Karamazov ou une histoire de famille

Du 30 mars au 7 avril, au Théâtre des Célestins, se joue Karamazov, mis en scène par Jean Bellorini. La pièce est une adaptation de Les frères Karamazov de Dostoïevski.

Pluralité de personnages, pluralité d’histoires

Karamazov_2017_ressourceOriginaleLes Frères Karamazov est un roman complexe qui raconte l’histoire de plusieurs personnages tous liés à la famille Karamazov, composée d’un père et de ses trois fils (quatre en réalité si l’on compte le bâtard). La pièce transmet bien cette idée d’une pluralité de personnages, comme une sorte de théâtre choral. L’intrigue se noue autour du meurtre du père par l’un des fils, comme un prétexte à nous raconter une multitude d’histoires dans l’histoire. Toutes ces histoires parlent du monde de Dostoïevski. Bellorini parvient à nous faire entendre cette pluralité ; cependant, cela perd d’autant plus le spectateur que la pièce est longue (environ 4h30).

Des thèmes philosophiques sont abordés dans la pièce, comme Dieu, le diable, la morale, la trahison, la malhonnêteté. C’est à travers ces multitudes d’histoires que les thèmes s’incarnent. La pluralité s’affirme par une scénographie très impressionnante. Elle exploite tout l’espace scénique et se compose de petits îlots. À l’avant-scène, des rails accueillent différents espaces qui bougent au gré des scènes et des déplacements des personnages. Ces espaces sont un sol, un pan de mur ou bien une pièce dont les murs sont en verre. Derrière les rails, on trouve une structure en deux étages reliés par plusieurs escaliers. En bas une pièce est consacrée aux instruments de musique qui sont joués en live et qui occupent une partie de l’espace sonore. En haut, sur le toit, l’espace en pente sert de lieu plus intime, propice à la confession.

Des histoires d’amour

Les trois frères Karamazov semblent avoir manqué d’amour de la part de leur père. Celui-ci a refusé de s’occuper d’eux pendant leur enfance et ils ont été élevé par le serviteur de celui-ci. Chacun lutte une fois adulte avec les cicatrices que leur a laissé ce défaut d’affection. Ils vont chercher à leur manière de l’amour chez les femmes qu’ils rencontrent. Dimitri, l’ainé, va se fiancer à une femme qui l’aime à la folie mais que lui n’aime pas, puis tomber amoureux d’une autre. Le cadet Ivan sera amoureux de la fiancée de son frère qui ne sera pas insensible à ses sentiments, mais refusera toujours de tromper Dimitri ; Ivan ne se réalisera jamais dans l’amour qu’il éprouve. Le dernier fils Alexeï aimera Lise qui le courtisait, cependant cet amour réciproque n’aboutira pas sur un engagement comme ils se l’étaient promis.

© Pascal Victor
© Pascal Victor

Une dramaturgie assumée

La mise en scène fait un choix radical dès le début de la pièce : briser nettement et définitivement le quatrième mur. En effet, un des personnages s’adresse au public pour lui expliquer l’organisation de la soirée, la pièce étant relativement longue et séparée en plusieurs parties. Ce personnage va également réaliser un point dramaturgique en nous expliquant brièvement le contexte du début. À plusieurs autres endroits de la pièce, on trouvera des allusions plus ou moins évidentes au public et à la situation selon laquelle des acteurs jouent pour lui.

On pourra être frappé par le culte que le metteur en scène voue à ses personnages : il y a un vrai travail de prononciation et de démarche pour chaque personnage. Chacun a une façon bien particulière de s’exprimer et de se mouvoir. Par exemple, Alexeï est emporté et brusque, il parle trop vite ; Katarina est au bord des larmes à chaque mot, dans un registre tragique ; Ivan s’exprime toujours avec un calme froid. En outre, il y a une belle recherche de traitement des voix : tous les comédiens portent un micro, qui ne sert pas en permanence. Le traitement permet d’amplifier, de faire résonner, de créer un écho ou de modifier la voix des interprètes à des moments bien précis.

© Pascal Victor
© Pascal Victor

Malgré sa longueur, vous trouverez de l’intérêt à cette pièce si vous parvenez à suivre l’intrigue. Nous vous conseillons donc de lire le roman ou à défaut un résumé de l’œuvre avant de vous plonger dans Karamazov.

 

Caroline Demandière

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