir les coulisses de ce monde de paillettes.

Comment devenir une star en Corée ?

33En France, pour devenir chanteur, on fait des démos qu’on envoie aux maisons de disque et ils décident si oui ou non, ils nous produiront. En Corée, ça ne se passe pas tout à fait comme ça. Les sociétés de production recrutent dès le plus jeune âge ! Après plusieurs castings, les jeunes les plus prometteurs intègrent la société de production puis s’entraînent durement pendant plusieurs années jusqu’au moment où la firme les estimera prêts pour participer à un concours pour sélectionner les membres d’un nouveau groupe. Ceux qui ne sont pas recrutés sont alors évincés.
De nombreux sacrifices sont nécessaires pour atteindre ce stade. À partir du moment où on signe avec une firme, notre image leur appartient et donc il faut se plier à leurs règles, sous peine d’exclusion.
La BD de Christelle Pécout illustre la formation de futurs artistes et les problèmes que cela soulève. Tout est bon pour être le meilleur : la chirurgie esthétique est une mesure communément admise et semble un acte normal si on veut faire partie d’un groupe, car la perfection est reine dans ce monde. L’individu n’existe pas, il doit s’habiller et chanter ce que la production lui indique, les goûts musicaux ou vestimentaires des membres du groupe ne sont pas pris en compte, seul le projet de la société prime ! Les contrats sont très longs, mal rémunérés et difficiles à briser à cause de multiples clauses.

Un monde de l’image

KSHOCK page 97Cette bande dessinée montre les coulisses d’un univers adulé par nombre de fans de par le monde. La K-pop est un monde qui repose exclusivement sur l’image, d’ailleurs, les dessins ne s’attardent sur ce qui est de l’ordre du détail. Certains mangas ou certaines BDs s’attachent à décrire le plus précisément possible une pièce ou une rue, ici, le background est très épuré pour laisser place à l’individu ou plutôt ce que la société veut qu’il soit. Elle met en place le même procédé que les sociétés de production coréennes. À la fin, de l’ouvrage, nous ne pouvons pas dire à quoi ressemble la Corée, que ce soit au niveau du décor ou de la culture traditionnelle. L’accent est mis sur l’image des personnages et peu sur leurs personnalités, sur ce qu’ils ressentent ou su la façon de vivre en là-bas. Si quelques scènes décrivent le quotidien des personnages, elles sont trop rares et trop banales pour vraiment représenter ce qu’est la vie en Corée et c’est un peu dommage. Si on comprend que l’auteure voulait seulement expliquer les dessous du monde de la K-pop, il est dommage, alors qu’Alice vit en Corée et qu’elle a dû mal à se faire à la culture coréenne, que l’auteure ne prennent pas plus de temps pour nous montrer cette culture à laquelle l’héroïne n’adhère pas.
Les relations entre les personnages ne sont pas très approfondies, ce qui nous laisse sur notre faim. Toutefois le monde de la K-pop étant lui-même superficiel et ne se basant que sur les apparences, ce parti pris de se concentrer sur l’image des personnages est très pertinent et finalement ce n’est pas la culture coréenne qui nous « choc » dans cette BD mais plutôt le système de « suridolisation » et formatage auquel sont soumis tous les acteurs de la K-pop.

La découverte des coulisses de la K-pop est très intéressante et admirablement bien menée. Le prisme d’Alice, une jeune française fan de cet univers, qui vit en Corée du Sud, pour comprendre ce monde est efficace même si ce personnage aurait pu être un peu plus développé.

Jérémy Engler

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